{"id":133,"date":"2026-03-04T22:09:43","date_gmt":"2026-03-04T22:09:43","guid":{"rendered":"https:\/\/asso-apps.org\/?p=133"},"modified":"2026-03-04T22:09:43","modified_gmt":"2026-03-04T22:09:43","slug":"penser-la-resilience","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asso-apps.org\/index.php\/2026\/03\/04\/penser-la-resilience\/","title":{"rendered":"Penser la r\u00e9silience"},"content":{"rendered":"\n<p id=\"viewer-e3oc29870\"><strong>Introduction<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-7p1bd9872\"><em>\u201cUne \u00e9volution des mentalit\u00e9s est aussi une \u00e9volution des mots ! Nous ne rentrerons pas ici dans le d\u00e9bat de&nbsp;savoir si l\u2019id\u00e9e pr\u00e9c\u00e8de le mot, ou bien si c\u2019est l\u2019inverse, mais il faut bien reconna\u00eetre que celui de r\u00e9silience, aujourd\u2019hui, a du ressort ! On parle p\u00eale-m\u00eale de personnalit\u00e9 r\u00e9siliente, de matelas r\u00e9silient, de d\u00e9mocratie r\u00e9siliente ou d\u2019\u00e9l\u00e8ve r\u00e9silient.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-b77yf9882\">Serge TISSERON<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-r5tg29884\">Le terme \u00ab\u00a0r\u00e9silience\u00a0\u00bb est employ\u00e9 avec constance, \u00e0 notre \u00e9poque. Et ce, dans les champs les plus divers :&nbsp; journalistique, militaire, \u00e9conomique, social, religieux, environnemental, artistique, etc. Comment apporter un cadre scientifique \u00e0 cette notion, souvent d\u00e9natur\u00e9e et employ\u00e9e de fa\u00e7on extr\u00eamement superficielle par les m\u00e9dias dominants ?<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-bzu39141671\">Nous nous focalisons sur le cadre vers lequel porte notre recherche : l&rsquo;analyse psycho-sociale et l&rsquo;exp\u00e9rimentation de m\u00e9thodes visant \u00e0 permettre \u00e0 des personnes ayant v\u00e9cu un trauma ou&nbsp; vivant des \u00ab\u00a0transferts de souffrances sociales dans le mental\u00a0\u00bb pour reprendre les th\u00e8mes abord\u00e9s par le Dr Herv\u00e9 Hubert, psychiatre, psychanalyste, dans ses conf\u00e9rences: <em>Pour de nouvelles pratiques entre humains<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-rekyz9890\">Mais, quelle est l\u2019origine du concept de<em>&nbsp;r\u00e9silience<\/em>&nbsp;? Pourquoi celui-ci a-t-il pris une telle&nbsp; importance au XXIe si\u00e8cle ? En d\u00e9taillant les diff\u00e9rentes notions ayant aid\u00e9 \u00e0 son \u00e9mergence comme le risque, la vuln\u00e9rabilit\u00e9 et l\u2019invuln\u00e9rabilit\u00e9, il nous semble important d\u2019essayer de faire un inventaire\/analyse&nbsp;d&rsquo;une partie de la litt\u00e9rature&nbsp;scientifique concernant la r\u00e9silience, et de retracer son \u00e9volution s\u00e9mantique, en nous arr\u00eatant sur l\u2019\u00e9tymologie du mot, et ses multiples d\u00e9finitions.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-bo3ag9894\">Nous allons aussi \u00e9tudier le r\u00f4le de l\u2019interaction de l\u2019individu avec son entourage, et ceci en d\u00e9veloppant les facteurs qui facilitent ce processus, et en d\u00e9crivant l\u2019impact du tuteur, dans la mobilisation des ressources internes de sujets qui ont pu \u00ab&nbsp;rebondir&nbsp;\u00bb \u00e0 la&nbsp;suite d\u2019un traumatisme. Nous nous interrogerons : Quels sont les domaines, les aspects, et les limites de la notion de r\u00e9silience ? Finalement, nous proposerons une conclusion de notre approche du concept de r\u00e9silience au terme d&rsquo;une \u00e9tude d&rsquo;une s\u00e9lection de la litt\u00e9rature sp\u00e9cialis\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-b2i9n9902\"><strong>1- Origine et \u00e9volution du concept de r\u00e9silience (risque, vuln\u00e9rabilit\u00e9, invuln\u00e9rabilit\u00e9)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-yqhbn9904\"><em>\u201cLa plus grande gloire n\u2019est pas de ne jamais tomber, mais de se relever \u00e0 chaque chute\u201d<\/em><\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-4ng3l9906\">Nelson MANDELA<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-fyuva9908\">Nous l&rsquo;avons vu, le terme de r\u00e9silience est extr\u00eamement employ\u00e9 dans les m\u00e9dias, \u00e0 n&rsquo;importe quel propos, tr\u00e8s souvent de fa\u00e7on inappropri\u00e9e. C&rsquo;est devenu un clich\u00e9 du vocabulaire&nbsp;journalistique. Souvent, extr\u00eamement \u00e9loign\u00e9 du sens du terme, en ce qui concerne les souffrances dans le mental. Nous allons essayer, dans ce qui suit, de retrouver des traces de l\u2019origine, ainsi que l\u2019\u00e9volution du concept, et ceci pour aider&nbsp;\u00e0 mieux comprendre en quoi consiste la r\u00e9silience, d&rsquo;un point de vue scientifique. Sur le plan \u00e9tymologique, le mot latin <em>resilire<\/em>&nbsp;est d\u00e9riv\u00e9 du verbe <em>salire<\/em>, qui signifie \u00ab\u00a0sauter\u00a0\u00bb, et du pr\u00e9fixe \u00ab\u00a0re\u00a0\u00bb qui d\u00e9signe un mouvement vers l\u2019arri\u00e8re. Telle est l\u2019origine linguistique du terme&nbsp; r\u00e9silience (en anglais <em>resiliency). <\/em>Sur le plan psychologique, Cyrulnik (2012) attribue la conception du mot r\u00e9silience \u00e0 Werner. Cependant, la premi\u00e8re personne \u00e0 avoir employ\u00e9 le terme de r\u00e9silience en psychologie, en 1969, pour qualifier \u00ab&nbsp; <em>les personnes qui ne se laissent pas abattre <\/em>\u00bb (Laplanche &amp; Pontalis, 1996), est le psychiatre et psychanalyste britannique Bowlby.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-7ykny9923\">Si la recherche sur la r\u00e9silience dans le champ de la psychologie est r\u00e9cente, et remonte au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970, il semble que ce th\u00e8me existe depuis bien longtemps. Vanistandael (1994) d\u00e9clare que ce concept est \u00ab<em>&nbsp; sans doute aussi vieux que l\u2019humanit\u00e9 <\/em>\u00bb. Michallet (2010) dit que les chercheurs se sont longuement int\u00e9ress\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9tude \u00ab&nbsp; <em>portant sur l\u2019exp\u00e9rience des individus faisant face \u00e0 l\u2019adversit\u00e9, ayant subi des traumatismes ou ayant surv\u00e9cu \u00e0 des situations extr\u00eames<\/em>&nbsp; \u00bb sans, n\u00e9cessairement, la nommer par le terme de r\u00e9silience. En explorant le domaine de recherche sur la r\u00e9silience dans le champ de la sant\u00e9 mentale, nous d\u00e9couvrons qu\u2019il existe, \u00e0 son origine, trois notions ayant contribu\u00e9 \u00e0 son \u00e9mergence, qui sont &#8211; le risque, &#8211; la vuln\u00e9rabilit\u00e9 et \u2013 l\u2019invuln\u00e9rabilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-xhb079931\"><em>Le risque et la naissance de la vuln\u00e9rabilit\u00e9<\/em><\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-fj5449933\"><em>\u00ab\u00a0Le trauma fracasse, c&rsquo;est sa d\u00e9finition. Et la r\u00e9silience, qui permet de se remettre \u00e0 vivre, associe la souffrance avec le plaisir de triompher. Curieux couple !\u201d<\/em><\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-i05hm9939\">Boris CYRULNICK<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-fjtn19941\">Historiquement, la notion moderne du risque est apparue en France au XVIIe si\u00e8cle, en m\u00eame temps que s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e la th\u00e9orie math\u00e9matique des probabilit\u00e9s (INERIS, 2021). L\u2019une des premi\u00e8res analyses importantes de la notion de risque est faite par le sociologue allemand Beck, (1986), dans son ouvrage \u00ab&nbsp; <em>La soci\u00e9t\u00e9 du risque<\/em>&nbsp; \u00bb. Selon Beck, le progr\u00e8s qui active le d\u00e9veloppement des soci\u00e9t\u00e9s industrielles depuis le XIXe si\u00e8cle, est estim\u00e9 comme source de richesses, mais aussi cause de menaces, de dangers, d\u2019atteintes \u00e0 la sant\u00e9 et \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9. Beck consid\u00e9rait ces multiples notions comme des composantes du concept de \u00ab&nbsp; risque&nbsp; \u00bb. A noter que le risque n\u2019est pas forc\u00e9ment un synonyme de danger. Le risque est associ\u00e9 \u00e0 une id\u00e9e d\u2019incertitude et de potentialit\u00e9 de danger. Or, avec le danger, nous sommes pleinement dans l\u2019\u00e9vidence de ce que le risque repr\u00e9sente.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-ve36r9947\">Avant d\u2019int\u00e9resser les sciences sociales et humaines, et en particulier la psychologie clinique, la question du risque, et l\u2019apparition de maladies pouvant y \u00eatre rattach\u00e9es, est un domaine qui a fait travailler les m\u00e9decins et les chercheurs en m\u00e9decine. Ce sont Soule et Jo\u00ebl (1999), qui d\u00e9montrent que, de cette recherche-l\u00e0, va appara\u00eetre une nouvelle pr\u00e9occupation&nbsp; : <em>la pr\u00e9vention<\/em>. Anaut (2007) consid\u00e8re qu\u2019il existe un croisement entre facteurs de risque et facteurs de protection et\/ou de pr\u00e9vention dans l\u2019\u00e9mergence de la r\u00e9silience. Elle d\u00e9finit les facteurs de risque comme \u00e9tant \u00ab<em>&nbsp; les \u00e9l\u00e9ments susceptibles de compromettre l\u2019adaptation sociale et psychique de l\u2019enfant&nbsp; <\/em>\u00bb. Tandis que le risque d\u2019inadaptation sociale est d\u00e9fini comme \u00ab<em>&nbsp; un \u00e9v\u00e9nement ou une condition organique ou environnementale qui augmente la probabilit\u00e9 pour l\u2019enfant de d\u00e9velopper des probl\u00e8mes \u00e9motifs ou de comportement <\/em>\u00bb (Anaut, 2007, p. 331). En effet, l\u2019entourage de la personne pourrait \u00e9ventuellement lui porter des ressources positives, voire protectrices, qui lui permettent de se reconstruire et de se remettre debout devant une situation d\u00e9l\u00e9t\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-qjeei9959\">Les facteurs de risque qui concernent la famille sont r\u00e9pertori\u00e9s de la sorte&nbsp; : \u00ab&nbsp; <em>la pr\u00e9carit\u00e9 \u00e9conomique et la pauvret\u00e9, l\u2019insalubrit\u00e9 du logement, les troubles mentaux (comme la d\u00e9ficience mentale, la maladie invalidante, l\u2019immaturit\u00e9, etc.) Le risque est reli\u00e9 \u00e0 l\u2019inad\u00e9quation des attitudes \u00e9ducatives parentales, \u00e0 la m\u00e9sentente chronique et aux conflits familiaux, \u00e0 la violence intrafamiliale, \u00e0 la maltraitance et aux abus, \u00e0 la sous-scolarisation parentale ou encore \u00e0 la fratrie nombreuses&nbsp; <\/em>\u00bb (Anaut, 2007, p. 331). Ces facteurs pourront soit d\u00e9clencher soit emp\u00eacher le processus de r\u00e9silience chez une personne confront\u00e9e a une situation traumatique. Nous ne pouvons pas oublier, non plus, le r\u00f4le important des ressources individuelles de la personne dont elle dispose dans le d\u00e9veloppement de la r\u00e9silience.