{"id":354,"date":"2026-03-08T18:04:03","date_gmt":"2026-03-08T18:04:03","guid":{"rendered":"https:\/\/asso-apps.org\/?p=354"},"modified":"2026-03-08T18:04:04","modified_gmt":"2026-03-08T18:04:04","slug":"aimez-moi-ou-tuez-moi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asso-apps.org\/index.php\/2026\/03\/08\/aimez-moi-ou-tuez-moi\/","title":{"rendered":"Aimez-moi ou tuez-moi"},"content":{"rendered":"\n<p id=\"viewer-ek186\">Vouloir \u00eatre aim\u00e9 est peut-\u00eatre l\u2019ingr\u00e9dient le plus important dans ce qui se cuisine dans la recette tragique des rapports humains. Ce \u00ab&nbsp;Vouloir \u00eatre aim\u00e9&nbsp;\u00bb revient dans le dire de l\u2019\u00eatre parlant en \u00e9cho et r\u00e9sonance aux valeurs qui nouent les mots, les images, les sensations de corps, les pens\u00e9es v\u00e9cues par l\u2019enfant dans sa famille.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-586av\">\u00ab&nbsp;Aimez-moi&nbsp;\u00bb est le titre donn\u00e9 \u00e0 l\u2019\u0153uvre d\u2019Attila Jozsef, po\u00e8te hongrois mort par suicide en 1937. Attila choisira de se faire trancher le cou et la main droite sur les rails d\u2019un train de marchandises. \u00ab&nbsp;Horreur pure que cette derni\u00e8re image d\u2019un homme qui \u00e0 ce point se punit&nbsp;: punit cette t\u00eate trop pleine de visions coupable de l\u2019avoir fait po\u00e8te&nbsp;; punit la main \u00e0 plume qui l\u2019a si loyalement servi&nbsp;\u00bb \u00e9crit Georges Kassa\u00ef dans sa formidable transmission pour faire conna\u00eetre celui qui tint rang, aux c\u00f4t\u00e9 de Lorca, de Rilke, d\u2019Apollinaire, parmi les premiers po\u00e8tes du XX\u00e8me si\u00e8cle, et reste superbement ignor\u00e9 en France o\u00f9 la culture, comme toute chose, est avant tout, chose administr\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-7gv44\">\u00ab&nbsp;Love me or kill me\u201d est le surtitre donn\u00e9 au livre de Graham Saunders sur le th\u00e9\u00e2tre de Sarah Kane, dramaturge britannique qui d\u00e9clare dans une interview un an avant son suicide en 1998 \u00ab&nbsp; Je n\u2019ai jamais \u00e9crit que pour \u00e9chapper \u00e0 l\u2019enfer \u2013 et \u00e7a n\u2019a jamais march\u00e9&nbsp;\u00bb. Edward Bond donne des pr\u00e9cisions \u00ab&nbsp; Sarah Kane avait aval\u00e9 une dose massive de cachets. On lui a fait un lavage d\u2019estomac dans un h\u00f4pital. Elle est rentr\u00e9e chez elle, mais a \u00e9t\u00e9 ramen\u00e9e \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. L\u00e0 elle a retir\u00e9 ses lacets de chaussures et s\u2019est pendue dans les toilettes&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-1m25n\">Je pensais jusqu\u2019\u00e0 la lecture de cette phrase d\u2019Edward Bond que toute personne retrouv\u00e9e pendue avec ses lacets de chaussure, en prison notamment, avait \u00e9t\u00e9 en r\u00e9alit\u00e9 tu\u00e9e pour faire taire une v\u00e9rit\u00e9 g\u00eanante et que le masque du suicide avait cette fonction sociale. Sarah Kane ferait-elle exception&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-bhg1i\">Elle nous \u00e9claire avec passion dans sa derni\u00e8re \u0153uvre \u00e9crite pour le th\u00e9\u00e2tre, \u00ab&nbsp;4.48 Psychose&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-9270v\">4 h 48 est l\u2019heure o\u00f9 pendant l\u2019\u00e9criture de cette pi\u00e8ce, Sarah Kane se r\u00e9veillait, l\u2019heure la plus sombre qui pr\u00e9c\u00e8de la venue de l\u2019aube, moment de lucidit\u00e9 et moment de point culminant de l\u2019oscillation de ses pens\u00e9es et de ses pulsions, que rien ne vient fixer et qui la poussent d\u2019un c\u00f4t\u00e9 et du c\u00f4t\u00e9 contraire \u00e0 la fois. Elle veut se s\u00e9parer de son image&nbsp;: \u00ab&nbsp;Mes hanches sont trop fortes&nbsp;\u00bb, de son identit\u00e9 pulsionnelle&nbsp;: \u00ab&nbsp;J\u2019ai horreur de mes organes g\u00e9nitaux&nbsp;\u00bb, de son alt\u00e9rit\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je ne peux pas rester seule, Je ne peux pas rester avec les autres&nbsp;\u00bb Un matin \u00e0 4 h 48, la souffrance trouve son soulagement et sa solution dans la r\u00e9signation \u00e0 la mort&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je me suis r\u00e9sign\u00e9e \u00e0 la mort cette ann\u00e9e.