{"id":250,"date":"2026-03-08T14:52:56","date_gmt":"2026-03-08T14:52:56","guid":{"rendered":"https:\/\/asso-apps.org\/?p=250"},"modified":"2026-03-08T14:52:56","modified_gmt":"2026-03-08T14:52:56","slug":"peau-noire-masques-blancs","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asso-apps.org\/index.php\/2026\/03\/08\/peau-noire-masques-blancs\/","title":{"rendered":"PEAU NOIRE, MASQUES BLANCS\u00a0"},"content":{"rendered":"\n<p id=\"viewer-foo\"><strong>La dialectique fanonienne sur les rapports de l\u2019homme noir face au monde blanc<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-ee41e\"><strong>en vue d\u2019une d\u00e9colonisation de l\u2019esprit.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-fma19\">Pourquoi avoir choisi de vous parler de Frantz Fanon et de cet ouvrage ?<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-3ui8a\">\u00c0 cela, plusieurs \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9ponse. Ce qui interpelle d\u2019embl\u00e9e chez Fanon, c\u2019est qu\u2019il est psychiatre, un psychiatre antillais qui accepte un poste en Alg\u00e9rie \u00e0 l\u2019h\u00f4pital psychiatrique de Blida-Joinville, comme nous le verrons, et qui a une vision du soin qui ne peut personnellement que m\u2019interpeller. Tout d\u2019abord, en tant que franco-alg\u00e9rienne, en partie descendante de celles et ceux que le gouvernement fran\u00e7ais a assign\u00e9s comme indig\u00e8nes en Alg\u00e9rie mais aussi parce qu\u2019en tant que future psychologue, Fanon a une vision bien particuli\u00e8re \u00e0 nous faire entendre dans notre \u00e9coute de personnes venues \u00ab d\u2019ici et d\u2019ailleurs \u00bb, selon l\u2019expression de l\u2019ethnopsychiatre Marie-Rose Moro. En effet, dans notre pratique th\u00e9rapeutique, il y a quelque chose \u00e0 regarder et \u00e0 entendre du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019anamn\u00e8se familiale dans une dimension transg\u00e9n\u00e9rationnelle mais aussi \u00e0 historiciser dans un contexte culturel, social et \u00e9conomique parfois. D&#8217;embl\u00e9e, ici on prend la mesure de la dimension du transfert social et celui de valeurs que nous prenons en compte \u00e0 l\u2019APPS.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-6p7bp\">Qui plus est, Fanon nous int\u00e9resse particuli\u00e8rement pour le th\u00e8me qui nous rassemble cette ann\u00e9e lors des ateliers de l\u2019APPS : \u00ab Les contradictions dans le mental.\u00bb Des contradictions que Fanon, de sa position d\u2019homme noir, pointe, d\u00e9cortique, explore, pour en faire cette analyse d\u00e9ploy\u00e9e dans <em>Peau noire, masques blancs<\/em>. Contradictions dans lesquelles il refuse de se laisser enfermer et qui dans sa vie, par des actes tr\u00e8s concrets, a mis tout en \u0153uvre pour ne pas \u00eatre pris dedans ; aussi c\u2019est ce que nous allons voir.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-2ufhq\">L\u2019intensit\u00e9 d\u2019une courte vie :<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-8kv5r\">de la psychiatrie \u00e0 la lutte pour l\u2019ind\u00e9pendance<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-9d5dg\">Ces donn\u00e9es biographiques nous semblent essentielles \u00e0 partager car tout comme Michel Foucault, les exp\u00e9riences v\u00e9cues de Frantz Fanon sont \u00e9troitement imbriqu\u00e9es dans sa pens\u00e9e et ses \u00e9crits.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-87avq\">N\u00e9 en 1925, aux Antilles Fran\u00e7aises, Frantz Fanon v\u00e9cut son enfance dans une famille martiniquaise de classe moyenne. \u00c0 la fin de la seconde guerre mondiale, \u00e0 19 ans, il s\u2019engage aupr\u00e8s des Forces Fran\u00e7aises Libres, servant au Maroc, en Alg\u00e9rie, et en France. Cette premi\u00e8re confrontation au r\u00e9el du monde, en dehors de la Martinique, lui fait l\u2019effet d\u2019un choc et porte en germe sa lutte anticolonialiste dont les racines nous semblent provenir d\u2019une confusion psychique que Fanon identifie tr\u00e8s t\u00f4t. En effet, dans l\u2019extrait d\u2019un