{"id":314,"date":"2026-03-08T15:30:57","date_gmt":"2026-03-08T15:30:57","guid":{"rendered":"https:\/\/asso-apps.org\/?p=314"},"modified":"2026-03-08T15:30:57","modified_gmt":"2026-03-08T15:30:57","slug":"reflexions-sur-le-livre-le-psychiatre-son-fou-et-la-psychanalyse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asso-apps.org\/index.php\/2026\/03\/08\/reflexions-sur-le-livre-le-psychiatre-son-fou-et-la-psychanalyse\/","title":{"rendered":"R\u00e9flexions sur le livre \u00ab Le psychiatre, son \u00ab\u00a0fou\u00a0\u00bb, et la psychanalyse \u00bb"},"content":{"rendered":"\n<p id=\"viewer-81lff\">Aujourd\u2019hui je vais pr\u00e9senter le livre \u00ab Le psychiatre, son \u00ab\u00a0fou\u00a0\u00bb, et la psychanalyse \u00bb, \u00e9crit par Maud Mannoni en 1970. Dans cet ouvrage, Mannoni met en doute le syst\u00e8me d\u2019ali\u00e9nation et la psychiatrisation \u00e0 l\u2019\u00e9poque. La soci\u00e9t\u00e9 fait ses fous. Elle cr\u00e9e une fronti\u00e8re entre les gens \u00ab normaux \u00bb, cela dit, bien-pensants et les fous, et d\u00e9finit la maladie mentale et sa prise en charge. La psychiatrie devient un outil au service de la soci\u00e9t\u00e9. Ce livre est divis\u00e9 en trois parties. Dans la premi\u00e8re partie, s\u2019intitulant \u00ab Folie et institution psychiatrique \u00bb, elle parle de la folie en tant qu\u2019un concept construit par la soci\u00e9t\u00e9. Comment la psychiatrie met \u00ab les fous \u00bb dans un cadre de nosographie et d\u00e9cide ce que c\u2019est \u00ab gu\u00e9rir \u00bb ? Ce pouvoir derri\u00e8re le savoir psychiatrique am\u00e8ne la s\u00e9gr\u00e9gation psychiatrique, qui, selon Mannoni, est raciste et colonialiste. Dans la deuxi\u00e8me partie, Elle se focalise sur l\u2019institution psychiatrique et la psychanalyse. Elle introduit respectivement le cadre et le processus dans la situation analytique et dans l\u2019asile. Ensuite, elle se demande s\u2019il est possible de combiner les deux, c\u2019est-\u00e0-dire, introduire la psychanalyse dans l\u2019institution. Ce concept est mis en pratique par Fran\u00e7ois Tosquelle, Jean Oury et autres, sous le nom de \u00ab psychoth\u00e9rapie institutionnelle \u00bb. Elle raconte ses exp\u00e9riences de travail en institution en tant que psychanalyste et remet ce mod\u00e8le en question. Dans cette partie-l\u00e0, nous pouvons voir des extraits des s\u00e9ances qu\u2019elle a eues avec des patients dits schizophr\u00e8nes. Selon ces discours, la relation entre le patient, sa famille et l\u2019asile se r\u00e9v\u00e8le. Cela correspond au th\u00e8me de notre atelier : que produit le d\u00e9lire ? Enfin, Mannoni discute la confrontation du mouvement d\u2019anti-psychiatrie avec la psychanalyse. Comment entendent-ils la nature de la folie ? La r\u00e9ponse de cette question d\u00e9cide la mani\u00e8re dont ils la traitent. Elle \u00e9voque particuli\u00e8rement la psychose d\u2019enfant et la relation entre ses d\u00e9lires et sa famille. Dans cet expos\u00e9, C\u00e9clie ayant d\u00e9j\u00e0 fait l\u2019expos\u00e9 \u00e0 partir du m\u00eame texte la semaine pr\u00e9c\u00e9dente et aussi \u00e0 cause du contenu important, nous allons juste \u00e9laborer quelques points cl\u00e9s et ce qui relie \u00e0 la production d\u00e9lirante.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-6990f\">\u00ab Lorsqu\u2019un patient se rend chez le m\u00e9decin, il apporte une plainte, elle se transforme en demande de gu\u00e9rison. \u00bb Ce que le m\u00e9decin fait est de d\u00e9chiffrer des sympt\u00f4mes, \u00e0 savoir des plaintes du malade. Cependant, il existe un \u00e9cart entre le savoir m\u00e9dical et objectif provenant des sympt\u00f4mes du malade et la souffrance qui est en fait intraduisible. La psychiatrie consid\u00e8re le malade comme un complexe des sympt\u00f4mes, qui signifie un terme de maladie selon la nosographie. La singularit\u00e9 du sujet est \u00e9limin\u00e9e. Quand une maladie, par exemple la schizophr\u00e9nie, est diagnostiqu\u00e9e