{"id":213,"date":"2026-03-08T14:31:54","date_gmt":"2026-03-08T14:31:54","guid":{"rendered":"https:\/\/asso-apps.org\/?p=213"},"modified":"2026-03-08T14:31:55","modified_gmt":"2026-03-08T14:31:55","slug":"le-masque-derriere-le-masque-maladies-mentales-et-mentalites-sociales","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asso-apps.org\/index.php\/2026\/03\/08\/le-masque-derriere-le-masque-maladies-mentales-et-mentalites-sociales\/","title":{"rendered":"Le masque derri\u00e8re le masque &#8211; Maladies mentales et mentalit\u00e9s sociales"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" width=\"991\" height=\"431\" src=\"https:\/\/asso-apps.org\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/image-11.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-214\" srcset=\"https:\/\/asso-apps.org\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/image-11.png 991w, https:\/\/asso-apps.org\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/image-11-300x130.png 300w, https:\/\/asso-apps.org\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/image-11-768x334.png 768w\" sizes=\"(max-width: 991px) 100vw, 991px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p id=\"viewer-9s5iu\">Introduction<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-3ebgp\">La psycho-analyse cherche \u00e0 faire \u00ab\u2009tomber le masque\u2009\u00bb de l\u2019\u00eatre, \u00e0 aller voir, derri\u00e8re les apparences, la \u00ab\u2009r\u00e9alit\u00e9 cach\u00e9e\u2009\u00bb du \u00ab\u2009sujet\u2009\u00bb. Elle d\u00e9code, par exemple, le \u00ab\u2009sens cach\u00e9\u2009\u00bb du r\u00eave. Cette \u00ab\u2009r\u00e9alit\u00e9 cach\u00e9e\u2009\u00bb serait celle d\u2019un \u00ab\u2009inconscient\u2009\u00bb\u2009essentialis\u00e9 per\u00e7u comme une substance bien d\u00e9limit\u00e9e et cet \u00ab\u2009inconscient\u2009\u00bb serait celui d\u2019un \u00ab\u2009sujet\u2009\u00bb \u00e9galement \u00ab\u2009essentialis\u00e9\u2009\u00bb et con\u00e7u comme clos sur lui-m\u00eame. Le mal viendrait des tr\u00e9fonds du \u00ab\u2009sujet\u2009\u00bb et de son \u00ab\u2009mental\u2009\u00bb. En raisonnant ainsi on fait, cependant, sans trop s\u2019en rendre compte, abstraction du monde social dans lequel l\u2019individu est immerg\u00e9 et par lequel il a \u00e9t\u00e9 produit. L\u2019inconscient est le \u00ab\u2009roi\u2009\u00bb et l\u2019individu est son \u00ab\u2009sujet\u2009\u00bb. Entre ces deux instances r\u00e9ifi\u00e9es, les psycho-analystes sont tels des magiciens : ils font appara\u00eetre la \u00ab\u2009r\u00e9alit\u00e9 enfouie\u2009\u00bb de l\u2019individu et dispara\u00eetre les illusions qui masquent ses \u00ab\u2009intentions profondes\u2009\u00bb. \u00ab\u2009\u00catre d\u00e9masqu\u00e9\u2009\u00bb, c\u2019est \u00eatre r\u00e9v\u00e9l\u00e9 dans sa \u00ab\u2009r\u00e9alit\u00e9 cach\u00e9e\u2009\u00bb, faire tomber le (ment)songe. Le \u00ab\u2009psy\u2009\u00bb est le gu\u00e9risseur du (d\u00e9)ment, \u00e0 l\u2019instar, comme le notait Claude L\u00e9vi-Strauss, du sorcier tribal qui est le ma\u00eetre du rite et des masques permettant de r\u00e9v\u00e9ler le \u00ab\u2009sens cach\u00e9\u2009\u00bb (2). Le \u00ab\u2009masque\u2009\u00bb est ici compris dans un sens mystique ou mythologique pour ne pas dire mystifi\u00e9. Il est sim-ulacre, sim-ulation, dis-sim-ulation, th\u00e9\u00e2tre d\u2019ombres\u2026 Mais qu\u2019en est-il dans le quotidien du praticien confront\u00e9 \u00e0 des individus en souffrance\u2009? Si le \u00ab\u2009psycho-th\u00e9oricien\u2009\u00bb peut s\u2019envoler tr\u00e8s haut vers une infinit\u00e9 d\u2019interpr\u00e9tations symboliques, le \u00ab\u2009psycho-praticien\u2009\u00bb doit lui rester au sol et faire face \u00e0 des r\u00e9alit\u00e9s bien concr\u00e8tes&#8230; Lorsqu\u2019il quitte le domaine \u00e9th\u00e9r\u00e9 des belles id\u00e9es vagabondes qui, puisqu\u2019elles sont en l\u2019air (dans le vide), ne rencontrent pas de r\u00e9sistances, le th\u00e9rapeute n\u2019est plus face \u00e0 un \u00ab\u2009sim-ulacre\u2009\u00bb, mais face au \u00ab\u2009sim-ilis\u2009\u00bb, \u00e0 son semblable. Il se retrouve face \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 sociale des \u00eatres en soci\u00e9t\u00e9, dont lui-m\u00eame fait partie\u2026<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-cj8ir\">\u2013 <em>Le masque joue un r\u00f4le (social)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-589in\">Dans la pratique, l\u2019analyste rencontre des personnes, des \u00ab\u2009<em>persona<\/em>\u2009\u00bb. C\u2019est-\u00e0-dire des individus qui vivent en soci\u00e9t\u00e9 et sont oblig\u00e9s (intentionnellement ou \u00e0 leur insu) d\u2019en adopter des st\u00e9r\u00e9otypes, des normes, des mani\u00e8res d\u2019\u00eatre et de se comporter sans lesquelles ils ne pourraient entrer en interaction avec les autres. \u00ab\u2009<em>Persona<\/em>\u2009\u00bb signifie aussi \u00ab\u2009masque\u2009\u00bb \u00e9tymologiquement et vient du terme grec \u00ab\u2009<em>pros\u00f4pon<\/em>\u2009\u00bb qui d\u00e9signait indistinctement le visage ou le masque, avant de finir par qualifier un \u00ab\u2009\u00eatre\u2009\u00bb, un individu et sa \u00ab\u2009personnalit\u00e9 \u00bb. Les mots \u00ab\u2009masque\u2009\u00bb et \u00ab\u2009visage\u2009\u00bb ont un sens voisin et sont aussi \u00e9quivalents au mot \u00ab\u2009figure\u2009\u00bb. Au sens litt\u00e9ral, la figure est la face physique d\u2019un individu, mais au sens justement \u00ab\u2009figur\u00e9\u2009\u00bb, il s\u2019agit de la face symbolique d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 : tel individu est la \u00ab\u2009figure\u2009\u00bb d\u2019un mouvement politique par exemple. Le \u00ab\u2009visage parle\u2009\u00bb (\u00ab\u2009<em>per-sona<\/em>\u2009\u00bb = parler \u00e0 travers) et il permet d\u2019\u00ab\u2009envisager\u2009\u00bb, de se \u00ab\u2009figurer\u2009\u00bb une situation, une \u00e9motion, un \u00e9v\u00e8nement, un ph\u00e9nom\u00e8ne aussi bien qu\u2019un individu ou un groupe social. Le visage est un langage, un r\u00e9seau de signes qui permettent aux individus de communiquer entre eux. Le \u00ab visage marqu\u00e9\u2009\u00bb, dit-on, mais le visage est toujours \u00ab\u2009marqu\u00e9\u2009\u00bb, socialement situ\u00e9 par des signes physiques qui donnent des indications sur l\u2019existence sociale de son porteur, son histoire, sa classe, son genre, sa culture, son origine g\u00e9ographique\u2026 Ses souffrances aussi. Le visage est donc social, socialis\u00e9, forg\u00e9 par le social. Il est r\u00e9v\u00e9lateur des rapports sociaux et il exprime des \u00e9motions : la joie, le sourire, les pleurs, la tristesse, le bonheur, la qui\u00e9tude ou l\u2019inqui\u00e9tude, la domination ou la soumission, le plaisir ou le d\u00e9go\u00fbt, la peur ou la confiance, l\u2019horreur ou l\u2019\u00e9merveillement\u2026 Le visage peut \u00ab\u2009rougir\u2009\u00bb et trahir un sentiment malgr\u00e9 soi. Inversement, il n\u2019est pas syst\u00e9matiquement d\u00e9chiffrable. Le langage courant dit qu\u2019il est parfois \u00ab\u2009sans expression\u2009\u00bb, mais \u00ab\u2009avec\u2009\u00bb ou \u00ab\u2009sans\u2009\u00bb expression, il reste expressif, sans \u00eatre totalement transparent.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-crmjp\">Dans certains cas, les personnes qui s\u2019adressent \u00e0 nous expriment leur difficult\u00e9 \u00e0 aller vers l\u2019autre, \u00e0 s\u2019ins\u00e9rer dans le groupe. Elles nous disent \u00eatre \u00ab\u2009introverties\u2009\u00bb, \u00ab\u2009timides\u2009\u00bb et voudraient pouvoir \u00ab\u2009\u00eatre \u00e0 l\u2019aise en soci\u00e9t\u00e9\u2009\u00bb. Cette <em>aisance <\/em>appara\u00eet comme une injonction sociale destructrice : sans elle, on est un \u00ab\u2009\u00eatre moins\u2009\u00bb, en dehors de la \u00ab\u2009vraie vie\u2009\u00bb. Ces personnes ressentent cette situation comme un \u00ab\u2009d\u00e9ficit\u2009\u00bb, une \u00ab\u2009anormalit\u00e9\u2009\u00bb, elles regardent les \u00ab\u2009images des autres\u2009\u00bb sur les r\u00e9seaux sociaux et s\u2019imaginent un \u00ab\u2009vrai monde\u2009\u00bb o\u00f9 les \u00ab\u2009vraies gens\u2009\u00bb auraient une existence sociale remplie d\u2019exp\u00e9riences id\u00e9ales. Elles se sentent exclues de ce \u00ab\u2009vrai monde\u2009\u00bb. Elles ont d\u2019ailleurs souvent l\u2019impression que le mal\/aise social qu\u2019elles ressentent se voit. Elles se sentent \u00ab\u2009nues\u2009\u00bb et sans \u00ab\u2009vernis social\u2009\u00bb, sans \u00ab\u2009masque\u2009\u00bb. Face \u00e0 cette plainte, la relation th\u00e9rapeutique consiste moins \u00e0 indiquer verticalement \u00e0 la personne les r\u00e8gles du comportement en soci\u00e9t\u00e9 qu\u2019\u00e0 transmettre horizontalement une pratique : comment faire pour contr\u00f4ler davantage l\u2019effet du regard de l\u2019autre sur soi\u2009? Comment faire pour briser l\u2019emprise sur soi de cette injonction\u2009?