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-fpe5e9967\"><em>De la vuln\u00e9rabilit\u00e9 \u00e0 l\u2019invuln\u00e9rabilit\u00e9<\/em><\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-grgn39969\">Selon Fortin et Bigras (2000), l\u2019invuln\u00e9rabilit\u00e9 r\u00e9f\u00e8re \u00e0 l\u2019id\u00e9e que \u00ab&nbsp;<em>la constitution de certains enfants est si forte qu\u2019elle ne peut c\u00e9der \u00e0 des \u00e9v\u00e9nements stressants, quel qu\u2019ils soient<\/em>&nbsp;\u00bb. Pour Garmezy (1993), invuln\u00e9rable est d\u00e9fini comme \u00ab&nbsp;<em>incapable d\u2019\u00eatre bless\u00e9<\/em>&nbsp;\u00bb, \u00ab<em>&nbsp;ne risque pas de se faire blesser physiquement&nbsp;<\/em>\u00bb et \u00ab&nbsp;<em>ne peut pas \u00eatre agress\u00e9<\/em> \u00bb. Suite \u00e0 une \u00e9preuve traumatique, les capacit\u00e9s de r\u00e9silience de la personne pourraient \u00eatre activ\u00e9es soit spontan\u00e9ment par l\u2019individu, soit par l\u2019intervention d\u2019un soutien de son entourage.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-6nyze9981\">Dans le cadre clinique, des \u00e9tudes int\u00e9ressantes ont \u00e9t\u00e9 men\u00e9es, il y a bien longtemps, par (Anthony et al., 1982) sur les facteurs de risque et de vuln\u00e9rabilit\u00e9. Pour eux, les \u00e9l\u00e9ments de fragilit\u00e9 familiale pr\u00e9disposaient \u00e0 la non &#8211; adaptation de l\u2019enfant, et \u00e0 l\u2019apparition de troubles comportementaux et de perturbations psychologiques, voire relevant de la psychiatrie.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-stnwf171243\">Par sa m\u00e9taphore des trois poup\u00e9es, Anthony (1974) montre que \u00ab&nbsp;<em>la personnalit\u00e9 de chacun s\u2019exprime diff\u00e9remment en r\u00e9ponse \u00e0 une agression identique. Ainsi, la poup\u00e9e en verre, la poup\u00e9e de chiffon et celle de plastique ne r\u00e9agiront pas de mani\u00e8re identique \u00e0 un m\u00eame coup de marteau<\/em> \u00bb. Une m\u00eame personne peut se montrer tr\u00e8s r\u00e9sistante \u00e0 certains traumatismes, et beaucoup moins \u00e0 d\u2019autres. De plus, un m\u00eame \u00e9v\u00e9nement n\u2019aura pas le m\u00eame effet sur diff\u00e9rentes personnes. \u00ab <em>Cette r\u00e9sistance ou cette vuln\u00e9rabilit\u00e9 d\u00e9pend aussi des caract\u00e9ristiques de&nbsp; l\u2019environnement, qui peuvent agir comme facteurs de protection, de risque ou d\u2019aggravation <\/em>\u00bb (Anthony, 1974). Les milieux physique et psychologique provoquent alors un risque&nbsp; ; la vuln\u00e9rabilit\u00e9 et l\u2019invuln\u00e9rabilit\u00e9 sont d\u00e9sormais un effet d\u00e9terminant de l\u2019exposition \u00e0 ces risques. Ainsi,&nbsp; \u00ab&nbsp; <em>la ma\u00eetrise est une force induite chez l\u2019individu qui les conduit \u00e0 \u00e9prouver sans cesse sa force contre celle de son environnement et \u00e0 s\u2019affirmer m\u00eame dans les circonstances <\/em>catastrophiques&nbsp; \u00bb (Anthony, 1974). En d\u2019autres termes, nous voyons Anthony introduire ici l\u2019id\u00e9e que ce sont bien les risques qui permettent \u00e0 l\u2019individu de d\u00e9velopper ses potentialit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-v39ih9995\">Cette perspective tend \u00e0 montrer que les r\u00e9ponses d\u2019une personne face au danger et \u00e0 l\u2019adversit\u00e9 seraient&nbsp; soit succomber \u00e0 l\u2019adversit\u00e9 et donc la vuln\u00e9rabilit\u00e9, soit surmonter cette adversit\u00e9, en activant les facteurs de protection, et donc l\u2019invuln\u00e9rabilit\u00e9 voire de r\u00e9silience. Nous voyons Anthony ajouter, dans le m\u00eame ouvrage, que certains facteurs protecteurs vont att\u00e9nuer les risques, alors que d\u2019autres vont les multiplier. En d\u2019autres termes, les facteurs de protection ne sont pas n\u00e9cessairement des facteurs de r\u00e9silience. Les recherches sur la r\u00e9silience proposent d&rsquo;autres analyses, dans cette acception lin\u00e9aire et causale. Elles envisagent le risque et la vuln\u00e9rabilit\u00e9 d\u2019un c\u00f4t\u00e9, et les modes de protection et l\u2019invuln\u00e9rabilit\u00e9 (voire la r\u00e9silience) d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9. Rutter (1993) critique la notion d&rsquo;invuln\u00e9rabilit\u00e9&nbsp; : \u00ab&nbsp;<em>le concept semble impliquer que l\u2019invuln\u00e9rabilit\u00e9 est une caract\u00e9ristique intrins\u00e8que de l\u2019individu<\/em>&nbsp;\u00bb. Ce mod\u00e8le d\u2019invuln\u00e9rabilit\u00e9 si attrayant, semble-t-il, ne peut gu\u00e8re s\u2019appliquer \u00e0 tous les individus. Il induit une certaine fixit\u00e9, ce qui contredit parfaitement les th\u00e9ories de la psychologie clinique, qui, elle, respecte le d\u00e9veloppement perp\u00e9tuel de la personne humaine ainsi que ses p\u00e9riodes critiques, la notion du temps et la possibilit\u00e9 du changement, le cycle de la vie.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-1ft9p10001\">Il n\u2019y a pas que les ressources internes qui d\u00e9finissent la vuln\u00e9rabilit\u00e9 ou l\u2019invuln\u00e9rabilit\u00e9 chez l\u2019individu, mais il faut tenir compte, aussi, de l\u2019importance du soutien de l\u2019environnement ext\u00e9rieur. Avec ce que nous venons de citer comme \u00e9l\u00e9ments de sant\u00e9 mentale, nous concluons avec Rutter qu\u2019il serait faux de dire qu\u2019une personne invuln\u00e9rable le demeurerait tout au long de sa vie, ou bien qu\u2019une personne vuln\u00e9rable le resterait toujours. Ainsi, nous pouvons dire, avec Manciaux (2005), que la r\u00e9silience n\u2019est pas absence de risque, ni protection totale et d\u00e9finitive. Elle serait le r\u00e9sultat de l\u2019interaction entre facteurs de risques et facteurs de protection vari\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-ntkfd10007\"><em>L\u2019invuln\u00e9rabilit\u00e9 et la naissance de la r\u00e9silience<\/em><\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-c4a4s10009\"><em>&nbsp;\u00ab\u00a0Dans ce deuil, une fois encore, elle \u00e9tonna ses amis par son imm\u00e9diate r\u00e9silience\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-d2fhg10011\">Andr\u00e9 MAUROIS<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-isdrb10013\">Certains domaines de protection peuvent att\u00e9nuer le risque de la vuln\u00e9rabilit\u00e9. Anaut (2007), parle de trois facteurs qui aident la personne traumatis\u00e9e \u00e0 passer de la vuln\u00e9rabilit\u00e9 \u00e0 l\u2019invuln\u00e9rabilit\u00e9 voire, \u00e0 la r\u00e9silience. Elle cite&nbsp;les facteurs individuels, les facteurs du contexte familial, et les facteurs socio-environnementaux:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Parmi les caract\u00e9ristiques individuelles, nous trouvons\u00a0: la capacit\u00e9 de r\u00e9solution de probl\u00e8mes li\u00e9e \u00e0 l\u2019efficience intellectuelle, la comp\u00e9tence langagi\u00e8re, le temp\u00e9rament optimiste, la capacit\u00e9 \u00e0 nouer des amiti\u00e9s et des relations sociales positives, une bonne estime de soi, la tendance \u00e0 l\u2019anticipation et la capacit\u00e9 \u00e0 se projeter dans l\u2019avenir, la croyance en ses capacit\u00e9s et en son efficacit\u00e9, l\u2019attribution interne, l\u2019engagement dans des activit\u00e9s, et enfin le sens de l\u2019humour.<\/li>\n\n\n\n<li>Parmi les facteurs de protection d\u2019ordre psychoaffectif li\u00e9s \u00e0 la famille, nous citons\u00a0: une relation affective intime et positive avec au moins une personne de la famille (un parent, un grand-parent, un membre de la fratrie, etc.), une relation parentale efficace (avec au moins un parent) bas\u00e9e sur la chaleur affective, l\u2019encadrement \u00e9ducatif, et des attentes \u00e9lev\u00e9es, la possibilit\u00e9 de nouer des relations chaleureuses avec la famille \u00e9largie (oncles, cousins, tantes, etc.)<\/li>\n\n\n\n<li>Parmi les facteurs issus du contexte social et environnemental, nous d\u00e9signons\u00a0: les facteurs de risque familiaux et environnementaux, les facteurs communautaires ou sociaux, avoir des contacts ou des relations avec des mod\u00e8les adultes positifs qui peuvent offrir au sujet un mod\u00e8le d\u2019\u00e9tayage, le soutien social de certains groupes communautaires. Par ailleurs, l\u2019acc\u00e8s \u00e0 une bonne qualit\u00e9 \u00e9ducative, et la rencontre avec de bons \u00e9ducateurs pourrait offrir au sujet des p\u00f4les identificatoires positifs pouvant suppl\u00e9er les inad\u00e9quations parentales. \u00c0 cela ajoutons une bonne insertion professionnelle.