chez un patient, c\u2019est \u00e0 partir de cette constatation que le psychiatre, voire la soci\u00e9t\u00e9, raye ce patient comme sujet parlant. Le \u00ab&nbsp;schizophr\u00e9nique&nbsp;\u00bb devient son identit\u00e9. Le patient n\u2019est plus entendu sans l\u2019encadrer dans des limites nosographiques. Nous nous demandons : le diagnostic est<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-88j2j\">fait pour qui et pour quoi ? \u00ab Le diagnostic est destin\u00e9 \u00e0 d\u2019autres. Le fait de poser un diagnostic psychiatrique d\u00e9l\u00e9gu\u00e9, donc le malade de sa position de sujet, l\u2019assujettit \u00e0 un syst\u00e8me de lois et de r\u00e8gles qui lui \u00e9chappent et inaugure ainsi un processus qui aboutira logiquement \u00e0 des mesures de s\u00e9gr\u00e9gation. \u00bb Ainsi, nous pouvons observer que souvent ce n\u2019est pas le malade qui apporte des plaintes, mais sa famille, ses proches ou la soci\u00e9t\u00e9. D\u00e8s qu\u2019un sujet est diagnostiqu\u00e9 psychotique, il devient la maladie lui-m\u00eame, ou nous pouvons dire, la maladie d\u2019autres.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-8ssfg\">Comment d\u00e9finit-on la gu\u00e9rison ? Si le diagnostic de la maladie mentale est soumis aux ordres de la soci\u00e9t\u00e9, cela ne nous \u00e9tonne pas si la gu\u00e9rison signifie \u00ab rentrer dans le rang des bien- pensants \u00bb. Souvent, ce n\u2019est pas le patient qui demande d\u2019\u00eatre gu\u00e9ri mais sa famille ou ses proches. L\u2019asile poss\u00e8de un r\u00f4le \u00e9ducatif. Le but de la gu\u00e9rison est de permettre au malade de se r\u00e9adapter \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9. \u00c0 l\u2019asile, la punition et l\u2019exploitation envers des patients se cachent sous le nom de \u00ab soins \u00bb. La position arrogante de la psychiatrie se base sur une logique colonialiste.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-343km\">Ensuite, Mannoni indique : \u00ab La gravit\u00e9 des d\u00e9sordres psychotiques de l\u2019enfant est li\u00e9e \u00e0 la fa\u00e7on dont il a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s t\u00f4t dans sa vie affront\u00e9 \u00e0 une parole mortif\u00e8re. \u00bb Afin de mieux \u00e9laborer son discours, nous nous permettons de parler d\u2019un cas d\u2019anorexie mentale qu\u2019elle indique dans la deuxi\u00e8me partie du livre. La patiente s\u2019appelle Sidonie, dix-sept ans, souffrant depuis deux ans d\u2019une anorexie s\u00e9v\u00e8re r\u00e9sistante, rebelle \u00e0 toutes les tentatives psychiatriques entreprises lors de cinq hospitalisations successives. Elle est chaque fois rendue \u00e0 ses parents apr\u00e8s son hospitalisation en bonne forme physique, mais r\u00e9volt\u00e9e et revendiquante et a recommenc\u00e9 \u00e0 refuser la nourriture et chercher \u00e0 s\u2019autod\u00e9truire par prise d\u2019une quantit\u00e9 d\u00e9mesur\u00e9e d\u2019aspirine ou vinaigre. Le cercle infernal \u00e9puise sa famille et ses parents ont d\u00e9cid\u00e9 de l\u2019envoyer \u00e0 l\u2019h\u00f4pital psychiatrique. Puisque Sidonie est consid\u00e9r\u00e9e comme une malade chronique, future d\u00e9lirante, qui n\u2019atteint jamais sa gu\u00e9rison. Pendant les s\u00e9ances, nous voyons que la patiente a un p\u00e8re faible mais une m\u00e8re d\u00e9moniaque, mena\u00e7ante qui est une \u00ab vraie \u00bb ma\u00eetresse \u00e0 la maison. Elle mentionne ce que sa m\u00e8re lui a dit quand elle \u00e9tait boulimique : \u00ab Tu ne dois pas manger, si tu touches \u00e0 quelque chose tu seras malheureuse toute ta vie. On te montrera \u00e0 la foire. \u00bb Et elle se pose en victime de sa m\u00e8re. Quand ses parents partent en vacances, elle reste \u00e0 la maison et imite l\u2019attitude de sa m\u00e8re en commandant et accusant son cousin et la femme de m\u00e9nage. Elle entend une voix qui l\u2019emp\u00eache de manger. Cela sert de base au noyau d\u00e9lirant. Si elle mange, elle serait condamn\u00e9e \u00e0 mort. Le refus de s\u2019alimenter devient une mani\u00e8re pour elle d&rsquo; \u00e9chapper \u00e0 la mort. Pour devenir une fille d\u00e9sir\u00e9e par la m\u00e8re, elle doit se mettre dans un corps mort. Nous voyons les anneaux contradictoires.