entretien men\u00e9 par l\u2019essayiste et critique britannique David Macey (1949-2011), il dit :<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-bmd2s\">\u201c<em>Il est difficile d\u2019imaginer combien il est dur de s\u2019y retrouver dans cette confusion : vous d\u00e9barquez dans le sud de la France, les troupes s\u00e9n\u00e9galaises sont d\u00e9mobilis\u00e9es puisqu\u2019elles ne peuvent \u00eatre autoris\u00e9es \u00e0 lib\u00e9rer la France, et, d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre, vous \u00eates reclassifi\u00e9 comme Blanc. C\u2019est ainsi que, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, vous n\u2019\u00eates pas Noir, vous \u00eates Fran\u00e7ais, mais, d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, vous n\u2019\u00eates pas Fran\u00e7ais mais bien un soldat noir de l\u2019infanterie se battant dans une neige jamais vue auparavant[&#8230;] Il n\u2019est donc pas surprenant que cette confusion qui vous traverse, \u00e0 propos de qui vous pouvez bien \u00eatre, sur ce que vous \u00eates et ce \u00e0 quoi peut bien correspondre la France sur cette plan\u00e8te, se meuve [&#8230;] en un terrible sentiment de trahison.<\/em>\u201d\u00b2<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-2hedj\">Ici on entend bien les contradictions dans le mental, les discordances que ces situations produisent chez lui, aussi jeune soit-il au moment o\u00f9 il \u00e9crit ces lignes. Il retourne en Martinique finir ses \u00e9tudes. Puis, il s\u2019installe en France pour poursuivre \u00e0 l\u2019universit\u00e9, d\u2019abord \u00e0 Paris, puis \u00e0 Lyon o\u00f9 il entreprend m\u00e9decine et se sp\u00e9cialise en psychiatrie. Apr\u00e8s l&rsquo;obtention de son dipl\u00f4me, il entre en poste \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital de Saint-Alban aupr\u00e8s du militant antifasciste catalan, Fran\u00e7ois Tosquelles (1912-1994) et du psychiatre d\u00e9sali\u00e9niste fran\u00e7ais Lucien Bonnaf\u00e9 (1912-2003), qui initi\u00e8rent la premi\u00e8re exp\u00e9rience de psychoth\u00e9rapie institutionnelle et de psychiatrie communautaire dans l\u2019ancien asile de Saint- Alban, o\u00f9 \u00e9mergea le mouvement de\u00a0\u00bb l\u2019Art Brut\u00a0\u00bb, selon l&rsquo;expression de Jean Dubuffet (1945).<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-53l2k\">En 1953, il part en Alg\u00e9rie pour occuper la fonction de m\u00e9decin-chef de service \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital psychiatrique de Blida-Joinville. Dans une lettre \u00e0 son fr\u00e8re il \u00e9crit : \u201c<em>Je vais en Alg\u00e9rie. Tu comprends: la France dispose d\u2019assez de psychiatres pour s\u2019occuper de ses fous. Je pr\u00e9f\u00e8re aller dans un pays o\u00f9 ils ont besoin de moi<\/em>.\u201d Sa collaboratrice \u00e0 l\u2019h\u00f4pital de Blida-Joinville, la psychiatre et \u00e9crivaine alg\u00e9rienne Alice Cherki, raconte qu\u2019\u00e0 son arriv\u00e9e, Fanon d\u00e9couvrit des patients encha\u00een\u00e9s, attach\u00e9s aux arbres. Il appliquera les m\u00e9thodes de la psychoth\u00e9rapie institutionnelle, du courant de la social-th\u00e9rapie, et ainsi, d\u00e9sencha\u00eena les malades, abolit la camisole de force, travaillant avec son \u00e9quipe sur les mythes et traditions de la soci\u00e9t\u00e9 alg\u00e9rienne. Il mit en place un caf\u00e9 maure, des tournois de foot, des concerts de musique alg\u00e9rienne, la c\u00e9l\u00e9bration des f\u00eates religieuses musulmanes, un journal&#8230;et se battit contre les concepts racialistes dominants. Pour lui, la folie est une pathologie de l\u2019ali\u00e9nation de l\u2019homme par l\u2019homme et son travail de psychiatre est de rendre sa libert\u00e9 \u00e0 l\u2019individu colonis\u00e9, opprim\u00e9, diminu\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-f5h2d\">Au fil du temps, se rendant compte que son engagement aupr\u00e8s des malades ne suffit pas, et ce d\u00e8s 1954, il s\u2019engage aupr\u00e8s du FLN (Front de Lib\u00e9ration National en Alg\u00e9rie). Incapable d\u2019assumer