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p id=\"viewer-3x1cb10025\">Cette citation de s\u00e9ries de facteurs pourrait nous induire dans une certaine fixit\u00e9, et ne pas nous fournir un cadre explicatif. Pour cela, nous tenons \u00e0 dire avec Brown (1982) que la fa\u00e7on de d\u00e9tecter l\u2019invuln\u00e9rabilit\u00e9 ou la vuln\u00e9rabilit\u00e9 n\u2019est pas si simple, et ne peut gu\u00e8re s\u2019appliquer \u00e0 tous les individus. Ce n\u2019est que par l\u2019\u00e9tude des personnes confront\u00e9es \u00e0 de nombreux facteurs de risque, mais qui ne s\u2019effondrent pas, que nous pouvons \u00ab&nbsp;identifier les forces qui les ont aid\u00e9es&nbsp;\u00bb, et ainsi d\u00e9signer les facteurs qui \u00ab&nbsp;engendrent l\u2019invuln\u00e9rabilit\u00e9&nbsp;\u00bb. Nous pouvons conclure avec Michallet (2010), en disant que \u00ab&nbsp;l\u2019invuln\u00e9rabilit\u00e9<em>&nbsp;n\u2019est pas la r\u00e9silience car, pour qu\u2019il y ait r\u00e9silience, il faut au pr\u00e9alable avoir \u00e9t\u00e9 touch\u00e9 et d\u00e9stabilis\u00e9 par un \u00e9v\u00e9nement.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-3up5q10031\"><em>\u00c9mergence du concept de r\u00e9silience<\/em><\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-d6rh210033\"><em>\u201cLa r\u00e9silience&nbsp;: comment se construit-on apr\u00e8s avoir subi des atrocit\u00e9s.&nbsp;Il ne s&rsquo;agit surtout pas de pardon, et \u00e9videmment pas d&rsquo;oubli&nbsp;\u201c<\/em><\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-9rjvi10037\">R\u00e9gis LEJONC<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-b68ey10039\">Comme nous venons de voir, la vuln\u00e9rabilit\u00e9 et l\u2019invuln\u00e9rabilit\u00e9 semblent \u00eatre des mod\u00e8les insuffisants pour comprendre pourquoi un certain individu expos\u00e9 \u00e0 un haut risque ne succombe pas \u00e0 la pathologie. Les chercheurs se sont mis alors, d\u2019apr\u00e8s Michaud (1999, p. 827), \u00e0 se demander \u00ab<em>&nbsp;quels \u00e9taient les facteurs qui permettaient \u00e0 un individu donn\u00e9 de ma\u00eetriser une situation de stress et d\u2019en \u00e9viter ainsi les cons\u00e9quences n\u00e9fastes du point de vue de la sant\u00e9 et du bien-\u00eatre \u00bb. <\/em>Ils ont commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9tudier les comp\u00e9tences de ces personnes, leurs capacit\u00e9s \u00e0 faire face au stress, et \u00e0 minimiser les affects n\u00e9gatifs, leur perception positive, d\u2019eux-m\u00eames, mises en place, parmi d\u2019autres, dans le processus d\u2019adaptation. C\u2019est alors qu\u2019ils ont regroup\u00e9 l\u2019ensemble de ces facteurs de protection sous le terme de r\u00e9silience. C\u2019est avec Anthony, dans son livre \u00ab L\u2019enfant vuln\u00e9rable&nbsp;\u00bb, que nous voyons appara\u00eetre, probablement pour la premi\u00e8re fois, la notion de r\u00e9silience dans cet ouvrage publi\u00e9 en 1982. Nous le voyons introduire, cette notion, dans cet ouvrage de r\u00e9f\u00e9rence sur la r\u00e9silience. Il la distingue notamment des notions de vuln\u00e9rabilit\u00e9 et de risque. Le premier congr\u00e8s mondial sur la r\u00e9silience affirme que l\u2019\u00e9tude scientifique de la r\u00e9silience a d\u00e9but\u00e9 au cours des ann\u00e9es 1960-1970, mais ne s\u2019est v\u00e9ritablement d\u00e9velopp\u00e9e qu\u2019au cours des deux derni\u00e8res d\u00e9cennies, et plus particuli\u00e8rement depuis le d\u00e9but du XXI si\u00e8cle, et ceci dans les pays anglo-saxons en premier lieu.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-bfbr510046\">En psychologie, Werner a propos\u00e9 la m\u00e9taphore du mot r\u00e9silience utilis\u00e9 dans le lexique fran\u00e7ais. Ce terme, propre \u00e0 l\u2019agriculture, d\u00e9crit un sol r\u00e9siliant, capable de refaire na\u00eetre la vie apr\u00e8s une mort provoqu\u00e9e par un incendie ou une inondation. Comme nous l\u2019avons mentionn\u00e9 plus haut, le glissement de la m\u00e9taphore du principe de r\u00e9silience du domaine de l\u2019agriculture au domaine de la psychologie a vu le jour en 1989, lors de l\u2019analyse par Werner des donn\u00e9es empiriques de sa recherche longitudinale qui ne portait pas, initialement, sur la r\u00e9silience. Il nous semble important de reprendre bri\u00e8vement cette m\u00e9taphore qui a permis \u00e0 Werner de s\u2019investir dans une exp\u00e9rience d\u2019\u00e9ducation \u00e0 Hawa\u00ef, portant sur 698 enfants laiss\u00e9s \u00e0 eux-m\u00eames, de la naissance \u00e0 l\u2019\u00e2ge adulte, et d\u00e9munis de la moindre attention sur l\u2019\u00eele de Kauai. Cette recherche dura une trentaine d\u2019ann\u00e9es (de 1955 \u00e0 1985). La surprise de l\u2019\u00e9quipe accompagnant cette population, c\u2019est qu\u2019un tiers de ces enfants \u00e0 risque n\u2019ont pas connu de troubles particuliers pendant leur enfance, et sont devenus des adultes heureux et comp\u00e9tents. De plus, un nombre consid\u00e9rable de ces enfants \u00e0 haut risque ayant connu des probl\u00e8mes durant leur enfance, ont \u00e9t\u00e9 capables de se reconstruire \u00e0 l\u2019adolescence et \u00e0 l\u2019\u00e2ge adulte.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-xfjwz10050\">Cette recherche montre que ce n\u2019est pas parce que des personnes se d\u00e9veloppent dans des environnements particuli\u00e8rement d\u00e9favorables que cela va entra\u00eener la survenue de troubles et de pathologies. L\u2019environnement familial et communautaire aurait une influence sur la r\u00e9silience des enfants. Selon Michallet, un grand nombre de ces enfants ont \u00e9volu\u00e9 favorablement aux soins des accompagnateurs. Il montre dans son article que malgr\u00e9 un sombre pronostic, la famille ou la communaut\u00e9 qui entoure la personne qui vit des r\u00e9alit\u00e9s difficiles, pourrait jouer un r\u00f4le de r\u00e9adaptation aupr\u00e8s d\u2019elle, en l\u2019aidant \u00e0 devenir des adultes \u00e9quilibr\u00e9s et pr\u00e9sentant des traits de caract\u00e8re en commun, tels que le sens de l\u2019autonomie, une bonne estime de soi, un sentiment de coh\u00e9rence, des dispositions sociales positives, et un contr\u00f4le interne.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-fabh510056\"><strong>2- Les sens du mot r\u00e9silience<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-hftlf10058\"><em>\u201cLa r\u00e9silience n\u2019est pas un trait que vous \u00eates n\u00e9 avec ou sans. C\u2019est quelque chose que vous pouvez apprendre et d\u00e9velopper\u201d<\/em><\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-u8p5m10062\">G. Vince LOMBARDI<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-6j99110064\">Ce n\u2019est qu\u2019en 1932 que l\u2019adjectif r\u00e9silient a \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9 dans le dictionnaire Larousse. La r\u00e9silience, ici, est un terme propre \u00e0 la physique, pour d\u00e9crire l\u2019\u00e9nergie absorb\u00e9e par un corps suite \u00e0 une d\u00e9formation. \u00ab<em>&nbsp;A l\u2019origine, le concept de r\u00e9silience \u00e9tait uniquement associ\u00e9 \u00e0 la physique et \u00e0 l\u2019ing\u00e9nierie&nbsp;\u00bb<\/em>&nbsp;(Michallet, 2010). Ce mot fran\u00e7ais s\u2019est bien d\u00e9velopp\u00e9 aux Etats-Unis avant son introduction en France, dans le domaine de la psychologie, \u00e0 partir des ann\u00e9es 90. Ce terme de physique, d\u00e9signant d\u2019abord la r\u00e9sistance d\u2019un mat\u00e9riau aux chocs, a \u00e9t\u00e9 largement appliqu\u00e9 au champ de la psychologie dans les pays anglo-saxons. Le mot anglais \u00ab&nbsp;<em>resiliency<\/em>&nbsp;\u00bb (Cyrulnik, 2001) unit les id\u00e9es d\u2019\u00e9lasticit\u00e9, de ressort, de ressource et de bonne humeur. Cyrulnik et Elka\u00efm (2010) d\u00e9clarent que le concept de r\u00e9silience provient de la mesure de la r\u00e9sistance des mat\u00e9riaux : \u00ab <em>il&nbsp;s\u2019agit de la capacit\u00e9 pour une barre de m\u00e9tal \u00e0 retrouver son \u00e9tat initial apr\u00e8s avoir subi un choc<\/em>&nbsp;\u00bb. Le champ s\u00e9mantique de la r\u00e9silience s\u2019est ensuite \u00e9tendu \u00e0 d\u2019autres domaines tels que la biologie, la psychologie, l\u2019\u00e9conomie, les sciences sociales, l\u2019\u00e9cologie et bien d\u2019autres domaines. \u00ab <em>du&nbsp;point de vue \u00e9tymologique, le mot r\u00e9silience est compos\u00e9 du pr\u00e9fixe latin re qui indique un mouvement en arri\u00e8re et salir qui signifie sauter&nbsp;\u00bb<\/em>&nbsp;(Michallet, 2010). Cette origine latine lui donne alors plusieurs sens, comme sauter en arri\u00e8re, reculer, s\u2019\u00e9loigner de, \u00e9viter, se retirer sur soi, se r\u00e9duire ou se replier.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-abyz210076\">R\u00e9silier signifie, notamment en droit,&nbsp;mettre fin \u00e0 un contrat, \u00e0 un engagement. Anaut (2003) pr\u00e9cise que \u00ab<em>&nbsp;la r\u00e9siliation se situe donc dans le processus de d\u00e9sengagement <\/em>\u00bb. Selon Michallet, ce mouvement de reculer en arri\u00e8re, c\u2019est pour \u00ab&nbsp;mieux sauter&nbsp;\u00bb, pour \u00ab&nbsp;rejaillir&nbsp;\u00bb, pour \u00ab&nbsp;rebondir&nbsp;\u00bb comme le disent bien les Anglo-saxons, et pour \u00ab&nbsp;se reconstruire apr\u00e8s un choc&nbsp;\u00bb comme le d\u00e9crit Tisseron. Pour Gianfrancesco (1999), <em>resilio<\/em>&nbsp;comporte deux conceptions&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>celle&nbsp;de contraction, de retour sur soi, et celle de rebondissement, de mouvement dynamique vers l\u2019avant<\/em>&nbsp;\u00bb. Ce mouvement \u00e0 double tranchant&nbsp;: revenir en arri\u00e8re et sauter vers l\u2019avant est intrins\u00e8que au processus de r\u00e9silience. \u00ab Pour qu\u2019il y ait r\u00e9silience, il faut au pr\u00e9alable avoir \u00e9t\u00e9 touch\u00e9 et d\u00e9stabilis\u00e9 par un \u00e9v\u00e9nement. \u00bb (Michallet, 2010).