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-5ht9o\">C\u2019est \u00e0 ce moment culminant de l\u2019oscillation, qui fournit sa logique de com\u00e8te, que le d\u00e9sir du th\u00e9rapeute doit pouvoir soutenir la solution qui pousse vers la vie. C\u2019est le moment pr\u00e9cis d\u2019un appel de cette femme vers le psy par le biais de l\u2019amour. Il s\u2019agit pour elle de \u00ab&nbsp;vouloir hurler pour que vous veniez, vous, le seul m\u00e9decin \u00e0 m\u2019avoir jamais touch\u00e9e de votre plein gr\u00e9, \u00e0 m\u2019avoir regard\u00e9 dans les yeux, \u00e0 avoir trouv\u00e9 amusant mon style d\u2019humour [\u2026]&nbsp;\u00bb. Mais ce point d\u2019amour se r\u00e9v\u00e8le trahison du th\u00e9rapeute&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je vous ai fait confiance, je vous ai aim\u00e9, et ce n\u2019est pas vous perdre qui me blesse, mais vos putains de fieff\u00e9s bobards d\u00e9guis\u00e9s en commentaires m\u00e9dicaux.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-79prp\">Sarah Kane place la seule question qui vaille dans ce qui concerne ce qu\u2019on appelle faussement la maladie mentale, \u00e0 savoir la question du d\u00e9sir. Face \u00e0 cette question que pose la patiente \u00e0 son psy, celui-ci se d\u00e9file, r\u00e9pond par le bon sens habituel, le discours m\u00e9dical, la r\u00e9alit\u00e9 construite du th\u00e9rapeute contre la parole du patient, qui, elle, transmet le r\u00e9el qu\u2019il y a \u00e0 traiter. Apr\u00e8s un texte po\u00e9tique sublime qui traduit la d\u00e9tresse de ne pouvoir recourir au semblant vient un dernier appel&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je suis venue \u00e0 vous dans l\u2019espoir d\u2019une gu\u00e9rison&nbsp;[\u2026] vous \u00eates mon dernier espoir. \u00bb Mais la r\u00e9ponse psychiatrique reste \u00e0 l\u2019\u00e9cart du d\u00e9sir&nbsp;et r\u00e9p\u00e8te r\u00e9guli\u00e8rement&nbsp;: \u00ab Ce n\u2019est pas votre faute. Vous \u00eates malade. \u00bb Cela rejoint le convenu \u00ab&nbsp;Vous n\u2019avez pas besoin d\u2019un ami, vous avez besoin d\u2019un m\u00e9decin.&nbsp;\u00bb Ou encore une l\u00e2chet\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;Quand je sors d\u2019ici \u00e0 la fin de la journ\u00e9e j\u2019ai besoin de rentrer chez moi voir mon amour et de me d\u00e9tendre [\u2026] Je d\u00e9teste ce putain de boulot et j\u2019ai besoin de mes amis pour ma sant\u00e9 mentale.&nbsp;\u00bb Alors le suicide pourra venir, acte de s\u00e9paration, m\u00eame si elle aime toujours bien son psy, m\u00eame si elle n\u2019a pas de d\u00e9sir de mort, dans une qu\u00eate de l\u2019objet au-del\u00e0 du miroir, un \u00ab&nbsp;regardez-moi dispara\u00eetre, regardez-moi, regardez&nbsp;\u00bb Le regard, devenu com\u00e8te, ne renvoie plus au point d\u2019\u00e9vanescence mais au vide.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-crc6l\">Attila Jozsef, n\u00e9 d\u2019un p\u00e8re savonnier errant, orphelin de m\u00e8re \u00e0 10 ans, cherchera lui aussi l\u2019amour de ses psy, des femmes. Il le trouvera aupr\u00e8s de Flora Kozmutza, mais s\u2019en s\u00e9parera malgr\u00e9 l\u2019insistance de celle-ci et dans un dernier po\u00e8me o\u00f9 il h\u00e9site entre l\u2019amour et la mort, il clame sa v\u00e9rit\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;P\u00e8re clamait le fils\u2026Homme si Dieu n\u2019existe, Perversion de gosse, Dit le psychanalyste \/ En mentant on t\u2019aimait. Menteur peut-il aimer&nbsp;?&#8230;Maintenant presse l\u2019arme Contre ton c\u0153ur vid\u00e9.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-cns4q\">Cette v\u00e9rit\u00e9 est v\u00e9rit\u00e9 de tout suicide, s\u00e9paration du lieu de l\u2019absence de ceux qui portent l\u2019amour pour l\u2019enfant. Dans ce lieu de l\u2019absence se dit ou se tait une hypocrisie meurtri\u00e8re. L\u2019Etre parlant devient cri dans la passion br\u00fblante de l\u2019amour ou de l\u2019amort. Cri et regard sont les points ultimes avant le meurtre du rapport transf\u00e9rentiel qui fait humanit\u00e9 mais devenu trop cruel et hors sens.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-9nnmn\">Se pendre avec ses lacets est toujours la marque d\u2019un meurtre.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-b3u36\"><strong>Herv\u00e9 Hubert<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-f579j\">Article paru dans Corridor El\u00e9phant en juin 2015<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Vouloir \u00eatre aim\u00e9 est peut-\u00eatre l\u2019ingr\u00e9dient le plus important dans ce qui se cuisine dans la recette tragique des rapports humains. 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