<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-8sjtl\">\u00ab <em>Je lirai dans ta vie myst\u00e9rieuse ainsi que dans un livre ouvert<\/em> \u00bb (3)<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-3gmu2\">Dans un premier temps, le th\u00e9rapeute peut montrer que cette injonction est une construction sociale, un art\u00e9fact et non un \u00ab\u2009d\u00e9ficit mental\u2009\u00bb ou \u00ab comporte\/mental \u00bb de la personne. Ces images id\u00e9ales sont id\u00e9alis\u00e9es et il existe un envers du d\u00e9cor\u2026 Deuxi\u00e8mement, il est sans doute aussi important de rappeler que personne ne peut deviner ce qui se passe r\u00e9ellement \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019autre. On ne peut que \u00ab\u2009d\u00e9chiffrer\u2009\u00bb et ces \u00ab\u2009d\u00e9chiffrements\u2009\u00bb sont d\u2019abord des projections personnelles des individus sur leurs semblables : ce que l\u2019autre voit de moi n\u2019est pas ce que je crois que l\u2019autre voit de moi et ce que l\u2019autre croit voir de moi n\u2019est pas moi, mais ce qu\u2019il projette de lui sur moi\u2026 En apposant cette r\u00e9alit\u00e9, on appose conjointement le masque puisque la personne se sentant \u00ab\u2009nue\u2009\u00bb comprend que ce qu\u2019elle ressent n\u2019est pas \u00ab\u2009\u00e9crit sur sa figure\u2009\u00bb dans un sens univoque, mais est inaccessible \u00e0 l\u2019autre en dernier recours (\u00ab\u2009psy\u2009\u00bb y compris). Le visage est un langage, mais chaque individu lit ce qui est \u00e9crit \u00e0 partir de sa propre exp\u00e9rience sociale et ne voit pas la m\u00eame chose \u00e0 travers ce qui est lu\u2026 On le sait : deux t\u00e9moins d\u2019une m\u00eame sc\u00e8ne ne voient jamais la m\u00eame sc\u00e8ne\u2026 La personne se sentant <em>d\u00e9visag\u00e9e <\/em>(nue) se sent alors \u00ab\u2009rhabill\u00e9e\u2009\u00bb en quelque sorte : elle \u00e9tait \u00e0 ses yeux \u00ab\u2009personne\u2009\u00bb et redevient \u00ab\u2009une personne\u2009\u00bb\u2026<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-95dau\">Le masque est un \u00ab\u2009masque pour les autres\u2009\u00bb (un \u00ab\u2009masque social\u2009\u00bb) en m\u00eame temps qu\u2019un \u00ab\u2009masque pour soi\u2009\u00bb, sans que l\u2019on puisse clairement distinguer les deux. Le social ne s\u2019arr\u00eate pas aux portes de l\u2019individu : le \u00ab\u2009masque pour soi\u2009\u00bb, le \u00ab\u2009masque sp\u00e9culaire\u2009\u00bb est lui aussi le produit des interactions avec le regard de l\u2019autre\u2026 \u00ab\u2009<em>Dans quoi tu te mires\u2009?<\/em>\u2009\u00bb dit la chanson\u2026 Le \u00ab\u2009masque pour soi\u2009\u00bb est miroir de soi tout en \u00e9tant un reflet de ce miroir destin\u00e9 aux autres. L\u2019autre est un miroir pour moi et je suis un miroir pour l\u2019autre\u2026 Les rapports sociaux mettent constamment en jeu l\u2019image que l\u2019on se fait de soi \u00e0 travers l\u2019image que les autres se font de nous et inversement (4). Le \u00ab\u2009masque\u2009\u00bb repr\u00e9sente tout autant ce que nous souhaitons ou m\u00eame r\u00eavons d\u2019\u00eatre que ce que nous voulons montrer de nous ou cacher (volontairement ou involontairement). Il forme le visage avec lequel nous voulons nous voir et \u00eatre vus : l\u2019image de soi, de son \u00ab\u2009\u00eatre\u2009\u00bb (humble ou triomphant, s\u00fbr ou incertain, dur ou doux, etc.). Ce visage incarne aussi les \u00ab\u2009styles de vie\u2009\u00bb qui nous sont impos\u00e9s, que l\u2019on choisit ou fantasme et auxquels l\u2019on a \u00e9t\u00e9 socialis\u00e9 depuis l\u2019enfance. Par cons\u00e9quent, il y a les masques que l\u2019on souhaite porter, les masques que l\u2019on porte vraiment sans toujours pouvoir les contr\u00f4ler, mais aussi les masques que les autres nous attribuent et ceux que l\u2019on attribue aux autres. La personne doit composer avec tous ces masques. Elle peut plus ou moins les fa\u00e7onner, les ma\u00eetriser, y r\u00e9sister et elle a plus ou moins de possibilit\u00e9s de les modifier\u2026<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-cgck8\">\u00catre masqu\u00e9 c\u2019est porter un \u00ab faux visage \u00bb dans le langage usuel, mais pour l\u2019analyste l\u2019individu porte un masque qui est un \u00ab vrai visage \u00bb, car il est socialement marqu\u00e9 et donc porteur de symboles ou de stigmates (les \u00ab\u2009gueules cass\u00e9es\u2009\u00bb). Un simple visage peut \u00eatre d\u2019ailleurs le symbole d\u2019un courant de pens\u00e9e, d\u2019une religion, d\u2019une valeur mon\u00e9taire (le visage sur un billet de banque ou une pi\u00e8ce de monnaie, par exemple). Il peut \u00eatre aussi le \u00ab\u2009drapeau\u2009\u00bb d\u2019une \u00e9poque ou d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration, d\u2019un genre, d\u2019une classe, d\u2019un groupe racis\u00e9\u2026 Ce \u00ab drapeau \u00bb est aussi \u00ab\u2009voile\u2009\u00bb. Voile au vent qui porte l\u2019individu ou \u00ab\u2009voile\u2009\u00bb qui immobilise la personne ou le groupe dans une identit\u00e9 fig\u00e9e et essentialis\u00e9, valoris\u00e9e ou d\u00e9valoris\u00e9e, valorisante ou d\u00e9valorisante\u2026 \u00ab\u2009Lever le voile\u2009\u00bb, c\u2019est aussi \u00ab\u2009lever le drapeau\u2009\u00bb de l\u2019\u00eatre, l\u2019\u00ab\u2009\u00e9tendard\u2009\u00bb qui nous qualifie, l\u2019embl\u00e8me ou le symbole qui nous d\u00e9finit\u2026 <em>A contrario<\/em>, pour le sorcier des soci\u00e9t\u00e9s anciennes, \u00ab\u2009lever le voile\u2009\u00bb revient, paradoxalement, \u00e0 mettre un masque. Le rituel tribal consiste \u00e0 apposer sur la peau masques et couleurs ou autres stigmates (scarifications, etc.) pour transporter l\u2019individu ailleurs, pour le r\u00e9v\u00e9ler \u00e0 son \u00ab\u2009identit\u00e9 profonde\u2009\u00bb (son \u00ab\u2009sens cach\u00e9\u2009\u00bb ou mystique), ind\u00e9chiffrable sans le passage par le rite. Mais c\u2019est ignorer qu\u2019au niveau le plus concret, cette action a avant tout pour but d\u2019ins\u00e9rer l\u2019individu dans le groupe en lui attribuant des symboles qui le font entrer dans le cercle des semblables\u2026 Dans ce cas, la recherche mystique d\u2019un \u00ab\u2009sens cach\u00e9\u2009\u00bb est, \u00e0 son insu, une mani\u00e8re de souligner que nous sommes \u00ab\u2009m\u00eames\u2009\u00bb. \u00c0 la fois uniques (autres) et semblables, mais pas vraiment aussi uniques que nous le souhaiterions\u2026 Le mystique r\u00e9v\u00e8le tout en la cachant une r\u00e9alit\u00e9 crue. Il la \u00ab\u2009mystifie\u2009\u00bb litt\u00e9ralement. Il la sublime. Il invente une mani\u00e8re de l\u2019exprimer, mais sous une forme cr\u00e9atrice\u2026 Le \u00ab cach\u00e9 \u00bb est avant tout ce que nous ne savons pas ou ne voulons pas savoir et nous effraie. Il faut donner un sens \u00e0 l\u2019invisible, \u00e0 l\u2019inconnu, \u00e0 ce qui nous menace, m\u00eame s\u2019il doit \u00eatre mystifi\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire invent\u00e9, imagin\u00e9. Le social \u00e0 horreur du vide\u2026<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-fctpi\">\u2014 <em>Sur-faces et profondeurs<\/em><\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-fdae8\">La psychanalyse pense d\u00e9chiffrer l\u2019\u00eatre en faisant tomber son masque, disions-nous plus haut, mais c\u2019est l\u2019analyse du processus de \u00ab\u2009d\u00e9masquage\u2009\u00bb qui donne acc\u00e8s au sens et non une hypoth\u00e9tique \u00ab\u2009v\u00e9rit\u00e9 cach\u00e9e\u2009\u00bb derri\u00e8re le masque, comme l\u2019observait Lacan (voir <em>infra<\/em>). Il ne suffit pas de d\u00e9masquer, de d\u00e9visager ou de scruter l\u2019individu pour le comprendre et le voir \u00ab\u2009tel qu\u2019il est\u2009\u00bb\u2009! L\u2019id\u00e9e que l\u2019\u00ab\u2009\u00eatre vrai\u2009\u00bb se trouverait derri\u00e8re son masque, dans son \u00ab\u2009int\u00e9riorit\u00e9 profonde\u2009\u00bb, \u00ab\u2009animale\u2009\u00bb m\u00eame est une fiction\u2026 Cette naturalisation de l\u2019individu et de son \u00ab\u2009mental\u2009\u00bb op\u00e9r\u00e9e par Freud revient \u00e0 masquer que la personne est d\u2019abord un \u00ab\u2009\u00eatre social\u2009\u00bb encastr\u00e9 dans un monde de conflits, un monde politique, agonistique, fait de luttes, d\u2019oppositions et de contradictions (Marx)\u2026 Dans le monde social, il n\u2019existe pas une aussi nette s\u00e9paration entre un int\u00e9rieur et un ext\u00e9rieur de l\u2019enveloppe individuelle, comme le sugg\u00e8re la \u00ab\u2009pens\u00e9e psy\u2009\u00bb. L\u2019individu est toujours \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une relation avec d\u2019autres individus qui sont eux-m\u00eames en relation avec d\u2019autres individus. Le social n\u2019est pas hors de l\u2019individu, au contraire, il ne peut en sortir. Sa pr\u00e9tendue int\u00e9riorit\u00e9 est une int\u00e9riorisation de son ext\u00e9rieur (de ses conditions mat\u00e9rielles d\u2019existence) et sa personnalit\u00e9 est une ext\u00e9riorisation de cette int\u00e9riorisation\u2026 La s\u00e9paration physique des corps cache la jonction et l\u2019interaction sociale entre ces m\u00eames corps. C\u2019est pourquoi le masque n\u2019est pas le cache d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 int\u00e9rieure profonde \u00e0 laquelle l\u2019on pourrait acc\u00e9der. L\u2019id\u00e9e qu\u2019une personne se r\u00e9v\u00e8le sous \u00ab son vrai visage \u00bb, une fois le masque bris\u00e9 est une illusion. Il y a toujours un masque derri\u00e8re le masque et ce masque cache un autre masque comme dans un reflet se r\u00e9fl\u00e9chissant \u00e0 l\u2019infini dans une succession de miroirs refl\u00e9tant eux-m\u00eames une succession de masques\u2026<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-loqn\">L\u2019\u00eatre \u00ab\u2009sans masque\u2009\u00bb \u00e9voqu\u00e9 plus haut porte lui aussi un masque \u00e0 son insu, mais un masque qui lui fait peur et lui donne l\u2019impression d\u2019\u00eatre vu dans sa nudit\u00e9 sans pouvoir se cacher du regard d\u2019autrui. Par renversement, cela nous montre le <em>r\u00f4le social jou\u00e9 par le masque<\/em> : il permet de cacher une ins\u00e9curit\u00e9, celle de se sentir \u00ab\u2009sans masque\u2009\u00bb lorsqu\u2019on doit affronter un monde social fait de comparaisons, de classements, de jugements, de conflits entre des \u00e9tiquettes, des rangs, des possessions d\u2019attributs distinctifs ou d\u00e9pr\u00e9ciatifs. \u00ab\u2009<em>Cachez ce que je ne saurais voir<\/em>\u2026\u2009\u00bb, on dit aussi \u00ab\u2009<em>cacher la mis\u00e8re<\/em>\u2009\u00bb. En fait, l\u2019humain cache ce qui est trop dur pour \u00eatre vu, trop tabou ou trop susceptible de remettre en question l\u2019ordre \u00e9tabli. Il cache ce qu\u2019il est impossible ou interdit de voir, mais aussi ce que le conflit social peut lui voler, \u00e0 commencer par sa propre valeur ou estime de soi\u2026 Les rapports sociaux poussent \u00e0 se cacher <em>derri\u00e8re<\/em> un masque : \u00ab\u2009hypocrite\u2009\u00bb signifie, \u00e9tymologiquement, \u00ab\u2009<em>hypo\/crit\u00e8s<\/em>\u2009\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire le <em>jugement<\/em> que l\u2019on cache \u00ab\u2009sous\u2009\u00bb un masque, derri\u00e8re une fa\u00e7ade. La soci\u00e9t\u00e9 enti\u00e8re se sait gouvern\u00e9e par une forme d\u2019\u00ab\u2009hypocrisie sociale\u2009\u00bb : <em>larvatus prodeo<\/em> (\u00ab\u2009j\u2019avance masqu\u00e9\u2009\u00bb), disait Descartes pour d\u00e9signer le fait que la vie sociale est aussi une com\u00e9die humaine dans laquelle se d\u00e9voiler c\u2019est prendre le risque d\u2019\u00eatre vol\u00e9, utilis\u00e9, montr\u00e9 du doigt et d\u00e9valoris\u00e9. Il ne faut pas \u00eatre \u00ab\u2009na\u00eff\u2009\u00bb ou \u00ab\u2009ing\u00e9nu\u2009\u00bb. Il faut se faire \u00ab\u2009bien voir\u2009\u00bb et ne pas \u00ab\u2009se faire avoir\u2009\u00bb. Il ne faut pas \u00ab\u2009perdre la face\u2009\u00bb\u2026<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-c32ue\">Cette injonction sociale \u00e0 porter un masque a pour cons\u00e9quence de r\u00e9duire trop souvent l\u2019individu \u00e0 une mimique, \u00e0 un symbole, \u00e0 une \u00e9tiquette, \u00e0 un stigmate, \u00e0 une \u00ab\u2009valeur faciale\u2009\u00bb. Elle le r\u00e9duit \u00e0 son apparence, \u00e0 \u00ab\u2009ce qui se voit\u2009\u00bb. Dans un monde o\u00f9 les apparences ont tant de valeur, on confond \u00ab\u2009ce qui se voit\u2009\u00bb avec \u00ab\u2009ce qu\u2019il y a \u00e0 voir\u2009\u00bb. Peu importe ce qu\u2019il y a \u00ab\u2009derri\u00e8re les apparences\u2009\u00bb. \u00ab\u2009<em>La forme c\u2019est le fond qui remonte \u00e0 la surface<\/em>\u2009\u00bb \u00e9crivait Hugo, mais dans les rapports sociaux la recherche de la forme pour la forme (le \u00ab\u2009\u00e7a fait\u2009\u00bb) supplante la recherche du fond dans la forme. Le superficiel, le vernis (la sur-face) sont \u00ab\u2009di-vertissement\u2009\u00bb, soit un d\u00e9-tournement de l\u2019attention (du regard) vers un agr\u00e9able artifice. Artifice qui \u00e9lude la r\u00e9alit\u00e9 sociale \u00ab\u2009sans fard\u2009\u00bb. Lorsque la psycho-analyse croit d\u00e9voiler la \u00ab r\u00e9alit\u00e9 cach\u00e9e \u00bb de l\u2019individu, elle masque la r\u00e9alit\u00e9 sociale et participe \u00e0 cette mascarade g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e. Comme elle re\u00e7oit en s\u00e9ance des individus et non le \u00ab\u2009social\u2009\u00bb, elle ne voit que des \u00ab probl\u00e8mes individuels \u00bb, \u00ab int\u00e9rieurs \u00bb, \u00ab mentaux \u00bb et des \u00ab\u2009d\u00e9faillances\u2009\u00bb qui ne seraient qu\u2019\u00ab individuelles \u00bb, \u00ab int\u00e9rieures \u00bb, \u00ab mentales \u00bb\u2026 Pourtant, la question de savoir si c\u2019est le psy qui est confront\u00e9 \u00e0 des individus \u00ab\u2009inadapt\u00e9s\u2009\u00bb ou bien si c\u2019est la violence du social qui cr\u00e9e cette \u00ab\u2009inadaptation\u2009\u00bb demeure pos\u00e9e. Le probl\u00e8me dit mental vient-il de quelques \u00ab\u2009brebis galeuses\u2009\u00bb qui ne parviennent pas \u00e0 s\u2019adapter, \u00e0 se socialiser, \u00e0 s\u2019humaniser, \u00e0 se comporter conform\u00e9ment aux conduites du troupeau ? Ou bien est-ce les r\u00e8gles de conduite et la violence du troupeau qui cr\u00e9ent les conditions syst\u00e9miques de l\u2019exclusion et de l\u2019inf\u00e9riorisation de certains de ses membres\u2009? Hors du troupeau, une \u00ab brebis galeuse \u00bb n\u2019est plus qu\u2019une brebis tout court, elle n\u2019existe \u00e0 travers son stigmate qu\u2019en relation ou comparaison avec les autres membres du troupeau\u2026<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-9n8gn\">\u2014 <em>Masques de la raison et raison des masques<\/em><\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-d2ee\">Par opposition au sens commun, ne pas confondre ce qui se voit (les \u00e9vidences) avec ce qui peut \u00eatre vu (en rompant avec ces \u00e9vidences) est le mouvement classique de la pens\u00e9e scientifique (Bachelard) et, par d\u00e9rivation, de la pens\u00e9e m\u00e9dicale. Le \u00ab\u2009sympt\u00f4me\u2009\u00bb, autrement dit \u00ab\u2009ce qui se voit\u2009\u00bb (l\u2019\u00ab\u2009effet\u2009\u00bb) ne doit pas \u00eatre confondu avec la \u00ab\u2009maladie\u2009\u00bb (la \u00ab\u2009cause\u2009\u00bb). Les \u00ab\u2009<em>m\u00eames causes produisent les m\u00eames effets<\/em>\u2009\u00bb, les \u00ab\u2009<em>m\u00eames maladies produisent les m\u00eames sympt\u00f4mes<\/em>\u2009\u00bb. L\u2019action de la science est de <em>d\u00e9voiler<\/em> ces causes (le fond ou la structure) derri\u00e8re le sympt\u00f4me (la forme ou la clinique). Mais, si le raisonnement est utile pour d\u00e9couvrir de nouvelles connaissances, il a des <em>effets sociaux <\/em>contraires \u00e0 l\u2019objectif de d\u00e9voilement. Comme le masque, le sympt\u00f4me r\u00e9duit l\u2019individu \u00e0 un symbole : la personne sur un fauteuil roulant est d\u2019abord vue dans sa vie quotidienne comme une personne \u00ab\u2009handicap\u00e9e\u2009\u00bb, sans que l\u2019on cherche \u00e0 d\u00e9terminer automatiquement la maladie qui a men\u00e9 \u00e0 l\u2019usage d\u2019un fauteuil roulant\u2026 On pourrait croire que science et pens\u00e9e commune s\u2019opposent ici. C\u2019est vrai, mais jusqu\u2019\u00e0 un certain point, car il y a pourtant un lien : du \u00ab handicap \u00bb (\u00e9tiquette m\u00e9dicale) \u00e0 la perception de la personne comme \u00ab\u2009\u00eatre moins\u2009\u00bb (\u00e9tiquette sociale) il n\u2019y a qu\u2019un pas. Comme il n\u2019y a qu\u2019un pas de la \u00ab\u2009pathologie\u2009\u00bb \u00e0 l\u2019\u00ab\u2009anormalit\u00e9\u2009\u00bb (Canguilhem). Dans ce cas, le sympt\u00f4me devient la maladie elle-m\u00eame et la personne devient sa maladie. Elle est r\u00e9duite \u00e0 ce sympt\u00f4me qui devient stigmate, symbole d\u2019une condition sociale d\u00e9valoris\u00e9e ou amoindrie. Le sympt\u00f4me n\u2019est plus la manifestation visible de la pathologie, mais il se confond avec la maladie et les deux deviennent le masque, le visage ou la figure (la sur-face) auxquels est r\u00e9duite la personne. Mais les sciences m\u00e9dicales vont plus loin encore et consid\u00e8rent le handicap au-del\u00e0 du physique, un handicap o\u00f9 le fauteuil roulant est invisible, un \u00ab\u2009handicap mental\u2009\u00bb. Par ce glissement, les \u00ab\u2009maladies mentales\u2009\u00bb sont vues comme des \u00ab\u2009maladies physiques\u2009\u00bb, avec leurs \u00ab effets \u00bb et leurs \u00ab causes \u00bb. \u00c0 ceci pr\u00e8s que, cette fois-ci, le \u00ab\u2009sympt\u00f4me\u2009\u00bb n\u2019est visible qu\u2019\u00e0 partir de conduites jug\u00e9es anormales. C\u2019est-\u00e0-dire, de comportements ou de pens\u00e9es qui ne se conforment pas aux normes sociales d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 donn\u00e9e alors qu\u2019il est pourtant impossible de donner une d\u00e9finition neutre de la normalit\u00e9. Le raisonnement m\u00e9dical qui va de la clinique au diagnostic, de l\u2019observation du sympt\u00f4me \u00e0 l\u2019identification d\u2019une maladie est certes op\u00e9ratoire dans l\u2019ordre des pathologies organiques, mais peut-on vraiment <em>transf\u00e9rer<\/em> ce raisonnement pour comprendre la souffrance \u00e9motionnelle ? Autrement dit, une souffrance relationnelle, une \u00ab\u2009souffrance du sens\u2009\u00bb, une \u00ab\u2009souffrance sociale\u2009\u00bb, loin de pouvoir \u00eatre r\u00e9sum\u00e9e \u00e0 l\u2019espace clos d\u2019un \u00ab\u2009mental\u2009\u00bb individuel coup\u00e9 d\u2019un monde dans lequel il est totalement immerg\u00e9\u2009? Et, d\u00e8s lors, est-ce que faire \u00ab\u2009tomber le masque\u2009\u00bb ne devrait pas moins consister \u00e0 d\u00e9masquer l\u2019individu qu\u2019\u00e0 d\u00e9masquer le syst\u00e8me social dans lequel il vit\u2009? Est-ce la \u00ab\u2009configuration mentale\u2009\u00bb de cet individu qui le rend malade ou bien est-ce le cadre social d\u2019appr\u00e9hension de l\u2019\u00ab\u2009(a)normalit\u00e9 mentale\u2009\u00bb\u2009? Existe-t-il, d\u2019ailleurs, des maladies mentales sans psychopathologies\u2009? Ou bien est-ce les psychopathologies qui les font exister\u2009?<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-cjmii\">Reprenons le raisonnement m\u00e9dical et appliquons-le aux \u00ab\u2009maladies mentales\u2009\u00bb. Le sympt\u00f4me est la partie visible de la maladie, son signe, sa manifestation clinique et il convient d\u2019identifier ce \u00ab\u2009signe\u2009\u00bb (travail de \u00ab s\u00e9miologie \u00bb m\u00e9dicale) afin de remonter aux causes (\u00e9tiologie) et d\u2019identifier (\u00ab diagnostiquer \u00bb) la maladie (sa \u00ab\u2009structure\u2009\u00bb) au sein d\u2019une typologie d\u00e9j\u00e0 \u00e9tablie de \u00ab maladies mentales \u00bb (les \u00ab psychopathologies \u00bb). Par exemple, \u00ab\u2009entendre des voix\u2009\u00bb est consid\u00e9r\u00e9 comme le sympt\u00f4me paradigmatique de la schizophr\u00e9nie. N\u00e9anmoins, contrairement \u00e0 une maladie organique identifiable par des liaisons physiques, ni l\u2019imagerie c\u00e9r\u00e9brale, ni la radiographie, ni l\u2019\u00e9tude du g\u00e9nome, ni l\u2019analyse des compos\u00e9s organiques (sang, urine, etc.) ne peuvent d\u00e9terminer l\u2019origine naturelle ou sociale des \u00ab troubles mentaux \u00bb. Ces analyses sont en mesure de montrer qu\u2019il existe des interactions entre le biologique, le social et le mental (des effets respectifs de ces dimensions les unes sur les autres), mais pas d\u2019identifier d\u00e9finitivement une cause plus qu\u2019une autre des \u00ab maladies mentales \u00bb et encore moins de prouver qu\u2019elles existent comme \u00ab pathologie \u00bb autrement que par analogie (m\u00e9taphore) avec les maladies organiques. On ne peut avoir recours qu\u2019\u00e0 une m\u00e9thode probabiliste, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 la m\u00e9thode des statistiques, mais les statistiques ne peuvent pas, bien s\u00fbr, nous montrer o\u00f9 se situe le probl\u00e8me dans le corps ou dans le cerveau, elles peuvent simplement exposer des variables explicatives ou descriptives (\u00e9pid\u00e9miologiques). Ces variables sont \u00ab\u2009probables\u2009\u00bb et uniquement \u00ab\u2009probables\u2009\u00bb dans les conditions d\u2019une axiomatique sp\u00e9cifique (voir encadr\u00e9). Elles sont \u00e9galement valables dans les limites des donn\u00e9es sp\u00e9cifiques et sp\u00e9cifiquement recueillies pour l\u2019\u00e9tude, puis d\u2019un calcul sp\u00e9cifique des r\u00e9sultats o\u00f9 il est impossible d\u2019exclure tous les biais sociaux\u2026<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-424tf\"><strong><em>Tours et atours de la science<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-8fqk8\">Les \u00e9tudes quantitatives doivent partir de variables choisies \u00e0 l\u2019avance pour mener le test, dans la mesure o\u00f9 il est \u00e9videmment impossible de calculer des probabilit\u00e9s \u00e0 partir d\u2019un nombre infini de variables, auquel cas les probabilit\u00e9s seraient elles-m\u00eames infinies, ce qui annulerait le calcul. Elles doivent donc partir d\u2019\u00ab axiomes \u00bb. Un \u00ab axiome \u00bb est \u00ab <em>une v\u00e9rit\u00e9 admise sans d\u00e9monstration et sur laquelle se fonde une science, un raisonnement <\/em>\u00bb, il s\u2019agit d\u2019\u00ab <em>un principe pos\u00e9 hypoth\u00e9tiquement \u00e0 la base d&rsquo;une th\u00e9orie d\u00e9ductive<\/em> \u00bb (Larousse). De ce fait, les statistiques peuvent montrer des corr\u00e9lations, mais elles ne peuvent identifier des \u00ab causes \u00bb que de mani\u00e8re hypoth\u00e9tique. Elles peuvent monter qu\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e0 \u00ab x chances \u00bb de se produire dans un contexte donn\u00e9, mais ne peuvent pas d\u00e9montrer que ce ph\u00e9nom\u00e8ne est vrai. Un exemple est demeur\u00e9 c\u00e9l\u00e8bre \u00e0 ce propos : on peut tout \u00e0 fait trouver des corr\u00e9lations statistiques entre des villages alsaciens o\u00f9 les cigognes nichent et un taux de natalit\u00e9 plus \u00e9lev\u00e9 que la moyenne, mais cette corr\u00e9lation entre la pr\u00e9sence de cigognes et un taux de natalit\u00e9 \u00e9lev\u00e9, ne prouve en rien que les cigognes apportent effectivement les b\u00e9b\u00e9s&#8230; Or, si l\u2019on part du principe qu\u2019en Alsace les enfants naissent en \u00e9tant d\u00e9pos\u00e9s par des cigognes sur une chemin\u00e9e, on peut tout \u00e0 fait croire que cette corr\u00e9lation est vraie, tout d\u00e9pend de ce que l\u2019on consid\u00e8re, d\u00e8s le d\u00e9part, comme vrai ou vraisemblable\u2026 Prenons un exemple dans le domaine de l\u2019\u00e9pid\u00e9miologie. Si l\u2019on part du principe (axiome) que l\u2019\u00ab immigration \u00bb est une pathologie, il est tout \u00e0 fait possible de produire une enqu\u00eate \u00e9pid\u00e9miologique fond\u00e9e sur des statistiques r\u00e9alis\u00e9es en bonne et due forme. On d\u00e9crirait les origines de la population immigr\u00e9e, son sex-ratio, les \u00e2ges les plus concern\u00e9s, la pr\u00e9valence de cette population au sein de la population g\u00e9n\u00e9rale, ses points de concentration dans l\u2019espace, les raisons de cette concentration, la vitesse de sa dispersion, l\u2019efficacit\u00e9 des proc\u00e9d\u00e9s afin de lutter contre sa propagation (\u00ab prophylaxie \u00bb), etc. D\u2019ailleurs, tout d\u00e9pendrait de la d\u00e9finition initialement retenue de l\u2019individu \u00ab\u2009immigr\u00e9\u2009\u00bb (primo-arrivant, deuxi\u00e8me ou troisi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration, origine g\u00e9oculturelle, religion d\u2019appartenance, etc.).