<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-nkwi310086\">La r\u00e9silience a \u00e9t\u00e9 m\u00e9diatis\u00e9e en France par Cyrulnik. Celui-ci parle de l\u2019origine de cette notion dans son article \u00ab&nbsp;<em>le&nbsp;principe de r\u00e9silience, ou comment gu\u00e9rir de ses traumatismes et de ses blessures<\/em>&nbsp;\u00bb. Cette notion de r\u00e9silience, utilis\u00e9e en psychologie, renvoie \u00e0 \u00ab&nbsp;un<em>&nbsp;ensemble de processus qui consiste pour un individu \u00e0 surmonter un traumatisme psychologique afin de se reconstruire<\/em>&nbsp;\u00bb (Youmatter, 2019). Comme nous l\u2019avons vu pr\u00e9c\u00e9demment, ce terme a vu le jour dans le domaine de la psychologie avec Werner (1989), puis s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9 avec diff\u00e9rents sp\u00e9cialistes de la recherche sur le risque et son r\u00f4le dans la construction de la r\u00e9silience. Ce retour \u00e0 l\u2019\u00e9tymologie nous permet de pr\u00e9ciser que la r\u00e9silience est une capacit\u00e9 de r\u00e9sistance, impliquant de mettre fin \u00e0 quelque chose, et qui oblige un retour sur soi-m\u00eame. R\u00e9sistance \u00e0 laquelle s\u2019ajoute un caract\u00e8re dynamique permettant de d\u00e9passer le choc initial.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-av0qy10096\"><em>D\u00e9finitions plurielles de la r\u00e9silience<\/em><\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-yc9ux10098\"><em>\u201cLa r\u00e9silience est le pouls de l\u2019humanit\u00e9, c\u2019est le battant de c\u0153ur qui nous permet de continuer \u00e0 avancer malgr\u00e9 les difficult\u00e9s et les \u00e9preuves\u201d<\/em><\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-zaeqg10102\">H. Mary Anne RADMACHER<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-xh1sg10104\">La notion de r\u00e9silience, nous semble-t-il, a plusieurs ramifications car \u00ab&nbsp;<em>elle&nbsp;propose une approche multidimensionnelle&nbsp;\u00bb<\/em>&nbsp;(Theis, 2006). Depuis une trentaine d\u2019ann\u00e9es, les chercheurs qui travaillent dans ce champ, d\u00e9finissent la r\u00e9silience selon deux approches diff\u00e9rentes&nbsp;:&nbsp; approche descriptive et approche conceptuelle ou th\u00e9orique.&nbsp; L\u2019approche descriptive se fait selon leurs observations du terrain. Tandis que l\u2019approche conceptuelle se r\u00e9alise en essayant de comparer la r\u00e9silience avec d\u2019autres concepts th\u00e9oriques tels que le <em>coping<\/em>, la strat\u00e9gie de l\u2019ajustement, l\u2019adaptation, la r\u00e9sistance, la r\u00e9sonance et autres. Les diff\u00e9rentes approches de la r\u00e9silience ne sont pas pour l\u2019instant notre sujet d&rsquo;\u00e9tude. Nous avons choisi de pr\u00e9senter ici quelques d\u00e9finitions de la r\u00e9silience, qui portent plusieurs \u00e9l\u00e9ments importants pour notre recherche.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-qeqed10110\"><em>La r\u00e9silience est-elle une caract\u00e9ristique&nbsp;de l\u2019individu&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-brrg910112\"><em>\u201cLa r\u00e9silience est la vertu la plus importante que nous puissions poss\u00e9der. Elle nous permet de continuer \u00e0 avancer malgr\u00e9 tout, de ne jamais abandonner, de toujours croire que nous sommes capables de relever les d\u00e9fis les plus difficiles\u201d<\/em><\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-gp8mz10118\">J. Winston CHURCHILL<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-rmxhm10120\">Selon Cyrulnik (1999), \u00e9thologue, psychiatre et psychanalyste, la r\u00e9silience est \u00ab&nbsp;<em>l\u2019art de naviguer dans les torrents&nbsp;<\/em>\u00bb. La r\u00e9silience, c\u2019est rena\u00eetre de sa souffrance&nbsp;: c\u2019est r\u00e9apprendre \u00e0 vivre apr\u00e8s un grand malheur. Elle est une reconstruction apr\u00e8s un traumatisme ravageur, apr\u00e8s une profonde souffrance. On a \u00e9t\u00e9 d\u00e9truit par&nbsp;un trauma. Ou bien on se laisse faire, on est domin\u00e9 par le pass\u00e9 et dans ce cas-l\u00e0 on reste d\u00e9truit, ou bien on se remet \u00e0 reconstruire une autre mani\u00e8re de vivre. Etre r\u00e9silient, c\u2019est \u00eatre capable de se d\u00e9velopper en d\u00e9pit de l\u2019adversit\u00e9. La r\u00e9silience est \u00ab&nbsp;la<em>&nbsp;capacit\u00e9 \u00e0 r\u00e9ussir, \u00e0 vivre et \u00e0 se d\u00e9velopper positivement, de mani\u00e8re socialement acceptable, en d\u00e9pit du stress ou d\u2019une adversit\u00e9 qui comportent normalement le risque grave d\u2019une issue n\u00e9gative<\/em>&nbsp;\u00bb (Cyrulnik, 1999, p. 8). Normalement, face au malheur et \u00e0 des situations stressantes, l\u2019individu mobilise ses ressources personnelles et communautaires (au cas o\u00f9 elles existent) pour adopter des attitudes positives lui permettant d\u2019envisager le deuil ou la perte en question.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-rhags10124\">Par d\u00e9finition, et selon les partisans de la psychanalyse, la r\u00e9silience est con\u00e7ue comme un processus, un ensemble de ph\u00e9nom\u00e8nes harmonis\u00e9s, o\u00f9 le sujet se faufile dans un contexte affectif, social et culturel. La r\u00e9silience, r\u00e9p\u00e9tons-le \u00ab&nbsp;<em>c\u2019est&nbsp;l\u2019art de naviguer entre les torrents&nbsp;\u00bb<\/em>&nbsp;(Cyrulnik, 1999, p. 8). C\u2019est la capacit\u00e9 de transformer un malheur en bonheur. Par quelles armes&nbsp;? \u00ab <em>J\u2019ai&nbsp;appris \u00e0 transformer le malheur en \u00e9preuve. Si l\u2019un fait baisser la t\u00eate, l\u2019autre la rel\u00e8ve&nbsp;\u00bb<\/em>&nbsp;(Cyrulnik, 1999, p. 9) explique Enjolet. Cyrulnik (1999) parle de la r\u00e9silience comme d\u2019\u00ab <em>une&nbsp;capacit\u00e9 non pas inh\u00e9rente au sujet, mais issue d\u2019une confrontation \u00e0 un terrain hostile, donc comme une comp\u00e9tence qui se construit sur la possibilit\u00e9 de transformer une situation traumatique en une \u00e9preuve de laquelle pourrait surgir quelque chose de beau ou de bon, malgr\u00e9 le malheur<\/em>&nbsp;\u00bb. Une mise \u00e0 l\u2019\u0153uvre de processus adaptatifs s\u2019installe apr\u00e8s la perturbation engendr\u00e9e par des situations \u00e0 risque.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-1542610134\">A partir de son exp\u00e9rience clinique \u00ab&nbsp;<em>avec&nbsp;des enfants et des jeunes maltrait\u00e9s en famille ou en institution et victimes de diff\u00e9rentes modalit\u00e9s d\u2019agression sexuelle<\/em>&nbsp;\u00bb (Manciaux, 2015), Manciaux consid\u00e8re la r\u00e9silience comme \u00ab&nbsp;<em>un&nbsp;autre regard qui ne r\u00e9duit pas l\u2019autre \u00e0 sa souffrance pour les victimes, \u00e0 leurs crimes pour les agresseurs, et qui cherche, au-del\u00e0 de ces r\u00e9alit\u00e9s, les ressources, au moins potentielles, pour un autre destin<\/em>&nbsp;\u00bb (Manciaux, 2015, p. 382). Nous le voyons d\u00e9finir la r\u00e9silience comme \u00ab&nbsp;<em>la&nbsp;capacit\u00e9 d\u2019une personne ou d\u2019un groupe \u00e0 se d\u00e9velopper bien, \u00e0 continuer \u00e0 se projeter dans l\u2019avenir, en pr\u00e9sence d\u2019\u00e9v\u00e8nements d\u00e9stabilisants, de conditions de vie difficiles, de traumatismes parfois s\u00e9v\u00e8res&nbsp;\u00bb<\/em>&nbsp;(Manciaux, 2015, p. 382). Manciaux rejoint Cyrulnik et Anaut, dans le fait de mettre l\u2019accent sur la r\u00e9silience comme un concept dynamique donnant lieu \u00e0 un processus adaptatif face au traumatisme.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-j2vri10142\">Les d\u00e9finitions cit\u00e9es ci-dessus s\u2019appuient sur l\u2019aspect dynamique de la r\u00e9silience, et mettent l\u2019accent sur les notions de r\u00e9sistance, de r\u00e9sonance et de reconstruction. D\u2019autres chercheurs, comme Rutter, se sont rendus compte que la r\u00e9silience n\u2019est pas une simple caract\u00e9ristique de l\u2019individu, mais qu\u2019elle est le r\u00e9sultat de son interaction avec l\u2019environnement. Les d\u00e9finitions qui suivent insistent sur la notion d\u2019interaction. Les auteurs cit\u00e9s ci-dessous consid\u00e8rent la r\u00e9silience comme un processus. Il ne nous est pas apparu important d\u2019op\u00e9rer une distinction entre les deux courants, car il nous semble que toutes les d\u00e9finitions se compl\u00e8tent. Les unes mettent en \u00e9vidence le r\u00f4le du traumatisme ou d\u2019une situation d\u00e9stabilisante qui a eu lieu au d\u00e9part. D\u2019autres parlent moins de cette \u00e9preuve ayant un effet traumatique. Nous y reviendrons plus loin dans une partie consacr\u00e9e au th\u00e8me traumatisme et \u00e0 sa relation avec la r\u00e9silience.