ce r\u00f4le d\u2019ali\u00e9niste europ\u00e9en complice d\u2019un pouvoir colonialiste odieusement r\u00e9pressif, Fanon d\u00e9missionna en 1956. Il \u00e9crivit au gouverneur g\u00e9n\u00e9ral d\u2019Alger que les \u00e9v\u00e9nements qui ensanglantent l\u2019Alg\u00e9rie ne constituent ni \u201d <em>un accident, ni une panne du m\u00e9canisme <\/em>\u201d, et que pour lui :<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-7cb5d\">\u201cla fonction d\u2019une structure sociale est de mettre en place des institutions travers\u00e9es par le souci de l\u2019homme. <strong><em>Une soci\u00e9t\u00e9 qui accule ses membres \u00e0 des solutions de d\u00e9sespoir est une soci\u00e9t\u00e9 non viable, une soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 remplacer<\/em><\/strong>.\u201d<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-13rfh\">Ainsi, sa d\u00e9cision de d\u00e9missionner d\u2019un poste de psychiatre employ\u00e9 par le gouvernement fran\u00e7ais, nous montre \u00e0 quel point ce statut entrait en contradiction, s\u2019entrechoquait pour lui, se sentant pris dans des pouss\u00e9es contraires avec la politique r\u00e9pressive et inhumaine men\u00e9e par ce gouvernement en Alg\u00e9rie. Il nous faut rappeler que les Alg\u00e9riens n\u2019avaient pas le statut de citoyen mais celui d\u2019indig\u00e8ne et qu\u2019ainsi ils n\u2019avaient pas les m\u00eames droits que les colons ou m\u00eame des personnes de confession juive, qui elles, \u00e9taient fran\u00e7aises par le d\u00e9cret Cr\u00e9mieux en 1870. Apr\u00e8s cela, il renonce symboliquement \u00e0 la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise, se d\u00e9clare alg\u00e9rien, s\u2019exile en Tunisie et devient ambassadeur du GPRA (le Gouvernement Provisoire de la R\u00e9publique Alg\u00e9rienne avant l\u2019ind\u00e9pendance), pr\u00f4nant le panafricanisme en Afrique subsaharienne.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-28v5u\">Frapp\u00e9 de leuc\u00e9mie, il se fait soigner \u00e0 Moscou et l\u2019ann\u00e9e de son d\u00e9c\u00e8s entame la r\u00e9daction des <em>Damn\u00e9s de la terre<\/em>, en \u00e9tant toujours tr\u00e8s actif dans ses engagements aupr\u00e8s du FLN. Il meurt en 1961, \u00e0 Washington, aux \u00c9tats Unis, et fut enterr\u00e9 en Alg\u00e9rie lors de fun\u00e9railles nationales, selon sa volont\u00e9. Dans <em>La force des choses<\/em>, l\u2019\u00e9crivaine fran\u00e7aise Simone de Beauvoir (1908-1986) r\u00e9suma \u00e0 propos de sa disparition : \u201d <em>Sa mort pesait lourd car il l&rsquo;avait charg\u00e9 de toute l&rsquo;intensit\u00e9 de sa vie<\/em>.\u201d<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-fr20r\">Disparu \u00e0 36 ans, son \u0153uvre n\u2019en est pas moins riche. Para\u00eet d\u2019abord <em>Peau noire, masques blancs<\/em> (1952) que nous allons pr\u00e9senter. Puis,<em> L\u2019an V de la r\u00e9volution alg\u00e9rienne<\/em> (1959) qui d\u00e9crit de l\u2019int\u00e9rieur les profondes mutations d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 alg\u00e9rienne en lutte pour sa libert\u00e9. <em>Les damn\u00e9s de la terre<\/em> (1961), publi\u00e9 juste avant sa mort, est une analyse du traumatisme du colonis\u00e9 dans le cadre du syst\u00e8me colonial et son projet utopique d\u2019un tiers monde r\u00e9volutionnaire porteur d\u2019un \u2018\u2019<em>homme neuf<\/em>.\u2019\u2019<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-4vcp1\">Dans l&rsquo;ensemble de son \u0153uvre, on constate \u00e0 quel point, les discordances qu\u2019il a pu observer et analyser lui ont permis de s&rsquo;extraire de ses contradictions mentales et que tout au long de sa courte vie il a cherch\u00e9 \u00e0 \u00eatre au monde, en accord avec lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-5nlko\"><strong><em>Peau noire, masques blancs <\/em><\/strong>: les \u00e9prouv\u00e9s de l\u2019homme noir<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-1ut9o\">Bas\u00e9e sur son exp\u00e9rience v\u00e9cue en tant qu\u2019homme noir, il d\u00e9bute l\u2019\u00e9criture de son ouvrage en 1940, alors qu\u2019il est encore \u00e9tudiant en m\u00e9decine et pr\u00e9sente son texte comme sa th\u00e8se de psychiatrie qui sera refus\u00e9e. Il qualifie lui-m\u00eame son ouvrage \u2018\u2019d&rsquo;\u00e9tude clinique\u201d avec cette volont\u00e9 d\u2019amener ses fr\u00e8res blancs ou noirs \u00e0 r\u00e9agir \u201cface \u00e0 des si\u00e8cles d\u2019incompr\u00e9hension.