{"id":379,"date":"2026-03-08T18:16:53","date_gmt":"2026-03-08T18:16:53","guid":{"rendered":"https:\/\/asso-apps.org\/?p=379"},"modified":"2026-03-08T18:16:54","modified_gmt":"2026-03-08T18:16:54","slug":"de-beau-de-lair-a-belle-fait-gore","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asso-apps.org\/index.php\/2026\/03\/08\/de-beau-de-lair-a-belle-fait-gore\/","title":{"rendered":"De \u00ab\u00a0Beau de l\u2019air\u00a0\u00bb \u00e0 \u00ab\u00a0Belle fait gore\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"\n<p id=\"viewer-8qb8d\">Cette formule : De \u00ab&nbsp;Beau de l\u2019air&nbsp;\u00bb \u00e0 \u00ab&nbsp;Belle fait gore&nbsp;\u00bb a pour fonction de tenter un travail sur la formulation d\u2019une question concernant le rapport de l\u2019\u00e9thique et de l\u2019esth\u00e9tique. Ce petit texte en est un modeste pr\u00e9liminaire.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-1kcct\">Je souhaite simplement souligner l\u2019importance dans les rapports humains de la formulation d\u2019un dire. Marx l\u2019indique tr\u00e8s vite dans sa philosophie : \u00ab&nbsp;La r\u00e9ponse est dans la formulation de la question&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-1so6i\">La pratique de la formulation concerne au plus haut point la po\u00e9sie et donc Baudelaire. Comment commence l\u2019acte de cr\u00e9ation po\u00e9tique ? Justement par cette question de la forme si ch\u00e8re \u00e0 Antonin Artaud lorsqu\u2019il \u00e9voque son acte de cr\u00e9ation po\u00e9tique dans sa correspondance le 5 juin 1923 \u00e0 l\u2019\u00e9diteur de la NRF, Jacques Rivi\u00e8re. Face \u00e0 sa privation de pens\u00e9e, il saisit une forme : \u00ab&nbsp;Ma pens\u00e9e m\u2019abandonne, \u00e0 tous les degr\u00e9s. depuis le fait simple de la pens\u00e9e jusqu\u2019au fait ext\u00e9rieur de sa mat\u00e9rialisation dans les mots. Mots, formes de phrases, directions int\u00e9rieures de la pens\u00e9e, r\u00e9actions simples de l\u2019esprit, je suis \u00e0 la poursuite constante de mon \u00eatre intellectuel. Lors donc que je peux saisir une forme, si imparfaite soit-elle, je la fixe, dans la crainte de perdre toute la pens\u00e9e&nbsp;\u00bb1<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-3gr6s\">A suivre cette supposition de savoir, l\u2019esth\u00e9tique d\u2019une cr\u00e9ation retrouve sa naissance \u00e9tymologique, aistth\u00eatikos signifie en effet \u00ab&nbsp; qui a la facult\u00e9 de sentir, perceptible, sensible&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-c3294\">Il s\u2019agirait donc bien, dans l\u2019acte de cr\u00e9ation, de faire un nouage concret entre la forme et la sensation. Dans l\u2019art po\u00e9tique cela ne peut passer que par une pratique d\u2019un dire dans une dialectique avec l\u2019\u00e9crit. Une fois la forme saisie, elle doit passer par la voix et l\u2019acte de dire pour provoquer sensation.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-9bh7h\">Je formule \u00e0 partir de ce dernier point, la supposition de l\u2019effet du Nom propre dans la cr\u00e9ation du po\u00e8te. Antonin Artaud insiste sur la premi\u00e8re syllabe de son nom ART avant de signer Antonin Nalpas puis Artaud le M\u00f4mo, et enfin crier ce qu\u2019il a entendu crier du gouffre, \u00ab&nbsp;les syllabes du vocable \u00ab&nbsp;AR-TAU&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-6umft\">Une interrogation persiste concernant Charles Baudelaire : Est ce que \u00ab&nbsp;l\u2019air beau&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;le beau de l\u2019air&nbsp;\u00bb l\u2019ont fait triper sur le beau jusqu\u2019\u00e0 aller \u00e0 mettre en lien le beau, le bien et donc le mal ?&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-1v07k\">Cela serait peut-\u00eatre \u00e0 mettre en lien avec le fait historique que son oeuvre po\u00e9tique a d\u00e9but\u00e9 dans le cadre d\u2019un transfert envers sa m\u00e8re : il lui a en effet adress\u00e9 ses premiers po\u00e8mes \u00e9crits avec des fleurs\u2026.