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-4m72010146\"><em>La r\u00e9silience est-elle un r\u00e9sultat ou un&nbsp;processus&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-gxgug10148\"><em>\u201cLa r\u00e9silience est la capacit\u00e9 de se redresser apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 mis \u00e0 terre, de reprendre son souffle, de rebondir et de continuer \u00e0 avancer\u201d<\/em><\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-z8haa10152\">Steve GOODIER<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-2qnp110154\">Rutter a men\u00e9 une recherche qui a dur\u00e9 10 ans sur l\u2019\u00eele de Wight (de 1964 \u00e0 1974) avec des familles de Londres. Cette \u00e9tude portait sur la pr\u00e9valence des troubles mentaux chez des enfants de 9 \u00e0 12 ans issus de familles tr\u00e8s pr\u00e9caires, consid\u00e9r\u00e9es comme \u00e0 risque (d\u00e9linquance, criminalit\u00e9 paternelle, familles nombreuses, discorde conjugale, troubles psychiatriques chez la m\u00e8re, et enfin placement de l\u2019enfant en institution ou en famille d\u2019accueil). Cet \u00e9minent chercheur met l\u2019accent sur la complexit\u00e9 de ce ph\u00e9nom\u00e8ne qu\u2019est la r\u00e9silience. Il a propos\u00e9 la d\u00e9finition suivante&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>la&nbsp;r\u00e9silience est caract\u00e9ris\u00e9e par un ensemble de processus sociaux et intrapsychiques qui permettent d\u2019avoir une vie saine dans un milieu malsain. Elle se r\u00e9alise au cours du temps, selon des combinaisons hasardeuses entre les attributs de l\u2019enfant et le contexte familial, social et culturel<\/em>&nbsp;\u00bb (Anaut, 2015).<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-7pfzy10158\">Comme nous l\u2019avons vu, un peu plus haut, (avec Manciaux, Cyrulnik et Anaut), la r\u00e9silience ne pourrait pas se limiter \u00e0 une capacit\u00e9 ou \u00e0 un potentiel existant au pr\u00e9alable chez la personne humaine. Rutter poursuit sa pens\u00e9e en disant que&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>la&nbsp;r\u00e9silience n\u2019est pas une caract\u00e9ristique de l\u2019individu au sens strict du terme, mais de la personne en interaction avec son environnement humain. Nous pouvons donc concevoir la r\u00e9silience \u00e0 partir de l\u2019individu, puis en cercles concentriques toujours plus vaste, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019ensemble de la soci\u00e9t\u00e9<\/em>&nbsp;\u00bb (Vanistandael &amp; Lecomte, 2000, p. 159). La volont\u00e9 du sujet de faire face aux \u00e9v\u00e9nements traumatisants, \u00e0 elle-m\u00eame, ne suffit pas. Nous voyons Rutter mettre l\u2019accent sur le r\u00f4le primordial du soutien provenant de l\u2019entourage familial, communautaire et social dans la r\u00e9alisation de la r\u00e9silience comme processus, qui vient compl\u00e9ter la volont\u00e9 du sujet de faire face aux \u00e9v\u00e9nements traumatisants.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-vzg9o10166\">Guedney (1998) parle des d\u00e9terminants pr\u00e9coces de la r\u00e9silience. Il pense que \u00ab&nbsp;<em>la&nbsp;r\u00e9silience est donc bien un processus complexe, un r\u00e9sultat, l\u2019effet d\u2019une interaction entre l\u2019individu et son environnement. L\u2019aspect-clef de cette relation, c\u2019est bien semble-t-il, la capacit\u00e9 d\u2019\u00eatre en relation avec l\u2019autre&nbsp;: on n\u2019est pas r\u00e9silient face \u00e0 tout et n\u2019importe quoi, et on ne l\u2019est en tout cas pas tout seul, sans \u00eatre en relation<\/em>&nbsp;\u00bb. A son tour, Guedney rel\u00e8ve l\u2019importance d\u2019un r\u00e9seau de soutien social autour de la personne traumatis\u00e9e, expos\u00e9e \u00e0 de grandes \u00e9preuves. Il ne va pas de soi qu\u2019une personne se remette debout tout seul devant toute situation stressante. Par cons\u00e9quent, son interaction avec l\u2019environnement qui l\u2019entoure pourrait lui assurer des facteurs de protection contre les effets n\u00e9gatifs du traumatisme. Comme le pr\u00e9cise bien Anaut (2003), \u00ab<em>&nbsp;Les observations de cette \u00e9tude ont contribu\u00e9 \u00e0 poser les bases d\u2019une analyse du fonctionnement de la r\u00e9silience, en soulignant la dynamique du processus r\u00e9silient, son \u00e9volution, au cours du d\u00e9veloppement du sujet et sa variabilit\u00e9 dans le temps et en fonction des sujets&nbsp;\u00bb<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-8jfab10174\">La r\u00e9silience serait alors le r\u00e9sultat d\u2019une recherche continue de l\u2019\u00e9quilibre entre les facteurs de risque, la vuln\u00e9rabilit\u00e9, et les facteurs de protection. Cyrulnik (2002) consid\u00e8re que \u00ab&nbsp;<em>la&nbsp;r\u00e9silience constitue un processus naturel o\u00f9 ce que nous sommes \u00e0 un moment donn\u00e9 doit obligatoirement se tricoter avec ses milieux \u00e9cologiques, affectifs et verbaux. Qu\u2019un seul milieu d\u00e9faille et tout s\u2019effondrera. Qu\u2019un seul point d\u2019appui soit <\/em>offert<em>&nbsp;et la construction reprendra<\/em>&nbsp;\u00bb. Les ressources dont disposent les milieux qui entourent la personne en difficult\u00e9 et son mode de relation avec son contexte favorisent un meilleur d\u00e9veloppement des processus de deuil et de r\u00e9silience. Selon Fonagy et al. (1994), la r\u00e9silience est \u00ab&nbsp;un<em>&nbsp;ensemble de processus sociaux et intrapsychiques, lesquels prennent place \u00e0 travers le temps et en fonction des combinaisons des diff\u00e9rents attributs de l\u2019enfant, de la famille et des environnements sociaux et culturels<\/em>&nbsp;\u00bb. Ainsi, nous comprenons la r\u00e9silience comme un processus d\u2019am\u00e9nagement entre le risque et les facteurs protecteurs qui viennent faire face au risque et \u00e9vitent d\u2019y succomber.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-0duxh10186\">Anaut et Cyrulnik (2014) rappellent que \u00ab&nbsp;la<em>&nbsp;r\u00e9silience est un processus, non r\u00e9ductible \u00e0 un \u00e9tat, qui s\u2019\u00e9taye sur des ressources individuelles du sujet, mais contextualis\u00e9es avec celles de l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me psychoaffectif et social dans lequel il \u00e9volue<\/em>&nbsp;\u00bb. En effet, le processus de r\u00e9silience est fortement li\u00e9 \u00e0 l\u2019histoire personnelle de la personne, aux relations nou\u00e9e dans sa premi\u00e8re enfance, au fonctionnement de sa famille dans laquelle elle a grandi et aux structures du contexte social, dans lequel elle se trouve. Fonagy et al. (1994) ont d\u00e9montr\u00e9 que \u00ab&nbsp;<em>la&nbsp;qualit\u00e9 des exp\u00e9riences d\u2019attachement n\u2019am\u00e9liore pas seulement le d\u00e9veloppement des structures physiologiques et des fonctions psychiques mais \u00e9galement la capacit\u00e9 d\u2019interpr\u00e9ter ses propres \u00e9motions et celles des autres et, par cons\u00e9quent, <\/em>de<em>&nbsp;donner du sens aux exp\u00e9riences r\u00e9alis\u00e9es ou aux situations v\u00e9cues afin d\u2019y r\u00e9agir ad\u00e9quatement <\/em>\u00bb. La r\u00e9alisation du travail de deuil, \u00e9tape importante dans le processus de la r\u00e9silience, est intrins\u00e8quement li\u00e9e aux premi\u00e8res exp\u00e9riences d\u2019attachement v\u00e9cues par la personne.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-ixdzs10196\">Les liens d\u2019attachement, \u00e9tudi\u00e9s en premier par Bowlby, ont une grande influence dans la construction de la vie psychique de l\u2019individu. Ils permettent \u00e0 la personne de cr\u00e9er des relations s\u00e9curisantes avec l\u2019autre, de lui faire confiance, et de trouver chez lui s\u00e9curit\u00e9 et affection. Selon Michallet (2010), \u00ab&nbsp;cette<em>&nbsp;s\u00e9curit\u00e9 psychique de base permettrait \u00e0 l\u2019individu de faire face, dans la suite de son d\u00e9veloppement et de sa vie, \u00e0 des \u00e9preuves ou \u00e0 des traumatismes, de s\u2019y adapter, de les surmonter et de profiter de ces \u00e9v\u00e9nements pour acqu\u00e9rir de nouvelles capacit\u00e9s ou de r\u00e9aliser de nouveaux apprentissages<\/em>&nbsp;\u00bb. Anaut (2019), psychologue clinicienne et professeure \u00e0 l\u2019universit\u00e9 Lyon\u2013II, consid\u00e8re la r\u00e9silience comme \u00ab&nbsp;<em>un&nbsp;processus plus qu\u2019une capacit\u00e9<\/em>&nbsp;\u00bb. Face \u00e0 un drame intime, la personne en question met en jeu \u00ab&nbsp;<em>des&nbsp;comp\u00e9tences pour que s\u2019op\u00e8re une reconstruction psychique et sociale et la reprise d\u2019un nouveau d\u00e9veloppement<\/em>&nbsp;\u00bb (Anaut, 2019) ajoute-t-elle. Nous la voyons souligner, l\u2019existence de deux grandes phases sur le chemin de r\u00e9silience&nbsp;: la pr\u00e9servation de \u00ab&nbsp;l\u2019effraction psychique&nbsp;\u00bb afin de contenir l\u2019angoisse, et&nbsp;les \u00e9motions mortif\u00e8res, et \u00ab&nbsp;la qu\u00eate de sens&nbsp;\u00bb, afin de sublimer le trauma.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-tijtc10208\"><strong>3- Facteurs de r\u00e9silience<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-rmudv10210\"><em>\u201cR\u00e9silience : ressources des groupes humains ou des soci\u00e9t\u00e9s pour faire face aux adversit\u00e9s et rechercher ensemble la r\u00e9alisation de leur bien-\u00eatre<\/em>.&nbsp;\u201c<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-wf0kj10215\">Suarez OJEDA<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-r9sbl10217\">Reprendre un bon d\u00e9veloppement, et une vie agr\u00e9able apr\u00e8s une agonie psychique, ne semble pas \u00eatre une t\u00e2che facile. De m\u00eame, il est bien complexe de cerner les facteurs psychologiques, sociaux, affectifs et culturels qui vont permettre la r\u00e9silience. Nous avons d\u00e9j\u00e0 abord\u00e9 les facteurs de risque, et la notion de vuln\u00e9rabilit\u00e9. Il nous semble important, avant de pr\u00e9senter les diff\u00e9rents facteurs de protection relev\u00e9s dans la litt\u00e9rature scientifique, de d\u00e9finir ce qu\u2019est un facteur de protection. Rutter (1985) propose la d\u00e9finition suivante&nbsp;: \u00ab&nbsp;les<em>&nbsp;facteurs de protection font r\u00e9f\u00e9rence aux influences qui modifient, am\u00e9liorent ou transforment la r\u00e9ponse d\u2019une personne face \u00e0 un \u00e9v\u00e9nement qui pr\u00e9dispose \u00e0 une mauvaise adaptation&nbsp;\u00bb<\/em>. Il met en \u00e9vidence l\u2019importance de trois points&nbsp;: &#8211; les qualit\u00e9s positives du facteur de protection, &#8211; son r\u00f4le dans la modification de la mauvaise r\u00e9ponse attendue et &#8211; sa part dans le d\u00e9veloppement des potentialit\u00e9s de la personne en question.