\u201d L\u2019ouvrage tel que nous le connaissons aujourd\u2019hui sera publi\u00e9 en 1952.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-1a904\">Le titre de son ouvrage interpelle d\u2019embl\u00e9e. D\u2019un c\u00f4t\u00e9 la peau noire au singulier et les masques blancs au pluriel. La peau comme le r\u00e9ceptacle des \u00e9prouv\u00e9s, des \u00e9motions, mais aussi la peau comme fonction symbolique des contradictions entre le dedans et le dehors, des conflits internes de l\u2019homme noir face au monde blanc. Et l\u00e0, bien s\u00fbr on pense au Moi-Peau th\u00e9oris\u00e9 par Didier Anzieu (1974), o\u00f9 le moi se construit tout au long de la vie par \u00e9tayage sur la peau et qui pour Anzieu, remplit une fonction contenante du psychisme. Avec ce titre, il interpelle \u00e0 la fois ses fr\u00e8res et s\u0153urs noirs mais aussi les blancs ; pour lui, tout le monde est concern\u00e9. A l&rsquo;instar de <em>Jacques le fataliste<\/em> de Denis Diderot (1713-1784), <em>Peau noire, masques blancs<\/em> est une \u0153uvre qui laisse \u2018\u2019quelque chose \u00e0 penser\u2019\u2019, selon l\u2019expression de Mikhael Bakhtine dans <em>La po\u00e9tique de Dosto\u00efevski<\/em>, s\u2019appuyant sur sa propre exp\u00e9rience mais aussi sur d\u2019autres r\u00e9cits, d\u2019autres auteurs engageant le lecteur \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir, \u00e0 se questionner. Il y d\u00e9veloppe sa pens\u00e9e sur le rapport noir-blanc et d\u00e9cortique le racisme \u00e0 travers une r\u00e9flexion politique, historique et sociale, en vue d\u2019une d\u00e9colonisation de l\u2019esprit. La question des masques est elle aussi centrale. Quels sont ces masques blancs que porte l&rsquo;homme noir ? Nous l\u2019aborderons dans la dialectique fanonienne.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-2mk1l\">Comme s\u2019il posait le d\u00e9cor, Fanon introduit <em>Peau noire, masques blancs<\/em> par cette phrase tr\u00e8s impactante d&rsquo;Aim\u00e9 C\u00e9saire (1913-2008) extraite de son discours sur le colonialisme:<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-25ca8\"><em>\u00ab Je parle de millions d&rsquo;hommes \u00e0 qui on a inculqu\u00e9 savamment la peur, le complexe d&rsquo;inf\u00e9riorit\u00e9, le tremblement, l&rsquo;agenouillement, le d\u00e9sespoir, le larbinisme<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-450v8\">Dans son introduction, il dit : \u201cLes trois premiers chapitres s\u2019occupent du n\u00e8gre moderne. Je prends le Noir actuel et j\u2019essaie de d\u00e9terminer ses attitudes dans le monde blanc.\u2019\u2019 Dans le chapitre <em>Le n\u00e8gre et le langage<\/em>, il d\u00e9veloppe sa r\u00e9flexion sur l\u2019importance du langage dans sa dimension pour autrui et comme outil d\u2019existence face \u00e0 l\u2019autre. Parler, employer une certaine langue lui appara\u00eet surtout comme une fa\u00e7on d\u2019assumer une culture, et supporter le poids d\u2019une civilisation. Ainsi pour lui, \u201cun homme qui poss\u00e8de le langage poss\u00e8de par contrecoup le monde exprim\u00e9 et impliqu\u00e9 par ce langage.\u201d Dans les chapitres deux et trois, intitul\u00e9s, <em>La femme de couleur et le blanc<\/em> et <em>L\u2019homme de couleur et la blanche<\/em>, il s\u2019appuie sur deux romans, <em>Je suis martiniquaise<\/em> de Mayotte Cap\u00e9cia et<em> Un homme pareil aux autres <\/em>de Ren\u00e9 Maran pour sonder les rapports homme-femme, noir-blanc, du corps racialis\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-99gbj\">Le quatri\u00e8me chapitre est centr\u00e9 sur l\u2019ouvrage <em>Psychologie de la colonisation<\/em> d\u2019Octave Mannoni (1899-1989) et traite du complexe d\u2019inf\u00e9riorit\u00e9, des soci\u00e9t\u00e9s racistes, de l\u2019id\u00e9ologie et les cons\u00e9quences de la colonisation et des principes fondamentaux de la colonisation surtout sur la psychologie des malgaches qui a particuli\u00e8rement int\u00e9ress\u00e9 Mannoni.