<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-fnc2h\">Dans le cadre des \u00ab sciences dures \u00bb, il n\u2019est d\u00e9j\u00e0 pas \u00e9vident de faire le d\u00e9part entre les donn\u00e9es produites par les instruments de mesure et les donn\u00e9es propres au ph\u00e9nom\u00e8ne observ\u00e9. Plus largement, il est n\u2019est pas non plus \u00e9vident de savoir ce qui rel\u00e8ve du point de vue initial de l\u2019individu observateur, de l\u2019observation en elle-m\u00eame et de la r\u00e9alit\u00e9 observ\u00e9e. Mais dans le cadre des sciences humaines et sociales, la question se pose de fa\u00e7on beaucoup plus sensible. Si le physicien peut v\u00e9rifier que la terre tourne autour du soleil ou que le m\u00e9decin peut v\u00e9rifier qu\u2019une chute peut entra\u00eener une fracture des os, le psycho-scientifique n\u2019a aucun moyen de v\u00e9rifier qu\u2019un individu \u00ab\u2009entend des voix\u2009\u00bb\u2026 Ce n\u2019est donc que dans un sens m\u00e9taphorique que l\u2019on peut parler de \u00ab maladies mentales \u00bb ! Il ne viendrait d\u2019ailleurs \u00e0 l\u2019id\u00e9e de personne d\u2019\u00e9tudier une \u00e9glise ou une cath\u00e9drale comme un ph\u00e9nom\u00e8ne organique. Certes, ces b\u00e2timents sont \u00e9difi\u00e9s sur des bases organiques : premi\u00e8rement, leurs composants (les pierres, le bois, les verres, etc.) sont extraits de la nature et jouent sur la \u00ab sant\u00e9 \u00bb de l\u2019\u00e9difice, car elles sont p\u00e9rissables, elles peuvent se d\u00e9sagr\u00e9ger avec le temps, les intemp\u00e9ries, \u00eatre br\u00fbl\u00e9es, etc. Deuxi\u00e8mement, les sols sur lesquels ils reposent font qu\u2019ils peuvent \u00eatre engloutis par un tremblement de terre ou inond\u00e9s et, inversement, leur poids peut entra\u00eener un glissement de terrain : il y a bien s\u00fbr une interaction entre le physique et le social, l\u2019organique et le culturel. Mais les constructions humaines, comme ici les lieux de culte chr\u00e9tiens s\u2019\u00e9tudient \u00e0 partir des sciences historiques et non de la g\u00e9ologie ou des sciences de la nature. Or, ce que l\u2019on appelle le \u00ab mental \u00bb est affaire de croyances, de repr\u00e9sentations, de valeurs, de normes, autrement dit de constructions sociales. Tous les \u00eatres vivants disposent d\u2019un r\u00e9seau neuronal, mais jusqu\u2019\u00e0 preuve du contraire, l\u2019\u00eatre humain est le seul \u00e0 avoir d\u00e9velopp\u00e9 des religions, des lieux de cultes, des syst\u00e8mes de croyances, des id\u00e9ologies\u2026<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-dbv8p\">\u2014 <em>\u00ab Sciences de l\u2019anormalit\u00e9 mentale \u00bb ou \u00ab sciences de la normalit\u00e9 sociale \u00bb\u2009?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-c3cu2\">Comme aucune preuve scientifique ne peut prouver que les maladies mentales ont des causes enti\u00e8rement organiques, nous passons donc des sciences de la nature aux sciences du comportement, aux sciences morales et politiques, aux sciences humaines et sociales, aux sciences historiques. Le sympt\u00f4me devient uniquement \u00ab\u2009signifiant\u2009\u00bb sans \u00ab\u2009r\u00e9f\u00e9rent\u2009\u00bb empirique d\u2019ordre causal. S\u2019il existe une interaction entre le corps physique et le \u00ab mental \u00bb, il est impossible de d\u00e9terminer des liens de cause \u00e0 effet lin\u00e9aires ou unidirectionnels : les causes deviennent des effets et les effets deviennent des causes, ce qui annule le principe de causalit\u00e9 au sens strict\u2026 Dans le domaine de la m\u00e9decine, le \u00ab signe \u00bb est fond\u00e9 sur un trouble physique, mais dans les \u00ab\u2009sciences psy\u2009\u00bb, il n\u2019est plus que signe ou langage. Signe de maux relatifs \u00e0 une taxinomie, \u00e0 un lexique, \u00e0 une typologie et donc \u00e0 des mots\u2026 Ces mots font partie de langages n\u00e9cessairement relatifs \u00e0 une histoire, une culture, un contexte social. Or nommer c\u2019est faire exister une entit\u00e9 en m\u00eame temps que la qualifier, lui donner un sens, la rendre visible. Mais, le sens ne peut \u00eatre que l\u2019expression d\u2019un con-<em>sensus<\/em> social (et politique) dans un espace-temps sp\u00e9cifique. Les \u00ab\u2009sciences dures\u2009\u00bb ne produisent pas du sens, elles valident ou invalident des hypoth\u00e8ses\u2026 En confondant sciences naturelles et sciences sociales, on prend le risque de faire de la politique \u00e0 son insu et de confondre id\u00e9es re\u00e7ues dans un contexte d\u00e9termin\u00e9 et objectivit\u00e9 scientifique (5). On prend \u00e9galement le risque de valider des arbitraires sociaux (des normes) comme des v\u00e9rit\u00e9s scientifiques. L\u2019eau bout \u00e0 100 \u00b0 Celsius, c\u2019est un fait. Si l\u2019on entend des voix, c\u2019est que l\u2019on est schizophr\u00e8ne, c\u2019est un fait\u2026<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-ou2p\">On voit ici que le danger est de prendre des vessies pour des lanternes, de prendre la science, sa m\u00e9thode, ses r\u00e9sultats en otage pour produire ce qu\u2019elle ne peut produire \u00e0 savoir du sens\u2026 Un peu comme si l\u2019on demandait \u00e0 l\u2019astrophysique de nous dire si l\u2019univers a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 par une puissance divine. Plaquer le raisonnement m\u00e9dical et scientifique sur la souffrance sociale dite \u00ab\u2009mentale\u2009\u00bb, c\u2019est prendre justement le risque de masquer le social avec tout l\u2019attirail de la science m\u00e9dicale qui est ici d\u00e9tourn\u00e9e dans un d\u00e9placement essentiellement linguistique. La science a pour but de d\u00e9voiler, mais par cette \u00ab\u2009transsubstantiation s\u00e9mantique\u2009\u00bb dans le domaine du \u00ab\u2009mental\u2009\u00bb, elle est d\u00e9voy\u00e9e et pose, au contraire, un voile sur des r\u00e9alit\u00e9s sociales dont la complexit\u00e9 infinie (non mod\u00e9lisable et non math\u00e9matisable) n\u2019est gu\u00e8re pratique \u00e0 g\u00e9rer pour les \u00ab\u2009sciences dures\u2009\u00bb\u2026 Se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 une nosographie claire et bien d\u00e9limit\u00e9e des \u00ab\u2009maladies mentales\u2009\u00bb (avec chacune sa suppos\u00e9e \u00ab\u2009structure\u2009\u00bb autonome) peut certes \u00eatre tr\u00e8s pratique, mais peut aussi constituer un pi\u00e8ge. On peut classer, compter, prescrire, enfermer, isoler et g\u00e9rer les comportements identifi\u00e9s comme non conformes \u00e0 la norme, c\u2019est-\u00e0-dire exercer un pouvoir, tout en croyant exercer la m\u00e9decine. Dans le cadre de l\u2019Allemagne nazie, de nombreux psychiatres patent\u00e9s ont cru r\u00e9ellement bien faire leur m\u00e9tier en envoyant des dizaines de milliers de \u00ab\u2009malades mentaux\u2009\u00bb \u00e0 l\u2019abattoir\u2026 Si l\u2019on oublie que la science \u00ab\u2009psy\u2009\u00bb est sociale, que le corps humain est aussi social (socio-somatique plus que psycho-somatique), l\u2019on confond la norme avec le pathologique, la sociologie avec la biologie, le social avec la nature et il suffit de changer les normes fondamentales d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 donn\u00e9e pour changer totalement les r\u00e8gles de l\u2019objectivit\u00e9 psycho-scientifique. C\u2019est exactement le cas de la politique eug\u00e9niste nazie : en faisant passer la th\u00e9orie darwiniste du cadre de la biologie au cadre de la sociologie, l\u2019id\u00e9e d\u2019une s\u00e9lection sociale \u00ab\u2009naturelle\u2009\u00bb des meilleurs sp\u00e9cimens de l\u2019esp\u00e8ce humaine afin de la renforcer devient une n\u00e9cessit\u00e9 scientifiquement fond\u00e9e\u2026 La s\u00e9miologie psy cherche \u00e0 identifier les sympt\u00f4mes des \u00ab maladies mentales \u00bb sous la forme de \u00ab traits communs \u00bb comportementaux, mais au sein d\u2019un <em>continuum<\/em> dans lequel il n\u2019existe pas de rupture entre le normal et le pathologique, entre la raison scientifique et la raison morale (ou socio-culturelle) et donc au sein d\u2019un espace o\u00f9 ces \u00ab traits communs \u00bb n\u2019existent que dans un cadre comparatif extr\u00eamement mouvant. Selon le cadre socio-culturel \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur duquel on \u00e9volue, ce qui appara\u00eet \u00ab normal \u00bb ou \u00ab moral \u00bb peut se r\u00e9v\u00e9ler \u00eatre totalement \u00ab anormal \u00bb ou \u00ab amoral \u00bb et c\u2019est bien ce qui s\u2019est pass\u00e9 dans le cadre de l\u2019Allemagne nazie, o\u00f9, r\u00e9trospectivement, cette id\u00e9ologie appara\u00eet comme une psychose collective, tant et si bien que ce sont les psychiatres qui ont particip\u00e9 \u00e0 cette exp\u00e9rience qui sont d\u00e9sormais vus comme des malades mentaux (\u00ab psycho-pathes \u00bb) nuisibles \u00e0 l\u2019humanit\u00e9\u2026<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-69nr9\">Certes, les psys peuvent aussi soigner. Il ne