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-gotpq10225\">Anaut (2003) attire notre attention sur la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019\u00e9tudier la relativit\u00e9 de chaque facteur. Selon elle, le m\u00eame facteur pourrait, selon les cas, participer au risque comme \u00e0 la protection. Prenons l\u2019exemple de l\u2019estime de soi, facteur de r\u00e9silience que nous retrouvons au c\u0153ur de la plupart des approches&nbsp;; \u00ab&nbsp;<em>un&nbsp;minimum d\u2019estime de soi est n\u00e9cessaire et utile pour constituer la r\u00e9silience. Cependant, une promotion \u00e0 outrance de l\u2019estime de soi pourrait conduire \u00e0 des personnalit\u00e9s marqu\u00e9es par l\u2019arrogance, le m\u00e9pris des autres et des lois, et conduire \u00e0 des fonctionnements relationnels caract\u00e9riels et violents, donc loin de l\u2019adaptation recherch\u00e9e <\/em>\u00bb. De plus, il existe plusieurs types d\u2019estime de soi&nbsp;: estime de soi personnelle, sociale, familiale, scolaire, professionnelle, etc. Il serait int\u00e9ressant d\u2019\u00e9tudier le cas par cas, et de s\u2019arr\u00eater sur les variations qualitatives de chaque facteur chez les individus dits r\u00e9silients. Dans son livre \u00ab&nbsp;souffrir<em>&nbsp;mais se construire<\/em>&nbsp;\u00bb, Vanistandael (1999) affirme que tout facteur protecteur contient un risque de perversion.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-czuck10233\">La rencontre de plusieurs facteurs facilite la r\u00e9alisation de la r\u00e9silience. Ces facteurs doivent avoir lieu avant le trauma, dans la vie de la personne traumatis\u00e9e, puis durant le trauma, et apr\u00e8s le trauma. Nous les reprenons de Cyrulnik&nbsp;(1999) :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><em>Avant le trauma\u00a0:<\/em>\u00a0l\u2019attachement s\u00e9cure acquis d\u00e8s les premiers mois de la vie, la mentalisation, la repr\u00e9sentation d\u2019images et de mots, afin de pouvoir raconter les choses.<\/li>\n\n\n\n<li><em>Pendant le trauma\u00a0:<\/em>\u00a0la possibilit\u00e9 d\u2019une r\u00e9silience rapide d\u00e9pend de la source de l\u2019agression. Si l\u2019agression provient de l\u2019entourage familial, ceci rend la r\u00e9silience moins facile, car la personne traumatis\u00e9e s\u2019attribue la faute. Comme nous l\u2019avons bien mentionn\u00e9 ci-dessus, le sentiment de culpabilit\u00e9 rend le chemin de la r\u00e9silience plus difficile.<\/li>\n\n\n\n<li><em>Apr\u00e8s le trauma\u00a0:<\/em>\u00a0le traumatis\u00e9 qui b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019un soutien verbal et non verbal a plus de chance de rebondir que celui qui se retrouve seul apr\u00e8s un traumatisme. La verbalisation de ce qui est arriv\u00e9 aide beaucoup \u00e0 vaincre l\u2019\u00e9tat d\u00e9pressif, m\u00e8ne \u00e0 une meilleure ma\u00eetrise de soi, et, par la suite \u00e0 la repr\u00e9sentation du trauma. De plus, une pr\u00e9sence bienveillante, sans obligation de parler, assure une atmosph\u00e8re favorable \u00e0 la r\u00e9silience.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p id=\"viewer-u8rnr10248\">Les neurosciences ont d\u00e9montr\u00e9 que les enfants ne b\u00e9n\u00e9ficiant d\u2019aucune attention affective ne sont plus stimul\u00e9s, et pr\u00e9sentent une atrophie c\u00e9r\u00e9brale. Ainsi, nous pourrons dire, avec Cyrulnik, que la s\u00e9curit\u00e9 affective stimule une partie du cerveau et aide \u00e0 une s\u00e9cr\u00e9tion \u00e9quilibr\u00e9e des hormones, notamment l\u2019ocytocine, hormone du plaisir de vivre. Par contre, les cerveaux d\u2019enfants souffrant d\u2019une carence affective s\u00e9v\u00e8re secr\u00e8tent \u00ab<em>&nbsp;une hormone poison, qui donne une grande amertume \u00e0 la vie quotidienne&nbsp;\u00bb<\/em>&nbsp;(Cyrulnik, 2012). \u00ab <em>Le&nbsp;degr\u00e9 de r\u00e9silience face aux \u00e9v\u00e9nements traumatisants de la vie est fortement d\u00e9termin\u00e9 par les sch\u00e9mas d\u2019attachement<\/em>&nbsp;\u00bb (Bendris, 2018) affirme John Bowlby. Les derniers temps de la grossesse ont une grande importance sur le genre d\u2019attachement de l\u2019enfant \u00e0 sa m\u00e8re. Durant ce moment-l\u00e0, il accueille la voix douce de sa m\u00e8re comme une caresse verbale. Ainsi, d\u00e8s le premier instant de sa naissance, l\u2019enfant reconna\u00eet la voix de sa maman et oriente sa t\u00eate vers elle. Cette continuit\u00e9 de l\u2019information explique le genre d\u2019attachement qu\u2019a l\u2019enfant avec sa m\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-rsr5o10256\">Si l\u2019attachement est s\u00e9cure, l\u2019enfant qui a pu d\u00e9velopper une affectivit\u00e9 saine, pourra supporter plus facilement les moments difficiles qu\u2019il va conna\u00eetre bient\u00f4t. Il saura se calmer quand un petit malheur lui arrive. Par contre, un enfant maltrait\u00e9 qui a d\u00e9velopp\u00e9 une affectivit\u00e9 \u00e9vitante, distante, ambivalente et confuse, aura des difficult\u00e9s d\u2019adaptation dans sa vie future. Du fait de sa blessure, il pourrait mettre un temps plus long pour vivre une adaptation et la r\u00e9silience devient beaucoup plus compliqu\u00e9e. Certaines \u00e9tudes scientifiques, tels que les recherches am\u00e9ricaines portant sur le d\u00e9veloppement de l\u2019enfant en particulier, en mati\u00e8re de r\u00e9silience, \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Harvard, montrent qu\u2019une relation stable et engag\u00e9e avec un parent, un soignant ou un autre adulte qui les soutient, est le facteur le plus courant chez les enfants qui d\u00e9veloppent de la r\u00e9silience. Ces scientifiques harvardiens trouvent que cette relation d\u2019attachement s\u00e9cure permet \u00e0 l\u2019enfant d\u2019atteindre son plein potentiel, malgr\u00e9 toute forme d\u2019exp\u00e9riences pr\u00e9coces d\u00e9favorables. Pour eux, ce genre d\u2019attachement permet \u00e0 l\u2019enfant de savoir se prot\u00e9ger en r\u00e9duisant les effets n\u00e9gatifs d\u2019une adversit\u00e9 importante dans sa vie.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-4la2510260\"><em>L\u2019ambiance familiale ou le syst\u00e8me familial&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-edt1o20530\">Dans le m\u00eame article, Cyrulnik (1999) nous parle de scientifiques \u00e0 Harvard qui s\u2019occupent de l\u2019\u00e9tude du d\u00e9veloppement de l\u2019enfant, et selon lesquels, la r\u00e9silience est le r\u00e9sultat d\u2019une combinaison de facteurs de protection. Ni les caract\u00e9ristiques individuelles, ni les environnements sociaux \u00e0 eux seuls ne sont susceptibles d\u2019assurer des r\u00e9sultats positifs pour les enfants qui vivent des p\u00e9riodes prolong\u00e9es de stress toxique. C\u2019est l\u2019interaction entre la biologie et l\u2019environnement qui renforce la capacit\u00e9 de l\u2019enfant \u00e0 faire face \u00e0 l\u2019adversit\u00e9 et \u00e0 surmonter les menaces pour un d\u00e9veloppement sain. A remarquer que toute forme de stress n\u2019est pas nocive. Selon ces chercheurs, il existe de nombreuses occasions dans la vie de chaque enfant permettant d\u2019\u00e9prouver un stress g\u00e9rable, et avec l\u2019aide d\u2019adultes solidaires, ce stress positif peut favoriser la croissance. Avec le temps, le sujet devient davantage capable de faire face aux obstacles et aux difficult\u00e9s de la vie, \u00e0 la fois physiquement et mentalement. Nous cl\u00f4turons notre \u00e9tude de ce choix de textes concernant les facteurs de r\u00e9silience avec Josse (2019), selon qui \u00ab&nbsp;<em>la&nbsp;r\u00e9silience et la croissance post-traumatique ne se construisent donc pas uniquement gr\u00e2ce aux ressources personnelles ni exclusivement gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019environnement, mais par un maillage serr\u00e9 entre les deux<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-1m4b210268\">&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; Comme nous l\u2019avons dit, \u00e0 plusieurs reprises ci-dessus, la r\u00e9silience n\u2019est pas seulement une capacit\u00e9 mais un processus. Elle d\u00e9pend d\u2019une multitude de facteurs personnels, familiaux et environnementaux, sans oublier qu\u2019elle ne supprime pas la blessure mais toutefois, elle aide \u00e0 affronter ce qui semble \u00eatre une fatalit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-4lr9j10272\"><em>Tuteurs de r\u00e9silience<\/em><\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-ga9gx23261\"><em>\u201cSi tu peux voir d\u00e9truit l\u2019ouvrage de ta vie Et sans dire un seul mot te mettre \u00e0 reb\u00e2tir, \u201c<\/em><\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-qgrdf10276\">KIPLING<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-nm2db10278\">Il nous semble n\u00e9cessaire de nous pencher sur l\u2019action du tuteur de la r\u00e9silience et ses qualit\u00e9s, puisque nous venons de d\u00e9velopper les facteurs qui aident \u00e0 la r\u00e9alisation de ce