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-dab7i\">Dans le chapitre cinq, intitul\u00e9 <em>L\u2019exp\u00e9rience v\u00e9cue du Noir<\/em>, Fanon montre le \u2018\u2019n\u00e8gre en face de sa race\u2019\u2019 comme il le dit lui-m\u00eame, o\u00f9 il abordera \u00e0 la fois le d\u00e9sir de l\u2019homme noir \u00e0 \u00eatre blanc mais aussi les \u2018\u2019efforts d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s d\u2019un n\u00e8gre qui s\u2019acharne \u00e0 d\u00e9couvrir le sens de l\u2019identit\u00e9 noire.\u2019\u2019 Aussi voici un extrait qui se trouve \u00e0 la toute fin de ce chapitre et qui exprime bien ce que provoque les pouss\u00e9es contraires dont parle Fanon :<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-5jefe\">\u2018\u2019Impossible d\u2019aller au cin\u00e9ma sans me rencontrer. Je m\u2019attends. \u00c0 l\u2019entracte, juste avant le film, je m\u2019attends. Ceux qui sont devant moi me regardent, m\u2019\u00e9pient, m\u2019attendent. Un n\u00e8gre-groom va appara\u00eetre. Le c\u0153ur me tourne la t\u00eate. L\u2019estropi\u00e9 de la guerre du Pacifique dit mon fr\u00e8re : \u00ab Accommode-toi de ta couleur comme moi de mon moignon ; nous sommes tous deux des accident\u00e9s. \u00bb Pourtant, de tout mon \u00eatre, je refuse cette amputation. Je me sens une \u00e2me aussi vaste que le monde, v\u00e9ritablement une \u00e2me profonde comme la plus profonde des rivi\u00e8res, ma poitrine a une puissance d\u2019expansion infinie. Je suis don et l\u2019on me conseille l\u2019humilit\u00e9 de l\u2019infirme\u2026Hier, en ouvrant les yeux sur le monde, je vis le ciel de part en ouvrant les yeux sur le monde, je vis le ciel de part en part se r\u00e9vulser. Je voulus me lever, mais le silence \u00e9visc\u00e9r\u00e9 reflua vers moi, ses ailes paralys\u00e9es. Irresponsable, \u00e0 cheval entre le N\u00e9ant et l\u2019infini, je mis \u00e0 pleurer. Le n\u00e8gre est un jouet entre les mains du blanc ; alors, pour rompre ce cercle infernal, il explose. \u2018\u2019<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-7vnec\">Dans le chapitre VI, <em>Le n\u00e8gre et la psychopathologie<\/em>, l\u2019auteur pointe les contradictions dans lesquelles semble \u00eatre pris l\u2019homme noir, <em>\u2018\u2019esclave du mythe n\u00e8gre \u2018\u2019<\/em>, qui ne se comprend plus, entre la volont\u00e9 d\u2019\u00eatre lui-m\u00eame, <em>\u2018\u2019 \u00e0 son peuple \u2018\u2019<\/em> et le ressenti que <em>\u2018\u2019sa race ne le comprend plus.\u2019\u2019<\/em><\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-4gvmm\">L\u2019ultime chapitre se concentre sur l\u2019homme antillais, o\u00f9 il postule : <em>\u2018\u2019 \u00c9tant antillais d\u2019origine, nos observations et conclusions ne valent que pour les Antilles, tout au moins en ce qui concerne l\u2019homme chez lui. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-chg41\"><strong>La dialectique fanonienne<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-c0glo\"><strong>Un questionnement sur le racisme, les rapports de domination et d\u2019ali\u00e9nation<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-ampaj\">A l\u2019instar du philosophe Michel Foucault (1926-1984) ou de l\u2019essayiste am\u00e9ricaine Susan Sontag (1933-2004), dans leur qu\u00eate de v\u00e9rit\u00e9, Frantz Fanon est un homme qui s&rsquo;interroge et qui interroge.