s\u2019agit pas ici de rejeter l\u2019ensemble de la psychanalyse, de la psychiatrie ou de la psychologie, mais de faire dialoguer le \u00ab mental \u00bb et le \u00ab social \u00bb, de monter leur imbrication\u2026 En effet, s\u2019il est impossible de prouver l\u2019existence des \u00ab maladies mentales \u00bb, rien n\u2019indique que le fait d\u2019aborder les probl\u00e9matiques mentales \u00e0 partir de l\u2019angle de la pathologie ne puisse pas aider les individus, \u00e0 peu pr\u00e8s de la m\u00eame mani\u00e8re que rien n\u2019indique que les rituels tribaux ne puissent pas avoir des effets b\u00e9n\u00e9fiques sur la souffrance des membres de la tribu. Mais les d\u00e9rives auxquelles les \u00ab sciences psy \u00bb ont pu conduire depuis leur cr\u00e9ation et auxquelles elles conduisent aujourd\u2019hui encore doivent inlassablement nous questionner et il est essentiel de pouvoir rappeler que l\u2019existence m\u00eame de \u00ab maladies mentales \u00bb est sujette \u00e0 caution, sans que cela nous m\u00e8ne pour autant \u00e0 nier la r\u00e9alit\u00e9 de la souffrance et de ses effets d\u00e9vastateurs, ni non plus l\u2019existence de \u00ab traits communs \u00bb des diff\u00e9rentes formes de souffrances, m\u00eame s\u2019ils se manifestent toujours de mani\u00e8re sp\u00e9cifique \u00e0 chaque individu (ces traits communs existent sous une forme id\u00e9al-typique, c\u2019est-\u00e0-dire <em>in abstracto<\/em> par sch\u00e9matisation de la r\u00e9alit\u00e9). Cependant, si les \u00ab sciences \u00bb et \u00ab pratiques psy \u00bb ou la \u00ab psycho-pharmacop\u00e9e \u00bb peuvent soigner, rien ne prouve qu\u2019elles puissent gu\u00e9rir ni qu\u2019elles sachent exactement comment elles soignent\u2026 \u00c0 d\u00e9faut de vigilance critique, elles peuvent se transformer en religions ou en morales, en \u00ab\u2009police \u00bb des \u00ab totems et des tabous\u2009\u00bb : hier, l\u2019homosexualit\u00e9 \u00e9tait r\u00e9prim\u00e9e par le Code p\u00e9nal et par les \u00ab\u2009Saintes \u00c9critures\u2009\u00bb, mais elle \u00e9tait aussi, justement, \u00ab\u2009maladie mentale\u2009\u00bb et continue \u00e0 l\u2019\u00eatre dans de nombreux pays\u2026 Au cours de l\u2019histoire, ceux qui \u00ab\u2009entendaient des voix\u2009\u00bb \u00e9taient des individus dot\u00e9s de pouvoirs surnaturels, des proph\u00e8tes, sorciers, chamans, visionnaires, saint.es : il s\u2019agissait d\u2019une simple interpr\u00e9tation du fait d\u2019entendre des voix en fonction d\u2019un cadre socio-culturel et donc de syst\u00e8mes de croyances sp\u00e9cifiques. D\u00e9sormais, l\u2019on a substitu\u00e9 cette interpr\u00e9tation \u00e0 ce que l\u2019on croit \u00eatre une v\u00e9rit\u00e9 rationnelle, mais qui n\u2019est qu\u2019un autre type d\u2019interpr\u00e9tation et ne peut pr\u00e9tendre \u00e0 aucun autre statut scientifique\u2026 Les \u00ab\u2009faits sont faits\u2009\u00bb comme le relevait Bruno Latour et dire \u00ab\u2009c\u2019est vrai, parce que c\u2019est un fait \u00e9tabli\u2009\u00bb ou \u00ab\u2009c\u2019est vrai parce que la science le prouve\u2009\u00bb est aussi simpliste que dire \u00ab\u2009c\u2019est vrai parce que c\u2019est vrai\u2009\u00bb (\u00ab\u2009argument d\u2019autorit\u00e9\u2009\u00bb). La recherche scientifique ne m\u00e8ne pas \u00e0 des certitudes, mais \u00e0 des doutes, des hypoth\u00e8ses, des questionnements, des th\u00e9ories fond\u00e9es empiriquement, mais que l\u2019on prend justement pour des \u00ab th\u00e9ories \u00bb et non la v\u00e9rit\u00e9 absolue.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-a6fmh\">\u2014 <em>Les usages socio-politiques des \u00ab\u2009sciences psy\u2009\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-893uk\">Lorsqu\u2019il est employ\u00e9 comme argument d\u2019autorit\u00e9, le raisonnement m\u00e9dical \u00ab\u2009psy\u2009\u00bb pr\u00e9tendant \u00eatre \u00ab scientifiquement factuel \u00bb devient un masque. Un masque de la soci\u00e9t\u00e9 qui juge celles et ceux qui n\u2019ont pas un comportement \u00ab\u2009normal\u2009\u00bb, mais ce masque n\u2019est pas le signe ou le sympt\u00f4me de la pathologie, il est l\u2019expression des croyances et des normes d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 donn\u00e9e dans un espace-temps donn\u00e9\u2026 Ledit \u00ab\u2009sympt\u00f4me\u2009\u00bb rend visibles la conflictualit\u00e9 sociale, le politique, les rapports de pouvoir ou de forces et les enjeux sociaux qui gouvernent la soci\u00e9t\u00e9. Toute tentative d\u2019\u00e9tablir des \u00ab psychopathologies \u00bb est condamn\u00e9e \u00e0 \u00eatre aussi le reflet des pr\u00e9jug\u00e9s de son \u00e9poque et de l\u2019ordre moral qui la r\u00e9gente. Elle r\u00e9pond \u00e0 un souci de r\u00e9gulation interne des individus dans la soci\u00e9t\u00e9 et la psychopharmacologie en est l\u2019expression m\u00e9dicamenteuse. Dans les soci\u00e9t\u00e9s tribales, on prenait des champignons hallucinog\u00e8nes pour r\u00e9guler le rapport au monde des dieux et donc le rapport au monde social et ce n\u2019est sans doute pas un hasard si toute la psychopharmacologie actuelle, derri\u00e8re ses atours scientifiques, ne correspond qu\u2019\u00e0 l\u2019administration de psychotropes, soit de drogues \u00e0 \u00ab\u2009dosage m\u00e9dical\u2009\u00bb dont on ignore, bien souvent, le r\u00f4le exact de cause \u00e0 effet sur les \u00ab pathologies mentales \u00bb, si ce n\u2019est un effet s\u00e9datif. Les \u00ab derni\u00e8res\u2009avanc\u00e9es\u2009\u00bb en la mati\u00e8re consistent d\u2019ailleurs \u00e0 utiliser la puissance psychotrope des champignons hallucinog\u00e8nes ou de la mol\u00e9cule MDMA (6). Ce qui para\u00eet \u00eatre \u00ab\u2009avanc\u00e9e scientifique\u2009\u00bb ressemble plus, d\u00e8s lors, \u00e0 une mani\u00e8re de tourner en rond. L\u2019usage de psychotropes et des rites \u2014 rites aujourd\u2019hui psychanalytiques ou\u2009comportementalistes (<em>cf.<\/em> divan, hypnose, EMDR, etc.) \u2014 est aussi ancien que la civilisation humaine. Nous savons que \u00ab\u2009\u00e7a marche\u2009\u00bb ou plut\u00f4t que \u00ab\u2009\u00e7a peut marcher\u2009\u00bb dans certains cas, mais nous n\u2019en savons gu\u00e8re plus et il est n\u00e9cessaire de le reconna\u00eetre, de la m\u00eame mani\u00e8re qu\u2019il est n\u00e9cessaire de reconna\u00eetre qu\u2019il ne peut y avoir, dans l\u2019absolu, d\u2019anormalit\u00e9 ou de \u00ab pathologies mentales \u00bb tant qu\u2019il sera impossible de d\u00e9finir une \u00ab normalit\u00e9 \u00bb en dehors de toutes consid\u00e9rations sociales, c\u2019est-\u00e0-dire en dehors des mentalit\u00e9s sociales.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-3oiij\">La \u00ab\u2009classification p\u00e9riodique\u2009\u00bb des \u00ab\u2009maladies mentales\u2009\u00bb est \u00e9galement une \u00ab\u2009classification p\u00e9riodique\u2009\u00bb (c\u2019est-\u00e0-dire \u00ab\u2009syst\u00e9matis\u00e9e\u2009\u00bb) des valeurs ou in\/valeurs des \u00eatres. \u00ab\u2009Avec\u2009\u00bb ou \u00ab\u2009sans\u2009\u00bb maladie mentale est une mani\u00e8re d\u2019\u00e9riger la fronti\u00e8re entre le normal et l\u2019anormal et non entre la sant\u00e9 et la maladie. D\u2019ailleurs, la pr\u00e9position \u00ab\u2009sans\u2009\u00bb est utilis\u00e9e pour disqualifier les individus en g\u00e9n\u00e9ral, bien au-del\u00e0 du registre m\u00e9dical : \u00ab\u2009sans-papiers\u2009\u00bb, \u00ab\u2009sans-domiciles\u2009\u00bb, \u00ab\u2009sans travail\u2009\u00bb, \u00ab\u2009sans argent\u2009\u00bb, \u00ab\u2009sans dipl\u00f4mes\u2009\u00bb, etc. On d\u00e9signe ainsi des \u00ab\u2009in\/valeurs in\/validantes\u2009\u00bb, on distingue les \u00ab\u2009valides\u2009\u00bb et les \u00ab\u2009invalides\u2009\u00bb dans un sens bien plus large que le sens strictement m\u00e9dical. Les individus sont \u00ab\u2009importants\u2009\u00bb ou \u00ab\u2009sans valeur\u2009\u00bb (\u00ab\u2009moins que rien\u2009\u00bb), \u00ab\u2009bons\u2009\u00bb ou \u00ab\u2009mauvais\u2009\u00bb, \u00ab\u2009int\u00e9ressants\u2009\u00bb ou \u00ab\u2009nuisibles\u2009\u00bb, etc. Cela montre l\u2019existence de liens \u00e9troits entre soins mentaux et r\u00e9gime politique. Dans un r\u00e9gime totalitaire, il ne peut exister qu\u2019une seule v\u00e9rit\u00e9, celle \u00e9dict\u00e9e par le pouvoir. Contredire cette v\u00e9rit\u00e9 c\u2019est \u00eatre un \u00ab\u2009traitre\u2009\u00bb ou un \u00ab\u2009fou\u2009\u00bb et conduit \u00e0 l\u2019enfermement, la prison ou l\u2019asile. Le juge et le psychiatre, le droit et la m\u00e9decine sont au service