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-6n9eo\">Cette proposition de lecture de l\u2019oeuvre des \u00ab&nbsp;Fleurs du mal&nbsp;\u00bb pourrait faire croire \u00e0 la construction atypique d\u2019un mythe oedipien par son interrogation concernant la conjonction d\u2019un patronyme paternel \u00e0 un d\u00e9sir maternel, ou encore \u00e0 une d\u00e9-construction issue de l\u2019influence de Derrida. Cela n\u2019est pas mon orientation qui part du besoin d\u2019une pens\u00e9e autre, d\u2019une pens\u00e9e qui part de la rencontre avec un autre qui n\u2019est pas le semblable mais radicalement diff\u00e9rent : l\u2019invraisemblable. D\u00e8s lors ne valent nul classicisme de la raison fut-elle psychanalytique, nulle analyse d\u00e9-constructiviste d\u2019une base, fut-elle d\u00e9ridienne. La base est autre, radicalement autre.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-c5085\">Cette proposition de lecture n\u2019est pas une lecture de textes mais l\u2019analyse critique d\u2019une production dans son rapport \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 qui n\u2019est jamais toute, mais toujours en rapport avec les fonctions du masque et de la faute.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-a3nr6\">En effet, si Baudelaire introduit une nouvelle esth\u00e9tique qui inspirera notamment Rimbaud, et fait nouage \u00e9trange entre la vue d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 crue et une beaut\u00e9 ineffable, cette po\u00e9sie nouvelle reste marqu\u00e9e par la transcendance et la souffrance comme question, reste dans l\u2019expression baudelairienne totalement en rapport avec la vision chr\u00e9tienne de l\u2019expiation d\u2019une faute. Le nouage esth\u00e9tique qui lie la forme et la sensation se fait sous cet empire particulier d\u2019un Dieu qui raccorde le fait humain de jouissance \u00e0 l\u2019expiation d\u2019une faute. La mise en tension avec Marx philosophe indiquant que \u00ab&nbsp;la souffrance de l\u2019homme est une jouissance que l\u2019homme a de soi&nbsp;\u00bb serait des plus pertinentes pour lever le voile religieux et attraper l\u2019immanence de la vie humaine.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-1o284\">Lacan dans le s\u00e9minaire \u00ab&nbsp;Les non-dupes errent&nbsp;\u00bb le 12 mars 1974 l\u00e8ve ce m\u00eame voile sur le rapport du Beau et de la mort, soulignant&nbsp; que la mort n\u2019est pas \u00e0 la port\u00e9e du vrai mais \u00e0 la port\u00e9e du Beau : \u00ab&nbsp;(\u2026) Pour avoir affaire \u00e0 la mort, \u00e7a ne se passe qu\u2019avec le Beau, l\u00e0 o\u00f9 \u00e7a fait touche&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-2kssk\">La question du Beau fait touche avec la mort, dans le nouage qui fait l\u2019identit\u00e9 humaine : noeud entre le corps, l\u2019image et les mots.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-7l044\">C\u2019est sans doute ici le point d\u2019articulation important avec la \u00ab&nbsp;Belle fait gore&nbsp;\u00bb La mort qui obs\u00e8de Baudelaire dans ses po\u00e9sies prend une autre dimension. La valeur du sang circule autrement. Cela est \u00e9videmment la cons\u00e9quence de la diff\u00e9rence entre l\u2019art po\u00e9tique qui articule l\u2019\u00e9crit et la jouissance de la voix, le dire d\u2019un c\u00f4t\u00e9 et l\u2019art cin\u00e9matographique qui articule dans un mouvement le primat du visuel, de l\u2019oeil, du regard, du scopique avec les effets sonores, de l\u2019autre. Gore dans son \u00e9tymologie historique renvoie \u00e0 la fois au sang vers\u00e9 sur le champ de bataille, \u00e0 la salet\u00e9, \u00e0 la souillure, au d\u00e9chet. Cette \u00ab&nbsp;esth\u00e9tique du sang&nbsp;\u00bb pour reprendre l\u2019expression de Philippe Roulier serait n\u00e9e avec le film Blood feast de Herschell Gordon Lewis en 1963. D\u2019apr\u00e8s l\u2019auteur du film cette cr\u00e9ation viendrait en r\u00e9ponse \u00e0 l\u2019ennui face aux productions cin\u00e9matographiques de l\u2019\u00e9poque. Il s\u2019agirait donc de provoquer chez le spectateur un plus libidinal, un plus-de-jouir dans la circulation mise en mouvement d\u2019images. Faire gicler le sang, fixer le sang, choquer, \u00e9coeurer sont les motifs concrets donner en p\u00e2ture pour une offrande obscure \u00e0 l\u2019oeil.