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-en99i\">Ainsi quels sont ces masques dont parle l\u2019auteur ? En Afrique, en d\u00e9pit de la multiplicit\u00e9 des fonctions qui leurs sont attribu\u00e9s comme la protection ou la personnification des entit\u00e9s magico-religieuses, la fonction fondamentale du masque reste celle de maintenir l\u2019ordre social au sein de la communaut\u00e9, du groupe social. Pour le chercheur et anthropologue sur l\u2019art africain, William Buller Fagg (1914-1992), \u2018\u2019tous les objets auxquels le nom de \u00ab masque \u00bb doit \u00eatre attribu\u00e9 peuvent se d\u00e9finir en deux mots : ils masquent. Cela signifie qu&rsquo;ils cachent ou suppriment l\u2019identit\u00e9. \u2018\u2019 Ils cachent l\u2019identit\u00e9 de celui ou celle qui le porte afin de lui permettre de personnifier un esprit, un dieu ou une autre force surnaturelle. Ainsi, on utilise un masque pour \u00eatre un autre. Le masque social sert \u00e0 cela aussi ; on le met psychiquement pour endosser un autre costume, une autre identit\u00e9, pour affronter le monde, pour se fondre dans la masse de la soci\u00e9t\u00e9 blanche dominante, jusqu\u2019\u00e0 se rendre invisible. Il y a un rapport \u00e9troit qui se noue entre le visible et l\u2019invisible ; et ainsi se pose la question : comment \u00eatre visible sans trop l\u2019\u00eatre ? Le masque blanc permet d\u2019\u00eatre visible et de rendre invisible ce que l\u2019on ne veut pas faire apparaitre, ou minimiser, contribuant \u00e0 se diff\u00e9rencier du semblable, de ce qui colle trop \u00e0 la peau. Le masque social permet \u00e9galement de cacher ce que l\u2019on ne veut pas donner \u00e0 voir aux autres comme les souffrances, les diff\u00e9rences, les ressentis, les affects. Pendant la pand\u00e9mie de la Covid 19, nous avons constat\u00e9 \u00e0 quel point le port du masque a d\u00e9figur\u00e9 le lien social nous faisant perdre notre singularit\u00e9, le plaisir d\u2019interagir avec l\u2019autre, op\u00e9rant un brouillage soci\u00e9tal. Sur ce sujet et bien d\u2019autres, la pens\u00e9e fanonienne raisonne encore aujourd\u2019hui.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-ck2pv\"><em>Dans Peau noire, masques blancs<\/em>, Frantz Fanon ne se questionne pas tout seul puisqu\u2019il s\u2019appuie sur ses pairs et les anciens, ses p\u00e8res, afin de mener sa dialectique sur le racisme, la domination coloniale et de mettre en exergue les rapports d\u2019ali\u00e9nation entre les hommes, entre l&rsquo;oppresseur et l&rsquo;opprim\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-9lqt9\">Aussi, mobilise-t-il la psychanalyse, la philosophie la linguistique et la litt\u00e9rature pour analyser la n\u00e9vrose collective de l\u2019esclavage et de la colonisation car pour lui la culture est un acte politique. Grand lecteur, Fanon est un homme tr\u00e8s cultiv\u00e9, sa pens\u00e9e est interdisciplinaire au carrefour des sciences, de l\u2019histoire et de la politique.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-1f98c\">Dans son ouvrage, les r\u00e9f\u00e9rences au philosophe fran\u00e7ais Jean-Paul Sartre (1905-1980) sont si nombreuses que l\u2019on est en droit de se demander si Fanon n\u2019est pas son doublon. Mais il n&rsquo;en est rien. En r\u00e9alit\u00e9, Fanon \u00e9taye sa pens\u00e9e avec les \u00e9crits de Sartre tels que <em>Orph\u00e9e Noire<\/em> ou <em>L\u2019\u00eatre et le n\u00e9ant<\/em>. <em>R\u00e9flexions sur la question juive<\/em>, \u00e0 propos de l\u2019antis\u00e9mitisme, lui permet d\u2019expliquer que le fait d\u2019\u00eatre noir s\u2019inscrit dans une confrontation avec d\u2019autres, qu\u2019il est une cr\u00e9ation du regard raciste ; <em>Peau noire, masques blancs<\/em> aurait d\u2019ailleurs pu s\u2019appeler \u2018\u2019R\u00e9flexions sur la question noire\u2019\u2019. Il critique d\u2019ailleurs Sartre pour avoir oubli\u00e9 que le n\u00e8gre souffre autrement dans son corps que le blanc. Fanon pense que Sartre indiff\u00e9rencie la figure de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9. Dans <em>L\u2019\u00eatre et le n\u00e9ant<\/em>, Sartre dit que l\u2019esclavage d\u00e9finit toute relation \u00e0 autrui, or pour Fanon, on ne peut pas nier la diff\u00e9rence ou la r\u00e9alit\u00e9 historique de l\u2019esclavage puis de la colonisation. Qui plus est, Frantz Fanon ne veut pas \u00eatre un esclave de l\u2019esclavage. Il dit lui-m\u00eame dans sa conclusion : <em>\u201cJe ne suis pas prisonnier de l&rsquo;Histoire. Je ne dois pas y chercher le sens de ma destin\u00e9e\u2019\u2019<\/em>. (..) Il continue plus loin avec \u2018\u2019<em>Je ne suis pas esclave de l\u2019esclavage qui d\u00e9shumanisa mes p\u00e8res<\/em>.