{"id":433,"date":"2026-03-08T18:49:53","date_gmt":"2026-03-08T18:49:53","guid":{"rendered":"https:\/\/asso-apps.org\/?p=433"},"modified":"2026-03-08T18:49:53","modified_gmt":"2026-03-08T18:49:53","slug":"psychanalyse-amour-et-sexualites-une-approche-du-transfert-social-a-la-lecture-de-d-eribon","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asso-apps.org\/index.php\/2026\/03\/08\/psychanalyse-amour-et-sexualites-une-approche-du-transfert-social-a-la-lecture-de-d-eribon\/","title":{"rendered":"Psychanalyse, amour et sexualit\u00e9s. Une approche du transfert social \u00e0 la lecture de D. Eribon"},"content":{"rendered":"\n<p id=\"viewer-7jc35\"><strong><em>Une approche du transfert social \u00e0 la lecture de D. Eribon Echapper \u00e0 la psychanalyse.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-65bc5\"><strong>La psychanalyse est partout.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-20vse\">Ce constat de Didier Eribon traduit l\u2019id\u00e9e d\u2019une intrusion de la psychanalyse, dans la vie courante, un dogme qui impose comme norme ce qui est d\u00e9fini par la psychanalyse.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-4r8uj\">Les travaux d\u2019Eribon, autour de la question gay, s\u2019articulent sur une opposition avec la d\u00e9finition lacanienne d\u2019homosexualit\u00e9 comme perversion.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-f5ll0\">Citant des termes emprunt\u00e9s \u00e0 la psychanalyse, tels que l\u2019inconscient ou l\u2019\u0152dipe, Eribon d\u00e9nonce leur emploi dans le but de juger des comportements par rapport \u00e0 une norme. Ainsi, constatera-t-il quelques ann\u00e9es apr\u00e8s la parution de son ouvrage : on demande \u00e0 des psychanalystes de se prononcer notamment dans des d\u00e9bats \u00e9thiques, ainsi r\u00e9cemment sur les questions du mariage pour tous et de l\u2019homoparent\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-bfpfh\">La psychanalyse selon Eribon ne devrait pas \u00eatre \u00e0 cet endroit, on devrait aller voir le psychanalyste \u00ab quand on ne va pas bien&nbsp;\u00bb, pour parler de soi. Or on retrouve une psychanalyse qui cat\u00e9gorise, marginalise et discrimine des comportements ne correspondent pas \u00e0 une norme, s\u2019octroyant la possibilit\u00e9 de d\u00e9finir qui a le droit d\u2019\u00eatre en couple, qui peut \u00e9lever des enfants.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-8r9qj\">L\u2019\u00e9criture de ce livre s\u2019inscrit dans le cadre d\u2019une journ\u00e9e d\u2019\u00e9tudes sur le th\u00e8me&nbsp;: \u00ab&nbsp;Invitation \u00e0 parler d\u2019amour&nbsp;\u00bb. Eribon y pr\u00e9sentait 2 \u0153uvres&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-b4j88\">Barthes, Fragments d\u2019un discours amoureux&nbsp;et Foucault La volont\u00e9 de savoir<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-n0bs\"><strong>Amour universel ou diff\u00e9rences dues au contexte social&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-8t7fl\">Eribon questionne la possibilit\u00e9 d\u2019un amour universel, d\u00e9tach\u00e9 des questions de genre, contre le regard de la psychanalyse qui inscrit homosexualit\u00e9 et h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9 dans des cadres fondamentaux. Il remarque qu\u2019\u00e0 l\u2019inverse de Lacan et Sartre qui, pour des raisons diff\u00e9rentes, vont cat\u00e9goriser les formes d\u2019amour h\u00e9t\u00e9ro et homo, Barthes donne une d\u00e9finition d\u2019un amour ind\u00e9termin\u00e9, hors des questions de genre et d\u2019orientation des sujets.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-b4m1l\">Cette d\u00e9finition s\u2019inscrit dans un contexte de r\u00e9sistance au discours de lib\u00e9ration sexuelle et freudo-marxiste du d\u00e9but du 20\u00e8me si\u00e8cle, proche des critiques \u00e9mises par Foucault dans La volont\u00e9 de savoir, dans laquelle on retrouve l\u2019id\u00e9e d\u2019une sexualit\u00e9 comme notion bourgeoise, ainsi que le contr\u00f4le et la r\u00e9pression de sexualit\u00e9 du prol\u00e9tariat.