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-1onhb\">Cela met en sc\u00e8ne un \u00ab&nbsp;semblant de semblant&nbsp;\u00bb de d\u00e9capitation, castration et autres mutilations et interroge le rapport \u00e0 notre r\u00e9el actuel dans les civilisations monoth\u00e9istes.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-361fs\">La premi\u00e8re guerre mondiale du fait m\u00eame du d\u00e9veloppement des technologies scientifiques a ouvert un nouveau champ \u00e0 la barbarie, et l\u2019art cin\u00e9matographique a parfois tent\u00e9 de le subvertir. Quelques productions ont montr\u00e9 les d\u00e9figurations et mutilations issues de la \u00ab&nbsp;Grande guerre&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-195o6\">Il est \u00e9galement frappant de voir la co\u00efncidence de dates entre l\u2019apparition de l\u2019esth\u00e9tique des films gore et le d\u00e9but de la guerre du Viet-Nam.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-e5lsj\">Ces diff\u00e9rents points m\u00e9riteraient d\u2019\u00eatre d\u00e9ploy\u00e9s plus longuement. Belph\u00e9gor est le d\u00e9mon qui prenant souvent un corps de jeune femme, s\u00e9duit ses victimes en leur inspirant des d\u00e9couvertes et des inventions destin\u00e9es \u00e0 les enrichir. Le rapport entre une civilisation monoth\u00e9iste fond\u00e9e sur les valeurs des marchandises et de l\u2019argent, et la s\u00e9duction m\u00e9diatique interroge l\u00e0 encore le primat de la pulsion regard, de l\u2019oeil et de l\u2019image.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-cb0o8\">Ce qui appara\u00eet masqu\u00e9 dans la po\u00e9sie de Baudelaire, l\u2019image, est d\u00e9sormais au premier plan dans l\u2019esth\u00e9tique gore comme dans la vie quotidienne. Cette image du sang dont la fonction n\u2019est plus obligatoirement sacrificielle nous permettra peut-\u00eatre d\u2019avancer dans une question fondamentale pos\u00e9e par Freud, celle du meurtre, ou pour reprendre le philosophe Fran\u00e7ois Ch\u00e2telet : \u00ab&nbsp;A l\u2019origine de la civilisation, on pourrait dire aussi bien du pouvoir, de l\u2019activit\u00e9 politique, notait Totem et Tabou, il y a un meurtre, origine de l\u2019alliance des meurtriers et de leur commun remords&nbsp;\u00bb2<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-419qf\">Cette image du sang permettra peut-\u00eatre de quitter une politique de la transcendance pour une politique de l\u2019immanence.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-cv4i5\">Cette avanc\u00e9e \u00e9thique ne peut se faire que par la pratique de la po\u00e9sie dans le champ social, la conjonction de la po\u00e9sie avec l\u2019art cin\u00e9matographique autant qu\u2019avec le politique si ce dernier arrivait \u00e0 devenir un art.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-65lc\"><strong>Herv\u00e9 Hubert<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-6jqob\">Article paru dans la revue Niepcebook en 2016<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-8g1lg\">1 Antonin Artaud, Oeuvres compl\u00e8tes I*, NRF Gallimard, Paris, 1984, p. 24<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-eqmmb\">2 Fran\u00e7ois Ch\u00e2telet, Une th\u00e9orie de la civilisation in L\u2019apathie lib\u00e9rale avanc\u00e9e et autres textes critiques, Le Seuil, Paris, 2015, p. 215<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cette formule : De \u00ab&nbsp;Beau de l\u2019air&nbsp;\u00bb \u00e0 \u00ab&nbsp;Belle fait gore&nbsp;\u00bb a pour fonction de tenter un travail sur la formulation d\u2019une question concernant le rapport de l\u2019\u00e9thique et de l\u2019esth\u00e9tique. 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