\u2019\u2019 Ainsi Fanon ne veut pas \u00eatre enferm\u00e9 dans l\u2019esclavage mais ne pr\u00f4ne pas l\u2019oubli. Le philosophe et po\u00e8te martiniquais \u00c9douard Glissant (1928-2011) dira dans son <em>Discours antillais<\/em> :<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-bbnoi\">\u201cFanon dit qu\u2019il ne veut pas \u00eatre esclave de l\u2019esclavage. Cela sous-entend pour moi qu\u2019on ne saurait se contenter d\u2019ignorer le ph\u00e9nom\u00e8ne historique de l\u2019esclavage ; qu\u2019il faut ne pas en subir de mani\u00e8re pulsionnelle le trauma persistant. Le d\u00e9passement est exploration projective. L\u2019esclave est d\u2019abord celui qui ne sait pas. L\u2019esclave de l\u2019esclavage est celui qui ne veut pas savoir.\u201d<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-4bpkl\">Glissant avait bien saisi que pour Fanon, il faut savoir et d\u00e9passer l\u2019anamn\u00e8se afin de ne pas \u00eatre enferm\u00e9 dans l\u2019esclavage et du discours esclavagiste. Par exemple, il reconna\u00eet des personnages comme le r\u00e9volutionnaire Toussaint Louverture (1743-1803) qui se sont \u00e9lev\u00e9s contre les esclavagistes mais n\u2019acceptent pas ce qu\u2019ils disent. Il fait aussi appel aux exp\u00e9riences v\u00e9cues de ses p\u00e8res comme William Edward Burghardt Du Bois (1868-1963), sociologue et militant pour les droits civiques, qui avec son ouvrage <em>Les \u00e2mes du peuple noir<\/em>, fut consid\u00e9r\u00e9 comme un auteur donnant naissance \u00e0 la conscience collective africaine am\u00e9ricaine. Du Bois, fut tr\u00e8s inspirant pour Fanon qui \u00e9tait comme lui un militant tr\u00e8s engag\u00e9, ouvrant une voie qui aboutit \u00e0 une marche pour les droits civiques \u00e0 Washington, en 1963. Aim\u00e9 C\u00e9saire (1913-2088) disait de Fanon que c\u2019est un homme \u00ab qui vous emp\u00eache de vous boucher les yeux et de vous endormir au ronron de la bonne conscience\u201d. Le grand \u00e9crivain martiniquais appara\u00eet \u00e9galement comme l\u2019une des grandes figures que notre auteur convoque, en particulier avec une de ses \u0153uvres po\u00e9tiques, <em>Retour au pays natal<\/em>, qui est une prise de conscience de la condition in\u00e9galitaire des Noirs, et son essai anticolonialiste <em>Discours sur le colonialisme<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-74f2f\"><strong>Conclusion<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-cleam\">La d\u00e9colonisation de l\u2019esprit, un enjeu politique porteur<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-8kt3c\">d\u2019un \u2018\u2019 homme neuf \u2019\u2019 au c\u0153ur des luttes anticoloniales et r\u00e9volutionnaires :<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-4kvt0\">une pens\u00e9e toujours vivace<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-8babu\">Malgr\u00e9 sa densit\u00e9, ce texte de Frantz Fanon, tr\u00e8s document\u00e9 et fouill\u00e9 sur les questions de l\u2019esclavage, de la colonisation, du racisme et de l\u2019ali\u00e9nation, aura peu d\u2019impact, en France, au moment de sa publication. Dans son ensemble, l&rsquo;\u0153uvre fanonienne sera tardivement reconnue en Europe alors que son auteur fut comme un mentor de la communaut\u00e9 noire aux \u00c9tats-Unis. <em>L\u2019an V de la r\u00e9volution alg\u00e9rienne<\/em>, paru avant <em>Les damn\u00e9s de la terre<\/em> sera une \u00e9tape entre les deux, retra\u00e7ant la sociologie de cette r\u00e9volution. Ce dernier remettra l\u2019homme au centre du discours politique. Pr\u00e9fac\u00e9 par Jean-Paul Sartre, ce livre qui constitue l&rsquo;\u0153uvre capitale et le testament politique de Frantz Fanon a connu un destin exceptionnel. Il a servi