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-b9hda\">Barthes met en sc\u00e8ne un langage amoureux universel et structural dans lequel il emploie le \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb et le \u00ab&nbsp;il&nbsp;\u00bb pour parler de soi et de l\u2019autre, l\u2019\u00eatre aim\u00e9. Un \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb et un \u00ab&nbsp;il&nbsp;\u00bb qui ne sont pas forc\u00e9ment masculins, qui peuvent l\u2019\u00eatre. Eribon l\u2019approche du discours de Foucault qui lui-m\u00eame d\u00e9nonce une certaine science de la sexualit\u00e9 comme \u00ab attitude de censure&nbsp;\u00bb, rencontrant l\u2019attitude \u00ab d&rsquo;affranchissement [\u2026] dans le m\u00eame type de pr\u00e9suppos\u00e9 : le sexe serait cause de tous les ph\u00e9nom\u00e8nes de notre vie comme il commanderait l&rsquo;ensemble de l&rsquo;existence sociale&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-chf3h\">Cette id\u00e9e rejoint celle, tr\u00e8s ancr\u00e9e dans la psychanalyse classique, d\u2019un inconscient androcentrique, d\u00e9fini par Bourdieu dans La domination masculine, comme l\u2019expression m\u00eame de l\u2019inconscient des analystes&nbsp;: \u00ab&nbsp;On peut se demander si le psychanalyste ne puise pas sans le savoir dans les r\u00e9gions impens\u00e9es de son inconscient les instruments de pens\u00e9e qu\u2019il emploie pour penser l\u2019inconscient&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-4m16f\">Si Eribon se demande alors pourquoi tant de personnes queer restent proches de la psychanalyse, il trouve notamment chez Deleuze et Guattari (l\u2019anti \u0152dipe, 1972) des perspectives de r\u00e9appropriation et d\u00e9finit ainsi un inconscient comme \u00ab&nbsp;production, machine qui se branche sur le monde, histoire g\u00e9ographie, les peuples la guerre&#8230;&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-fu27n\">Dans cette analyse l\u2019id\u00e9e de l\u2019inconscient du faire, du transfert social, d\u00e9velopp\u00e9 par Herv\u00e9 Hubert dans la psychanalyse sociale n\u2019est pas loin.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-ecotr\">En effet un des principaux reproches d\u2019Eribon \u00e0 la psychanalyse est qu\u2019elle appelle perversion ce qui n\u2019entre pas dans la norme. Dans le cas de l\u2019amour, la norme est l\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9, mais dans une vision bien particuli\u00e8re, \u00eatre h\u00e9t\u00e9ro \u00ab&nbsp;comme il faut&nbsp;\u00bb. Freud lui-m\u00eame d\u00e9finissait l\u2019homosexualit\u00e9 comme perversion, toutefois ce terme est \u00e0 replacer dans un contexte historique, o\u00f9 la notion de perversion permettait d\u2019\u00e9chapper \u00e0 la psychiatrie ainsi qu\u2019\u00e0 la criminalisation. Comme le pr\u00e9cisera Eribon&nbsp;citant Freud en le pla\u00e7ant dans \u00ab&nbsp;une \u00e9poque o\u00f9 les actes sexuels entre personnes du m\u00eame sexe \u00e9taient passibles de peines d\u2019emprisonnement \u2018L\u2019homosexuel ne rel\u00e8ve pas du tribunal et j\u2019ai m\u00eame la ferme conviction que les homosexuels ne doivent pas \u00eatre trait\u00e9s comme des gens malades, car une orientation sexuelle perverse n\u2019est pas une maladie.\u2019&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-32lod\">Quand on questionne la psychanalyse sur les questions d\u2019homoparentalit\u00e9, Eribon critique l\u2019id\u00e9e d\u2019un complexe d\u2019\u0152dipe, soi-disant plus simple pour une fille qui passe de p\u00e8re \u00e0 mari, qui est lui-m\u00eame un p\u00e8re, qui serait complexe pour un gar\u00e7on. \u00catre p\u00e8re, l\u00e0 est toute la question freudienne&nbsp;: qu\u2019est-ce qu\u2019\u00eatre un p\u00e8re&nbsp;? Il faut que quelqu\u2019un puisse r\u00e9pondre \u00ab je suis le p\u00e8re&nbsp;\u00bb, comme si les psychanalystes \u00e9taient les seuls habilit\u00e9s \u00e0 expliquer qui peut \u00eatre le p\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-bs3vj\">La psychanalyse se montre critique du mouvement d\u2019affirmation gay, dans sa d\u00e9signation m\u00eame d\u2019homosexualit\u00e9, comme diagnostic, comme objet, pathologisant, les \u00ab&nbsp;gay&nbsp;\u00bb peuvent \u00eatre eux (des patients) mais pas \u00eatre nous (un groupe social).