processus. L\u2019\u00e9tude des r\u00e9cits de vie des personnes r\u00e9silientes dans leurs travers\u00e9es de p\u00e9riodes difficiles, \u00e9preuves adverses ou traumatiques, est bien importante. Les liens relationnels ou affectifs qu\u2019ils ont pu nouer avec un parent ou un ami ont contribu\u00e9 d\u2019une mani\u00e8re remarquable \u00e0 les soutenir, \u00e0 les aider \u00e0 se reconstruire, et m\u00eame parfois \u00e0 les conduire \u00e0 changer radicalement leur trajectoire de vie. Cyrulnik (2001), dans son ouvrage \u00ab&nbsp;Les vilains petits canards&nbsp;\u00bb, donne \u00e0 ces personnes le nom de \u00ab&nbsp;tuteurs de r\u00e9silience&nbsp;\u00bb. Lighezzolo et Tychey (2004) font une distinction entre les tuteurs de d\u00e9veloppement, repr\u00e9sent\u00e9s par le p\u00e8re et la m\u00e8re ou leurs substituts, et les tuteurs de r\u00e9silience qui repr\u00e9sentent \u00ab&nbsp;tous<em>&nbsp;les autres mod\u00e8les environnementaux que le sujet peut rencontrer lorsque les mod\u00e8les parentaux sont d\u00e9faillants ou insuffisants<\/em>&nbsp;\u00bb. Le lien s\u00e9cure v\u00e9cu dans l\u2019enfance entre le sujet et son mod\u00e8le parental pourrait favoriser l\u2019\u00e9mergence de la r\u00e9silience devant des \u00e9v\u00e9nements traumatiques. Cependant, cette bonne qualit\u00e9 d\u2019attachement v\u00e9cue au d\u00e9but de la vie n\u2019est pas toujours suffisante. Cyrulnik (1999), Vanistandael et Lecomte (2000), Manciaux (2001) et Lecomte (2004) ont mis en avant l\u2019importance d\u2019un lien ult\u00e9rieur avec une personne ressource, consid\u00e9r\u00e9 comme un facteur de protection externe.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-s4r9q10284\">Ce tuteur de r\u00e9silience doit avoir plusieurs qualit\u00e9s. La question d\u2019une confiance r\u00e9ciproque reste primordiale pour le sujet r\u00e9silient. \u00c0 remarquer que ce n\u2019est pas la quantit\u00e9 du temps qu\u2019il passe avec le sujet qui est importante, mais c\u2019est le fait que ce passage dans la vie du sujet r\u00e9silient, le moins bref possible, soit marquant une fois que l\u2019\u00e9tayage a eu lieu. Les personnes ressources, comme un membre de la famille, enseignant, un soignant ou un ami confident peuvent rev\u00eatir \u00ab&nbsp;<em>un&nbsp;r\u00f4le de tuteur ou de mod\u00e8le souvent \u00e0 leur insu. Elles peuvent accompagner l\u2019individu en souffrance sans conna\u00eetre la nature de ses blessures, mais en le revalorisant et en lui permettant de faire des exp\u00e9riences positives<\/em>&nbsp;\u00bb (Lecomte, 2004). De Tychey et Lighezzolo (2004) parlent de la capacit\u00e9 de certaines personnes \u00e0 continuer \u00e0 se projeter dans l\u2019avenir tout en ayant des conditions de vie d\u00e9stabilisantes. Cette attitude r\u00e9siliente est souvent pr\u00e9sente dans la vie de personnes qui se trouvent dans un contexte socio-affectif favorisant leur d\u00e9veloppement psychologique apr\u00e8s un traumatisme<em>.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-m4ypx10291\">&nbsp; Un tuteur de r\u00e9silience offre un soutien suppl\u00e9mentaire \u00e0 la personne traumatis\u00e9e. Il joue le r\u00f4le d\u2019un accompagnateur montrant de la positivit\u00e9, de l\u2019espoir, de la bienveillance et surtout une capacit\u00e9 d\u2019\u00e9coute sans jugement afin d\u2019aider la personne \u00e0 retrouver ses forces et \u00e0 s\u2019\u00e9panouir. Delage (2004) donne une grande importance \u00e0 la famille (quand elle existe), \u00e0 laquelle s\u2019adresse la personne traumatis\u00e9e. Elle fournit au sujet r\u00e9silient une premi\u00e8re ressource de s\u00e9curit\u00e9 et de confiance. Elle constitue, normalement, le premier contenant qui est suppos\u00e9 recevoir la souffrance du sujet et le r\u00e9cit de son exp\u00e9rience douloureuse. Ce, pour lui permettre une reprise du d\u00e9veloppement de son monde. Pour Anaut (2015), \u00ab&nbsp;<em>les&nbsp;premiers tuteurs de r\u00e9silience peuvent se trouver au sein de la famille, aupr\u00e8s des personnes qui partagent un lien affectif fort avec l\u2019individu qui a subi une agression psychique. Toutefois, de nombreux tuteurs de r\u00e9silience peuvent se rencontrer \u00e9galement parmi les relations sociales extra-familiales.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-0syp910297\">La fratrie et les camarades de quartier ont une influence bien importante dans les facteurs de r\u00e9silience. Selon Cyrulnik (2012), \u00ab&nbsp;A<em>&nbsp;l\u2019\u00e9poque, la rue avait un pouvoir socialisateur. Aujourd\u2019hui, elle ne l\u2019est plus <\/em>\u00bb. Quelquefois, \u00ab<em>&nbsp;ce pair ou cet ami confident deviendra le compagnon ou la compagne de la vie<\/em>&nbsp;\u00bb (Cyrulnik, 2015) du sujet r\u00e9silient.&nbsp; Vis-\u00e0-vis d\u2019une personne traumatis\u00e9e, le tuteur est \u00e0 la fois une personne de confiance et a aussi le r\u00f4le d\u2019aider cette personne \u00e0 retrouver la confiance en elle-m\u00eame. Les institutions stables participent \u00e0 la r\u00e9silience collective. Parfois les orphelins qui se trouvent dans des institutions connaissent un d\u00e9veloppement de meilleure qualit\u00e9 que d\u2019autres qui vivent avec la population en dehors des orphelinats. Les sp\u00e9cialistes qui prennent soin de ces enfants jouent, parfois sans le savoir, le r\u00f4le de tuteurs.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-hptz010305\">De plus, l\u2019art joue un r\u00f4le majeur dans la r\u00e9silience. Faire du th\u00e9\u00e2tre par exemple, facilite la repr\u00e9sentation de la chose et du mot en permettant de parler de soi par l\u2019interm\u00e9diaire d\u2019un \u00ab&nbsp; d\u00e9l\u00e9gu\u00e9&nbsp; \u00bb. Par ailleurs, mobiliser des sources de foi, d\u2019esp\u00e9rance et de traditions culturelles semble essentiel pour le d\u00e9veloppement de la r\u00e9silience, affirment les \u00e9tudes de Harvard.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-qriz310307\">Nous concluons ce point, avec Manciaux (2005), selon qui&nbsp;:&nbsp;\u00ab&nbsp;<em>si&nbsp;la g\u00e9n\u00e9tique et la biologie d\u00e9terminent les limites du possible, il reste un grand degr\u00e9 de libert\u00e9 et une bonne marge de man\u0153uvre pour l\u2019intervention des ressources personnelles, familiales, communautaires et professionnelles<\/em>&nbsp;\u00bb. Il affirme que la personne ne peut pas \u00eatre r\u00e9siliente toute seule. L\u2019estime de soi, la sociabilit\u00e9, le don d\u2019\u00e9veiller la sympathie, un certain sens de l\u2019humour, et m\u00eame un projet de vie ne suffisent pas. La pr\u00e9sence d\u2019un parent aimant, d\u2019un ami, d\u2019une ou plusieurs personnes en qui le sujet a confiance \u2013 et qui lui font confiance- constituent une n\u00e9cessit\u00e9 indispensable \u00e0 la production de ce processus. Cependant, nous le voyons insister sur le r\u00f4le des facteurs individuels de r\u00e9silience. Il cite&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>des&nbsp;strat\u00e9gies d\u2019adaptation, \u00e9vitement, recherche de soutien, r\u00e9v\u00e9lation, restructuration cognitive, sens donn\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00e8nement, expression des \u00e9motions et perception d\u2019effets positifs.<\/em>&nbsp;\u00bb (Manciaux, 2015).<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-i82t710315\"><em>Aspects de r\u00e9silience<\/em><\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-pvqpk10317\"><em>\u201cL&rsquo;art de vivre ressemble plus \u00e0 celui des lutteurs qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;art de la danse,<\/em><\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-89sw410319\"><em>puisqu&rsquo;il faut se tenir pr\u00e9par\u00e9 et arm\u00e9 contre les coups subits et impr\u00e9vus.\u201d<\/em><\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-aiv4c10321\">MARC AUR\u00c8LE<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-216zd10323\">Contr\u00f4ler les effets du traumatisme, freiner les s\u00e9quelles de la d\u00e9sorganisation psychique, vivre malgr\u00e9 l\u2019adversit\u00e9, tout en gardant une qualit\u00e9 de vie avec le moins de d\u00e9g\u00e2ts possibles, sont des indices d\u2019un d\u00e9but de construction de la r\u00e9silience. Pour Anaut (2012), la r\u00e9silience, comme processus \u00e9volutif qui se fa\u00e7onne dans le temps entre la personne traumatis\u00e9e, sa famille et son environnement social, \u00ab ne se r\u00e9duit pas simplement \u00e0 l\u2019int\u00e9gration et au d\u00e9passement du traumatisme, mais implique toutes les capacit\u00e9s humaines permettant de se confronter \u00e0 des exp\u00e9riences adverses, de les int\u00e9grer et d\u2019\u00eatre transform\u00e9es par elles \u00bb (Anaut, 2012). Nous ne pouvons pas r\u00e9duire la r\u00e9silience \u00e0 une simple reprise d\u2019un d\u00e9veloppement apr\u00e8s une adversit\u00e9, mais elle est aussi et surtout une repr\u00e9sentation du trauma en tant qu\u2019une nouvelle vie qui se pr\u00e9sente. Pourtois et al. (2012) parlent d\u2019une \u00e9tude faite sur 113 personnes et qui a servi \u00e0 r\u00e9pertorier 77 indices et 26 indicateurs d\u2019un d\u00e9veloppement post-traumatique. Ces 26 indicateurs sont repartis sur les quatre volets de la vie psychique du sujet r\u00e9silient, en lien avec son environnement&nbsp;: l\u2019affectif, le cognitif, le social et le conatif. La connaissance de tous les signes de r\u00e9silience cit\u00e9s ci-dessus s\u2019est r\u00e9alis\u00e9e selon une approche inductive. Selon Pourtois (2012), cette approche \u00ab <em>se fonde essentiellement sur l\u2019observation comportementale, l\u2019introspection et la conscience ph\u00e9nom\u00e9nale des individus qui, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 expos\u00e9s \u00e0 un \u00e9pisode de vie fracassant, se sont malgr\u00e9 tout, de leur propre point de vue, engag\u00e9s dans un n\u00e9o- d\u00e9veloppement subjectivement v\u00e9cu comme \u00e9panouissant<\/em>&nbsp;\u00bb (Pourtois, 2012). La collecte des indices s\u2019est faite alors \u00e0 partir d\u2019un recueil d\u2019entretiens cliniques, et de l\u2019observation, r\u00e9alis\u00e9s aupr\u00e8s de sujets ayant fait preuve de r\u00e9silience apr\u00e8s un traumatisme donn\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-5habk10333\"><em>Fait preuve d\u2019optimisme<\/em><\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-mfeu510335\"><em>\u201c\u00c0 force de tout voir l&rsquo;on finit par tout supporter \u00c0 force de tout supporter l&rsquo;on finit par tout tol\u00e9rer \u00c0 force de tout tol\u00e9rer l&rsquo;on finit par tout accepter \u00c0 force de tout accepter l&rsquo;on finit par tout approuver !