d&rsquo;inspiration et de r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 des g\u00e9n\u00e9rations de militants anticolonialistes. Son analyse du traumatisme du colonis\u00e9 dans le cadre du syst\u00e8me colonial et son projet utopique d&rsquo;un tiers monde r\u00e9volutionnaire porteur d&rsquo;un \u2018\u2019<em>homme neuf<\/em>\u2019\u2019 reste un grand classique du tiers-mondisme. Psychiatre avant tout, soigner les esprits meurtris, est l\u2019arme que Fanon avait tout d\u2019abord choisie pour s\u2019attaquer \u00e0 la notion m\u00eame de race au c\u0153ur du dispositif colonial. En Alg\u00e9rie, il introduisit la psychanalyse et remit de l\u2019humanit\u00e9 au c\u0153ur du syst\u00e8me psychiatrique, comme en t\u00e9moignent Alice Cherki et la psychanalyste et auteur du <em>Trauma colonial<\/em>, Karima Lazali.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-dj2gb\">Parti beaucoup trop t\u00f4t, Frantz Fanon n\u2019a pas pu contempler les visages radieux de ses s\u0153urs et fr\u00e8res alg\u00e9riens que nous ont donn\u00e9s \u00e0 voir les photographies de Marc Riboud, le jour de la reconnaissance de l&rsquo;ind\u00e9pendance de leur territoire, le 5 juillet 1962. Il n\u2019a pas pu assister au Festival Panafricain d\u2019Alger en 1969, un \u00e9v\u00e9nement unique en son genre, pendant lequel ce peuple faisait la f\u00eate jour et nuit, les femmes voil\u00e9es, suivies de nu\u00e9es d\u2019enfants, c\u00f4toyant des danseuses aux seins nus dans un esprit fraternel et une ambiance impr\u00e9gn\u00e9e du panafricanisme. Ce qui est certain, c\u2019est que son influence sur les activistes, penseurs ou artistes a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9pond\u00e9rante pour inventer une libert\u00e9 nouvelle dans la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle et jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui, et que son \u0153uvre reste \u00e0 jamais inscrite dans la lutte des peuples opprim\u00e9s, quelle que soit leur couleur de peau. \u2018<strong><em>\u2019Chaque fois qu\u2019un homme a fait triompher la dignit\u00e9 de l\u2019esprit, chaque fois qu\u2019un homme a dit non \u00e0 une tentative d\u2019asservissement de son semblable, je me suis senti solidaire de son acte \u2019<\/em><\/strong>\u2019, d\u00e9clamait-il dans <em>Peau noire, masques blancs.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-6v4um\"><strong>Christine Acheroufk\u00e9bir<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-atk36\">Mars 2023<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La dialectique fanonienne sur les rapports de l\u2019homme noir face au monde blanc en vue d\u2019une d\u00e9colonisation de l\u2019esprit. 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Ce qui interpelle d\u2019embl\u00e9e chez Fanon, c\u2019est qu\u2019il est psychiatre, un psychiatre antillais qui accepte un [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-250","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/asso-apps.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/250","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/asso-apps.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/asso-apps.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/asso-apps.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/asso-apps.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=250"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/asso-apps.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/250\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":251,"href":"https:\/\/asso-apps.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/250\/revisions\/251"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/asso-apps.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=250"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/asso-apps.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=250"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/asso-apps.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=250"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}