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-n7vm\">Dans la derni\u00e8re partie de ce livre, Mannoni se demande quelle est la nature de la folie en discutant la mani\u00e8re dont les influences familiales sont exerc\u00e9es sur les psychoses chez l\u2019enfant. Pour Lacan, c\u2019est la parole des parents qui joue le r\u00f4le principal dans ce processus. Mannoni indique des travaux des groupes am\u00e9ricains qui sont centr\u00e9s sur la parole des parents. Par exemple, le groupe de Palo Alto souligne le lien entre l\u2019individu et la soci\u00e9t\u00e9. Le patient n\u2019est pas seulement un \u00eatre isol\u00e9, mais un lieu de relations. Les influences qu\u2019a le patient sur l\u2019entourage sont en fait bidirectionnelles. Cela correspond au rapport entre des \u00eatres humains, ce que nous avons \u00e9voqu\u00e9. Le groupe de Gregory Bateson propose la th\u00e9orie du double bind. \u00ab Les auteurs mettent au jour dans le discours du patient et de sa famille, la fa\u00e7on dont le \u00ab futur schizophr\u00e8ne \u00bb s\u2019est trouv\u00e9 pris dans des ordres contradictoires, plac\u00e9 en situation conflictuelle continue de transgression.\u00bb Ils ont donn\u00e9 un exemple de la \u00ab libert\u00e9 myst\u00e9rieuse \u00bb que l\u2019enfant se sentait souvent vis-\u00e0-vis de l\u2019adulte. Pourquoi les adultes peuvent faire quelque chose alors qu\u2019il en est interdit ? Nous voyons que le d\u00e9lire se produit \u00e0 la faveur des paroles, des ordres et des rapports sociaux contradictoires. L\u2019encha\u00eenement des mauvais anneaux contribue \u00e0 la production des id\u00e9es d\u00e9lirantes.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-7q90i\">Nous nous demandons la fa\u00e7on dont l\u2019antipsychiatrie traite les psychotiques et leurs d\u00e9lires. Mannoni mentionne un syst\u00e8me particulier de \u00ab soins \u00bb pr\u00e9sent\u00e9 par les psychiatres anglais, Laing et Cooper, ce qui s\u2019oppose \u00e0 la psychiatrie classique. Ils proposent qu\u2019il n\u00e9cessite des lieux o\u00f9 l\u2019on pourrait permettre au malade de mener son d\u00e9lire avec l\u2019aide du m\u00e9decin comme support et \u00ab guide \u00bb de sa folie. Le m\u00e9decin doit contenir son d\u00e9lire et m\u00eame y prendre place envers les th\u00e8mes d\u00e9lirants apport\u00e9s par le patient. Pour l\u2019anti-psychiatrie, la gu\u00e9rison est un processus permettant au malade de lib\u00e9rer ses paroles et ses d\u00e9lires.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-2ohgf\">Pour conclure, dans ce livre, Mannoni montre son soutien au mouvement d\u2019antipsychiatrie. Elle explique en d\u00e9tail les probl\u00e8mes actuels sur la psychiatrie classique et la psychoth\u00e9rapie institutionnelle. L\u2019antipsychiatrie ne nie pas l\u2019existence de la folie mais la met en cause. Qui d\u00e9finit la folie ? Qui cause la folie ? Elle met en exergue les influences environnementales, en particulier, les influences familiales pour des enfants psychotiques. Concernant la prise en charge, l\u2019antipsychiatrie ne soigne, au sens classique, pas des malades mais les aide \u00e0 \u00e9laborer, symboliser ses d\u00e9lires et leur \u00ab folie \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-4krrv\"><strong>Eva Y. WU<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Aujourd\u2019hui je vais pr\u00e9senter le livre \u00ab Le psychiatre, son \u00ab\u00a0fou\u00a0\u00bb, et la psychanalyse \u00bb, \u00e9crit par Maud Mannoni en 1970. Dans cet ouvrage, Mannoni met en doute le syst\u00e8me d\u2019ali\u00e9nation et la psychiatrisation \u00e0 l\u2019\u00e9poque. La soci\u00e9t\u00e9 fait ses fous. 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