de ce processus. Mais m\u00eame dans un \u00ab\u2009\u00c9tat de droit\u2009\u00bb, la fronti\u00e8re entre le psychiatrique et le juridique est relativement mince. On convoque toujours la science des maladies mentales pour d\u00e9terminer la responsabilit\u00e9 p\u00e9nale d\u2019un individu dans le droit positif \u00ab\u2009moderne\u2009\u00bb. Cela montre le lien indissociable entre r\u00e9gime politique, culture, civilisation et mani\u00e8re d\u2019aborder la \u00ab\u2009sant\u00e9 mentale\u2009\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-cr4gk\">Dans un r\u00e9gime capitaliste tel que nous le connaissons, la science des soins mentaux est tout autant au service du pouvoir que dans les pr\u00e9c\u00e9dents r\u00e9gimes de domination, mais de mani\u00e8re plus pernicieuse. Outre le fait que les sciences psy et la psychopharmacologie ont d\u00e9sormais des usages mercantiles repr\u00e9sentant des enjeux financiers colossaux, l\u2019objectif est d\u2019adapter l\u2019individu \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 \u00ab\u2009telle qu\u2019elle est\u2009\u00bb pour qu\u2019il puisse s\u2019y \u00e9panouir et accomplir un \u00ab d\u00e9veloppement \u00bb de sa personne. Mais, cela revient, simultan\u00e9ment, \u00e0 l\u2019amener \u00e0 accepter les normes en vigueur comme s\u2019il s\u2019agissait de \u00ab\u2009v\u00e9rit\u00e9s objectives\u2009\u00bb (\u00ab\u2009principe de r\u00e9alit\u00e9\u2009\u00bb) et non de \u00ab v\u00e9rit\u00e9s relatives \u00bb, historiques, arbitraires. Ces normes font que la valeur d\u2019une vie n\u2019est pas jug\u00e9e \u00e0 l\u2019aune de la valeur de la vie, mais de sa valeur sur le \u00ab\u2009march\u00e9 des signes\u2009\u00bb (de distinction, de richesse, de pouvoir, d\u2019intelligence) et finalement sur la quantit\u00e9 de capital (mat\u00e9riel et symbolique) d\u00e9tenu (\u00ab s\u2019accomplir \u00bb c\u2019est \u00ab r\u00e9ussir \u00bb et \u00ab r\u00e9ussir \u00bb c\u2019est capitaliser de l\u2019argent, des biens mat\u00e9riels, de la reconnaissance, des r\u00e9seaux de connaissances, etc.). Le \u00ab\u2009capital\u2009\u00bb au sens large, c\u2019est-\u00e0-dire le r\u00e8gne de la \u00ab\u2009forme-valeur\u2009\u00bb, classe chaque individu dans une \u00ab\u2009fourchette de valeur\u2009\u00bb. On s\u2019en rend bien compte si l\u2019on inverse le processus du capital, soit le\u2009cours des valeurs \u00e9tablies. En valorisant le d\u00e9valoris\u00e9 et en d\u00e9valorisant le valoris\u00e9, on d\u00e9voile l\u2019envers du d\u00e9cor, on \u00ab\u2009renverse la table\u2009\u00bb des \u00ab\u2009valeurs c\u00f4t\u00e9s\u2009\u00bb. Ce faisant, on brise le \u00ab\u2009masque\u2009\u00bb de l\u2019ordre social, les marques de domination ou d\u2019exploitation et par l\u00e0 m\u00eame la \u00ab\u2009classification p\u00e9riodique\u2009\u00bb des personnes en signes mon\u00e9taires, changeables et interchangeables selon le cours et autres \u00ab\u2009taux de change\u2009\u00bb humains\u2026 Dans cette perspective, le r\u00f4le du praticien devrait moins consister \u00e0 faire accepter ces normes arbitraires qu\u2019\u00e0 transmettre les moyens d\u2019exercer une <em>critique sociale<\/em> de ces normes afin de pouvoir s\u2019en \u00e9manciper\u2026<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-12std\">Conclusion<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-dsc20\"><em>D\u00e9masquer le social : le fou comme gu\u00e9risseur du groupe<\/em><\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-fiidr\">\u00ab\u2009Le sympt\u00f4me est quelque chose qui va dans le sens de la reconnaissance du d\u00e9sir,<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-33snv\">mais sous la forme d\u2019un masque, sous une forme close, illisible si personne n\u2019en a la cl\u00e9\u2009\u00bb (7)<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-ajahq\">Un \u00ab\u2009habit neuf\u2009\u00bb et \u00ab\u2009propre\u2009\u00bb, un \u00ab\u2009costume\u2009\u00bb, un \u00ab\u2009masque immacul\u00e9\u2009\u00bb : le <em>d\u00e9guisemen<\/em>t n\u2019est pas le <em>d\u00e9guisement<\/em> du rite carnavalesque, mais celui de tous les jours et le\u2009jour de carnaval est justement celui o\u00f9 les \u00ab\u2009masques tombent\u2009\u00bb et o\u00f9 les d\u00e9guisements mettent \u00e0 nu. Le jour o\u00f9 l\u2019ordre social est renvers\u00e9 pour un jour de l\u2019ann\u00e9e afin de permettre que tous les autres jours soient ceux de l\u2019ordre, du \u00ab\u2009normal\u2009\u00bb ou du \u00ab\u2009non pathologique\u2009\u00bb. Cet \u00ab\u2009ordre\u2009\u00bb permet au plus grand nombre d\u2019\u00eatre rassur\u00e9 quant \u00e0 sa \u00ab\u2009folie\u2009\u00bb en mettant au ban de la soci\u00e9t\u00e9 une minorit\u00e9 d\u2019anormaux, de marginaux, d\u2019inadapt\u00e9s\u2026 C\u2019est le sens de l\u2019\u00e9tymologie de \u00ab\u2009pharma\u2009\u00bb : dans la Gr\u00e8ce Antique, le\u2009<em>pharmak\u00f3s<\/em> veut dire \u00e0 la fois le\u2009rem\u00e8de et le\u2009bouc \u00e9missaire, la victime expiatoire. En canalisant les ressentiments, les frustrations, la haine collective sur le sacrifice public d\u2019un \u00eatre vivant, la communaut\u00e9 se donne les moyens de se soigner elle-m\u00eame et d\u2019op\u00e9rer sa <em>catharsis<\/em>. Elle proc\u00e8de \u00e0 sa purification, \u00e0 sa normalisation, \u00e0 la mise en place de sa propre s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 quant \u00e0 sa valeur, sa place du c\u00f4t\u00e9 des \u00ab\u2009bons\u2009\u00bb, des \u00ab\u2009normaux\u2009\u00bb. Le sacrifi\u00e9 porte le fardeau \u00e0 la place des autres, il l\u2019emporte loin d\u2019eux et leur enl\u00e8ve leur mal, il les soigne\u2026 Lesdits \u00ab\u2009malades mentaux\u2009\u00bb sont, dans notre soci\u00e9t\u00e9 actuelle, comme dans les soci\u00e9t\u00e9s anciennes, les gu\u00e9risseurs de l\u2019\u00e2me collective. En incarnant le mauvais, le mal ou l\u2019(anor)mal, ils permettent l\u2019\u00e9tablissement du \u00ab\u2009normal\u2009\u00bb et rendent l\u2019arbitraire social soutenable. La pathologisation mentale de certains, d\u00e9\/pathologise tous les autres\u2026 La fonction sociale des \u00ab\u2009maladies mentales\u2009\u00bb est centrale pour assurer la permanence du collectif. Si nous sommes tous fous, alors chacun perd son masque social, son identit\u00e9, les croyances sur lesquelles ses propres fondations reposent. L\u2019exp\u00e9rience de la folie n\u2019est-elle pas, justement, l\u2019exp\u00e9rience de la perte de ces fondations ?<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-esmrh\">Et d\u2019ailleurs, parler de \u00ab\u2009masque social\u2009\u00bb n\u2019est-il pas un pl\u00e9onasme\u2009? Pourquoi se masquer s\u2019il n\u2019y a personne pour voir\u2009? Le masque est fait pour \u00eatre vu, il montre, il d\u00e9signe, il a une fonction <em>d\u00e9ictique<\/em> : ce qui est important ce n\u2019est pas le masque, mais ce qu\u2019il d\u00e9signe, ce qu\u2019il masque tout en le d\u00e9signant, ce qu\u2019il cache tout en le montrant\u2026 Le masque est aussi une cl\u00e9 : il ferme et ouvre une porte, un passage\u2026 Le drapeau r\u00e9sume ou symbolise une nation, mais la n\u00e9cessit\u00e9 m\u00eame d\u2019utiliser un drapeau montre qu\u2019il est n\u00e9cessaire de cacher la r\u00e9alit\u00e9 : celle d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 dans toute sa complexit\u00e9 et sa diversit\u00e9. Une soci\u00e9t\u00e9 travers\u00e9e par des conflits internes entre des classes, des genres, des groupes dont les int\u00e9r\u00eats sont oppos\u00e9s et font l\u2019objet de luttes sociales. Le drapeau est la fiction de l\u2019unit\u00e9 de cette soci\u00e9t\u00e9, comme le sympt\u00f4me de la \u00ab\u2009maladie mentale\u2009\u00bb est fiction de la normalit\u00e9 sociale\u2026 Le masque individuel est le produit de cette complexit\u00e9 sociale et cette complexit\u00e9 ne peut faire l\u2019objet de r\u00e9sum\u00e9s bien ficel\u00e9s, clos et coh\u00e9rents, comme elle ne peut \u00eatre, non plus, saisie par la rationalit\u00e9 lin\u00e9aire ou les taxinomies bien d\u00e9limit\u00e9es de la psychopathologie\u2026<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-8sn4r\">Une personne malade ne peut \u00eatre r\u00e9sum\u00e9e \u00e0 sa maladie. Un schizophr\u00e8ne, en admettant que la schizophr\u00e9nie existe, n\u2019est pas justement \u00ab\u2009un schizophr\u00e8ne\u2009\u00bb, mais une personne dont l\u2019une des composantes est la schizophr\u00e9nie\u2026 La personne n\u2019est pas r\u00e9ductible \u00e0 la s\u00e9miologie de la