\u201d<\/em><\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-9d0z410337\">Saint AUGUSTIN<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-3k24010339\">Selon l\u2019inventaire des indicateurs et des concepts op\u00e9ratoires de Pourtois (2012), le sujet r\u00e9silient qui fait preuve d\u2019optimisme \u00ab&nbsp;<em>est capable de se repr\u00e9senter l\u2019avenir de fa\u00e7on \u00e0 la fois raisonnable et positive<\/em>&nbsp;\u00bb. Sa confiance en soi et la confiance en l\u2019autre le poussent \u00e0 investir ses ressources affectives et sociales dans l\u2019\u00e9laboration de projets pour l\u2019avenir. Son regard positif, et son esp\u00e9rance dans un meilleur futur am\u00e9liorent ses relations avec les autres. Appuy\u00e9e sur un sentiment de s\u00e9curit\u00e9 affective, l\u2019attitude optimiste \u00ab&nbsp;<em>s\u2019inscrit dans une repr\u00e9sentation mentale qui permet d\u2019envisager sereinement l\u2019avenir et s\u2019y inscrire en lui donnant spontan\u00e9ment une orientation positive<\/em> \u00bb (Pourtois, 2012). Pourtois (2012) met l\u2019accent, encore une fois, sur l\u2019importance du soutien affectif de l\u2019entourage dans le d\u00e9veloppement du sujet r\u00e9silient, et de son investissement positif, avec lequel il envisage le futur et ses relations avec les autres. Ainsi, l\u2019optimisme serait le fait d\u2019envisager le futur sous un angle positif. Le sujet optimiste deviendrait capable de voir l\u2019aspect b\u00e9n\u00e9fique dans toute chose et tout \u00e9v\u00e9nement, m\u00eame si celui-ci est n\u00e9gatif.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-6wj5o10341\">Seligman (1990) consid\u00e8re l\u2019optimisme comme faisant objet de la psychologie positive. Il estime que l\u2019attitude optimiste est un sujet d\u2019apprentissage ou de r\u00e9apprentissage, qui peut se faire \u00e0 tout \u00e2ge, accompagn\u00e9 d\u2019un regard positif sur soi et sur l\u2019avenir. Ainsi, nous voyons le sujet sortir du sentiment d\u2019impuissance qu\u2019il a eu face aux \u00e9v\u00e9nements traumatiques v\u00e9cus, pour \u00ab&nbsp;<em>se donner les moyens d\u2019appr\u00e9hender de mani\u00e8re diff\u00e9rente la r\u00e9alit\u00e9 qu\u2019il vit<\/em> \u00bb (Pourtois, 2012). Seligman estime que les exp\u00e9riences pr\u00e9coces de l\u2019enfance et l\u2019environnement parental jouent un r\u00f4le dans cet am\u00e9nagement cognitif possible. Nombreux sont les auteurs qui lient le regard positif sur soi et sur le monde \u00e0 l\u2019attachement s\u00e9cure de la premi\u00e8re enfance. Garmezy (1985) montre comment l\u2019orientation affective s\u00e9cure appara\u00eet clairement d\u00e9pendante des premi\u00e8res \u00e9tapes du d\u00e9veloppement psychique du sujet. Les travaux de Main et Lodwyn (1984) \u00ab&nbsp;<em>indiquent sans ambigu\u00eft\u00e9 comment l\u2019attachement s\u00e9cure favorise l\u2019impr\u00e9gnation de sch\u00e8mes d\u2019attachement confiants qui permettent au sujet en d\u00e9veloppement d\u2019investir la relation affective en l\u2019envisageant comme un projet d\u2019avenir <\/em>\u00bb. Le fait que la personne dispose de relations fiables et proches dans sa vie, ceci est consid\u00e9r\u00e9 comme un facteur puissant de r\u00e9silience au cas o\u00f9 elle sera expos\u00e9e \u00e0 une situation traumatisante ou stressante. De la m\u00eame mani\u00e8re, Cyrulnik (2004) \u00e9voque l\u2019importance de l\u2019attachement s\u00e9cure dans l\u2019\u00e9mergence des m\u00e9canismes de d\u00e9fense face \u00e0 l\u2019adversit\u00e9, en particulier l\u2019aptitude \u00e0 \u00e9laborer un projet de vie, permettant une r\u00e9silience chez des sujets traumatis\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-gw12j10347\"><strong>Pour conclure<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-ij1ql10349\">\u00c9videmment, notre recherche et nos lectures ne repr\u00e9sentent qu&rsquo;un fragment de l&rsquo;abondante litt\u00e9rature existante concernant la notion de r\u00e9silience. La s\u00e9lection d&rsquo;ouvrages, articles et auteurs pr\u00e9sent\u00e9s ci-dessus permettent, certes, de d\u00e9finir les contours de la notion de r\u00e9silience, appliqu\u00e9e aux disciplines focalis\u00e9es sur la sant\u00e9 mentale : psychologie, psychanalyse, et psychiatrie. En ces domaines, une synth\u00e8se des textes analys\u00e9es permet de consid\u00e9rer que la r\u00e9silience n&rsquo;est pas tant un processus en dualit\u00e9 action\/r\u00e9action, mais rel\u00e8ve d&rsquo;un processus de reconstruction que peut faciliter un accompagnement psychologique adapt\u00e9 \u00e0 la personne et \u00e0 la situation. Le \u201ctransfert du social dans le mental\u201d, tel que d\u00e9fini par le Dr. Herv\u00e9 Hubert, doit \u00e9galement \u00eatre pris en consid\u00e9ration. Enfin, penser d\u2019envisager, d&rsquo;accompagner un processus de r\u00e9silience apr\u00e8s un trauma, implique se concentrer sur l&rsquo;individu en tant que sujet. De fa\u00e7on tr\u00e8s pratique, concr\u00e8te, comme l&rsquo;expose Georges Politzer dans son ouvrage&nbsp;<em>Critique des fondements de la psychologie<\/em>&nbsp;: \u00ab <em>Se placer au point de vue concret pour n\u2019accepter comme faits psychologiques que les segments de la vie de l\u2019individu particulier, assigner \u00e0 l\u2019analyse psychologique comme but essentiel l\u2019\u00e9tablissement de la signification du fait psychologique dans l\u2019ensemble de la vie du je singulier, implique \u00e0 chaque instant le d\u00e9passement des r\u00e9cits imm\u00e9diats, et la n\u00e9cessit\u00e9 de les \u00e9clairer par les donn\u00e9es de l\u2019analyse, pour d\u00e9terminer la signification pr\u00e9cise de l\u2019acte du Je. La psychanalyse est donc orient\u00e9e par son inspiration fondamentale vers l\u2019inad\u00e9quation entre la pens\u00e9e r\u00e9citative imm\u00e9diate et la signification r\u00e9elle de l\u2019acte v\u00e9cu par le sujet <\/em>\u00bb. L&rsquo;accompagnement th\u00e9rapeutique int\u00e8gre alors l&rsquo;\u00e9coute, l&rsquo;analyse, et la prise en consid\u00e9ration de la mobilisation des m\u00e9canismes de d\u00e9fense, ainsi que de la mentalisation.&nbsp; Le trauma, v\u00e9cu comme \u201csegment de la vie d&rsquo;un individu\u201d, doit \u00eatre analys\u00e9 en tant que \u201cfait psychologique\u201d, dans tous ses aspects. Sa compr\u00e9hension, en profondeur, est un vecteur de mise en pratique d&rsquo;une relation entre th\u00e9rapeute et patient pouvant mener progressivement \u00e0 une reconstruction via un processus d\u00e9clenchant, peu \u00e0 peu, une r\u00e9silience.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-skrp410359\">Georges Politzer, <em>Critique des fondements de la psychologie<\/em>&nbsp;Presses universitaire de France. 1928, r\u00e9\u00e9dit\u00e9 en 1974. 262 pages.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-c3sdx20600\">S\u0153ur Gloria Douaihy<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Introduction \u201cUne \u00e9volution des mentalit\u00e9s est aussi une \u00e9volution des mots ! Nous ne rentrerons pas ici dans le d\u00e9bat de&nbsp;savoir si l\u2019id\u00e9e pr\u00e9c\u00e8de le mot, ou bien si c\u2019est l\u2019inverse, mais il faut bien reconna\u00eetre que celui de r\u00e9silience, aujourd\u2019hui, a du ressort ! On parle p\u00eale-m\u00eale de personnalit\u00e9 r\u00e9siliente, de matelas r\u00e9silient, de [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-133","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/asso-apps.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/133","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/asso-apps.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/asso-apps.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/asso-apps.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/asso-apps.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=133"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/asso-apps.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/133\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":136,"href":"https:\/\/asso-apps.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/133\/revisions\/136"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/asso-apps.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=133"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/asso-apps.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=133"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/asso-apps.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=133"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}