<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-f9eea\">Eribon explique ainsi la distinction entre amour homo et amour h\u00e9t\u00e9ro chez Lacan accompagn\u00e9e de violence, ce qu\u2019il ne retrouve pas chez Sartre, pour qui la distinction est recontextualis\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-fq8q3\">Il n\u2019est nullement question de perversion mais de l\u2019id\u00e9e que le contexte d\u00e9finit forc\u00e9ment un autre moyen de vivre cet amour, notamment le contexte de r\u00e9pression, le fait de vivre cach\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-fcobm\">Eribon accepte cette diff\u00e9rence, sans hi\u00e9rarchie mais estime que d\u00e9finir la personne homosexuelle comme totale conduit \u00e0 emp\u00eacher de voir l\u2019homosexualit\u00e9 comme simple \u00e9l\u00e9ment de personnalit\u00e9, et implique un retentissement sur toute chose.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-e7op3\">Pourtant un contexte g\u00e9n\u00e9ral empli de plusieurs facteurs est \u00e0 prendre en compte. Le monde affectif selon Sartre n\u2019est pas transcendantal mais historique alors que chez Lacan persistent des structure an-historiques et transcendantales.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-6po2c\">Cette dimension pratique renvoie \u00e0 notre travail de psychanalyse sociale : \u00e0 partir de la pratique, on peut en effet observer les comportements, des pratiques diff\u00e9rentes selon des contextes diff\u00e9rents, dans une dynamique transf\u00e9rentielle.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-d4vq0\">Ainsi se posent certaines questions&nbsp;: s\u2019il n\u2019y avait pas de diff\u00e9rences au niveau social, les pratiques homo et h\u00e9t\u00e9ro seraient elles diff\u00e9rentes&nbsp;? Il me semble aussi important de prendre en compte le contexte g\u00e9n\u00e9ral des personnes, notamment la classe sociale.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-4n5lp\">Chez Barthes&nbsp;on retrouve donc cette id\u00e9e d\u2019universalisation, en ce qu\u2019il parle de \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;il&nbsp;\u00bb, sans vraiment d\u00e9clarer les genres, dans une normativit\u00e9 analytique, inverse de Sartre.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-92t6m\">Barthes s\u2019inscrit en opposition avec l\u2019invasion de la psychanalyse dans le corps social.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-7s5pv\">Dans un contexte o\u00f9 le discours amoureux critiqu\u00e9 et tourn\u00e9 en ridicule par la gauche intellectuelle, qui pr\u00f4ne la lib\u00e9ration sexuelle, l\u2019amour est \u00ab&nbsp;devenu obsc\u00e8ne pour cette th\u00e9orie, au nom d\u2019une autre morale.&nbsp;\u00bb, l\u00e0 o\u00f9 la psychanalyse re-normalise le discours amoureux, le r\u00e9duisant \u00e0 une revendication du couple mari\u00e9. Au moment de l\u2019\u00e9criture du texte, en 77, le couple mari\u00e9 signifiant h\u00e9t\u00e9ro, on voit la psychanalyse li\u00e9e \u00e0 l\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9, au mariage, \u00e0 la norme. On peut alors questionner la valeur investie dans ce rapport, ce contrat du mariage h\u00e9t\u00e9ro-normatif. Construire un couple \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un syst\u00e8me \u00e9tabli ou pr\u00f4ner une lib\u00e9ration sexuelle, un refus de l\u2019amour afin de sortir de ces normes&nbsp;? La lib\u00e9ration sexuelle selon Eribon s\u2019inscrit dans une autre norme, un autre sch\u00e9ma d\u2019injonctions. L\u2019amoureux de Barthes est intraitable&nbsp;: il ne se laisse pas faire par la politique, ni traiter par la psychanalyse. Barthes n\u2019analyse pas le discours amoureux, son int\u00e9r\u00eat va \u00e0 \u00ab&nbsp;ce que dit l\u2019amoureux, pas ce qu\u2019il veut dire&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-8o7bs\"><strong>Affirmer le discours