schizophr\u00e9nie, aux sympt\u00f4mes, \u00e0 un son \u00e9tiquette de schizophr\u00e8ne qui masque sa complexit\u00e9 et l\u2019inf\u00e9riorise. La <em>s\u00e9m-iologie<\/em> ou <em>poly-s\u00e9m-ie<\/em> est aussi \u00ab\u2009police\/s\u00e9mie\u2009\u00bb ou \u00ab\u2009police du signe\u2009\u00bb, r\u00e9gulation sociale des signes et des ports de signes\u2026 Signes de l\u2019exclusion ou signes de l\u2019int\u00e9gration, signes de ralliement et d\u2019inclusion, signes de distinction, de s\u00e9paration, de mise \u00e0 part : \u00e9toiles jaunes ou svastikas\u2026 De quoi l\u2019\u00e9toile jaune ou la croix gamm\u00e9e sont-elles les sympt\u00f4mes\u2009? Il y a toujours un masque derri\u00e8re le masque et un autre masque derri\u00e8re ce second masque et ainsi de suite. De m\u00eame, il y a toujours un sens derri\u00e8re le sympt\u00f4me et un autre sympt\u00f4me derri\u00e8re ce sens, autrement dit un sens derri\u00e8re le sens\u2026 Si l\u2019on se contente de consid\u00e9rer que le sympt\u00f4me est \u00ab objectivement \u00bb un d\u00e9lire (\u00ab\u2009in\/sens\u00e9\u2009\u00bb), alors on se prive de rechercher le sens qu\u2019il peut y avoir \u00e0 entendre des voix pour la personne : ce que cela nous dit de cette personne et du monde social auquel elle appartient\u2026 On peut suivre Lacan lorsqu\u2019il nous indique que le sympt\u00f4me est un masque, mais \u00e0 l\u2019endroit o\u00f9 il le voit comme le masque d\u2019un d\u00e9sir (\u00ab\u2009du\u2009\u00bb d\u00e9sir m\u00eame) nous voyons, de notre c\u00f4t\u00e9, le \u00ab\u2009social\u2009\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire Marx et non Freud\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Thomas Beaubreuil<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-23hgt\">Notes :<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-6iq4a\">(1) Freud citant Goethe (<em>Faust) in<\/em> Josef Breuer, Sigmund Freud, <em>\u00c9tudes sur l&rsquo;hyst\u00e9rie<\/em>, 1895.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-cfnip\">(2) Claude L\u00e9vi-Strauss, \u00ab Sorciers et psychanalyse \u00bb, <em>Courrier de l\u2019Unesco<\/em>, juillet-ao\u00fbt 1956.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-88s66\">(3) Maurice Leblanc, <em>La Comtesse de Cagliostro<\/em>, 1924.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-29cpc\">(4) L\u2019individu se regarde d\u2019abord dans le miroir d\u2019un autre individu. C&rsquo;est seulement par sa relation \u00e0 l&rsquo;\u00ab individu x \u00bb son semblable, que l\u2019 \u00ab individu y \u00bb se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 lui-m\u00eame en tant qu\u2019individu <em>cf.<\/em> Karl Marx, <em>Le Capital<\/em>, Livre I, PUF, [1867], 1993, p. 60.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-4fkfj\">(5) <em>cf.<\/em> \u00ab\u2009EBM \u00bb : \u00ab M\u00e9decine fond\u00e9e sur des preuves \u00bb, mot magique qui joue le r\u00f4le de \u00ab tampon de certification \u00bb de la scientificit\u00e9 d\u2019une th\u00e9rapie. Moli\u00e8re se moquait des m\u00e9decins qui \u00e0 grand renfort de mots latins se donnaient les atours de la science, mais la le\u00e7on n\u2019a gu\u00e8re port\u00e9 et, aujourd\u2019hui, c\u2019est l\u2019anglais qui joue ce r\u00f4le : <em>evidence based medecine<\/em> (EBM) n\u2019est rien d\u2019autre qu\u2019une tautologie, c\u2019est-\u00e0-dire une d\u00e9finition qui se d\u00e9finie par elle-m\u00eame en disant deux fois la m\u00eame chose : la science se fonde sur la science, n\u2019est-ce pas \u00ab \u00e9vident \u00bb ?<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-c3u53\">(6) Eline C. H. M. Haijen et <em>al.<\/em>, \u00ab Predicting Responses to Psychedelics. A Prospective Study\u00bb, <em>Frontiers in Pharmacology<\/em>, volume 9, 2018.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-fa4h8\">(7) Jacques Lacan, \u00ab Les formations de l\u2019inconscient \u00bb, <em>Bulletin de psychologie<\/em>, n\u00b0156. p. 251, 1958.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-5c5n4\">R\u00e9f\u00e9rences internes \u00e0 l\u2019APPS :<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-for57\">Herv\u00e9 Hubert, \u00ab\u2009Il n\u2019y a pas de maladies mentales<em>\u2009<\/em>\u00bb, <em>blog de l\u2019APPS<\/em>, 2023.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-5rhvt\">Opus 1. Passion po\u00e9tique en forme d\u2019enfant<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-86o8c\">Opus 2. Le blocage de la structure<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-ek83a\">Opus 3. L\u2019obstacle du sympt\u00f4me<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-49lu0\">Opus 4. L\u2019obstacle de l\u2019Inconscient<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-32skm\">Herv\u00e9 Hubert, \u00ab\u2009L\u2019analyse pratique psycho-sociale et le transfert social des id\u00e9es\u2009\u00bb, <em>blog de l\u2019APPS<\/em>, 2022.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-28a5k\">Georges Politzer, <em>Principes \u00e9l\u00e9mentaires de philosophie<\/em>, \u00c9ditions sociales, notes prises aux cours profess\u00e9s \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 ouvri\u00e8re de 1935-1936.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-2juf\">Bibliographie g\u00e9n\u00e9rale (indicative) :<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-8ag8s\">Karl Marx, <em>Le Capital<\/em>, PUF, [1867], 1993.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-dclb4\">Georges Canguilhem, <em>Le Normal et le Pathologique<\/em>, [1966], PUF, 2005.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-fpt7f\">Gaston Bachelard, <em>La formation de l\u2019esprit scientifique. Contribution \u00e0 une psychanalyse de la connaissance objective<\/em>, 1934.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-bb9rp\">Michel Foucault, <em>Histoire de la folie \u00e0 l\u2019\u00e2ge classique<\/em>, Gallimard, 1972.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-dt5lt\">Pierre Bourdieu, <em>La distinction, critique sociale du jugement<\/em>, \u00c9ditions de Minuit, 1979.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-d5251\">Ren\u00e9 Girard, <em>Le Bouc \u00e9missaire<\/em>, Grasset, 1982.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-43ma8\">Paul Feyerabend, <em>Contre la m\u00e9thode<\/em>, Seuil, 1979.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-22cov\">Bruno Latour, Steve Woolgar, <em>La vie de laboratoire. La production des faits scientifiques<\/em>, La D\u00e9couverte, 1988.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-2c3p7\">Illustration : \u00a9L\u00e9onard de Vinci<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Introduction La psycho-analyse cherche \u00e0 faire \u00ab\u2009tomber le masque\u2009\u00bb de l\u2019\u00eatre, \u00e0 aller voir, derri\u00e8re les apparences, la \u00ab\u2009r\u00e9alit\u00e9 cach\u00e9e\u2009\u00bb du \u00ab\u2009sujet\u2009\u00bb. Elle d\u00e9code, par exemple, le \u00ab\u2009sens cach\u00e9\u2009\u00bb du r\u00eave. Cette \u00ab\u2009r\u00e9alit\u00e9 cach\u00e9e\u2009\u00bb serait celle d\u2019un \u00ab\u2009inconscient\u2009\u00bb\u2009essentialis\u00e9 per\u00e7u comme une substance bien d\u00e9limit\u00e9e et cet \u00ab\u2009inconscient\u2009\u00bb serait celui d\u2019un \u00ab\u2009sujet\u2009\u00bb \u00e9galement \u00ab\u2009essentialis\u00e9\u2009\u00bb et con\u00e7u [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-213","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/asso-apps.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/213","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/asso-apps.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/asso-apps.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/asso-apps.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/asso-apps.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=213"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/asso-apps.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/213\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":215,"href":"https:\/\/asso-apps.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/213\/revisions\/215"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/asso-apps.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=213"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/asso-apps.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=213"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/asso-apps.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=213"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}