amoureux&nbsp;: r\u00e9sister \u00e0 interpr\u00e9tation<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-3srli\">M\u00eame s\u2019il reconnait les r\u00e9f\u00e9rences de Barthes \u00e0 la psychanalyse, Eribon y voit un moyen de s\u2019en extraire&nbsp;: \u00ab&nbsp;il n\u2019est pas certain que Lacan e\u00fbt appr\u00e9ci\u00e9 que son \u0153uvre serv\u00eet \u00e0 fournir une \u00ab&nbsp;psychologie&nbsp;\u00bb de l\u2019amour, ou de quoi que ce soit d\u2019autre&nbsp;! mais c\u2019est bien \u00e0 cette fin que Barthes utilisait ses concepts. Car il avait \u00e0 ce moment-l\u00e0, pr\u00e9cise-t-il, besoin d\u2019une \u00ab&nbsp;psychologie&nbsp;\u00bb pour travailler sur le discours amoureux.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-c7ldt\">Le personnage de Barthes parle d\u2019une mani\u00e8re \u00ab&nbsp;\u00e0 la mode&nbsp;\u00bb, d\u2019o\u00f9 peut \u00eatre son langage emprunt des termes de la psychanalyse mais en rupture avec cette modernit\u00e9, qui a un discours injonctif, et emp\u00eache l\u2019amoureux d\u2019\u00eatre ce qu\u2019il est, de vivre comme il l\u2019entend. D\u2019o\u00f9 cette lecture comme geste de contournement de la psychanalyse. Sa mani\u00e8re de r\u00e9habiliter le discours amoureux, de donner \u00e0 l\u2019amour une autre valeur, est r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-5fq83\">Eribon fait le lien avec le livre de Foucault, qui ironise sur le discours de la lib\u00e9ration sexuelle, comme concept bourgeois, pr\u00e9tendant d\u00e9finir \u00ab&nbsp;la sexualit\u00e9 comme domaine de savoir&nbsp;\u00bb. Un domaine r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 une \u00e9lite, \u00e0 des personnes consid\u00e9r\u00e9es comme intellectuelles, auquel les classes populaires ne vont pas avoir acc\u00e8s, \u00e0 qui l\u2019on servira le discours h\u00e9t\u00e9ronormatif, persistant aujourd\u2019hui, dans lequel on trouvera les injonctions \u00e0 la parentalit\u00e9 h\u00e9t\u00e9rosexuelle, dans lequel on invoquera la psychanalyse pour expliquer qui doit \u00eatre parent et de quelle mani\u00e8re. On trouvera \u00e9galement dans Retour \u00e0 Reims, l\u2019illustration d\u2019une injonction soci\u00e9tale \u00e0 la masculinit\u00e9, un d\u00e9terminisme incitant \u00e0 perp\u00e9tuer un sch\u00e9ma, produire, reproduire, se reproduire, qui contrasterait avec une fausse id\u00e9e de lib\u00e9ration sexuelle propre \u00e0 la bourgeoisie, elle qui n\u2019accepterait l\u2019homosexualit\u00e9 que dans une dimension faussement subversive de remise en question de l\u2019ordre moral, une recherche du plaisir rejetant l\u2019id\u00e9e de l\u2019amour, utilisant la psychanalyse qui n\u2019a en rien lib\u00e9r\u00e9 la sexualit\u00e9 en cela qu\u2019elle est incapable de penser l\u2019amour, seulement consid\u00e9r\u00e9 comme un sympt\u00f4me.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-e5qt7\">Barthes ne cherche pas les causes (de l\u2019amour).Pas de pourquoi, le comment suffit. Si son discours amoureux tend vers l\u2019id\u00e9e du couple, on peut imaginer d\u2019autres structures, structural ne signifiant pas forc\u00e9ment binaire. L\u2019objet de l\u2019amour peut changer mais la force du texte r\u00e9side dans la possibilit\u00e9 de s\u2019y retrouver quels que soient ses genre et orientation, dans la transcription d\u2019une exp\u00e9rience unique, d\u00e9jouant la pr\u00e9tention au savoir, rendant possible l\u2019affirmation de l\u2019imaginaire, lib\u00e9r\u00e9 de sa place lacanienne, coinc\u00e9 entre r\u00e9el et symbolique. Ici il n\u2019est nul besoin d\u2019analyse pour cet imaginaire, juste l\u2019\u00e9noncer.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-5qajs\">Eribon trouvera pourtant dans le texte de Barthes des&nbsp;sc\u00e8nes \u00ab&nbsp;si typiques d\u2019un couple gay que cela semble de nature \u00e0 d\u00e9mentir ce que l\u2019auteur nous dit \u00e0 propos de \u2018l\u2019unisexe\u2019&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-9kaco\">S\u2019\u00e9loigne-il alors de la notion universelle de l\u2019amour&nbsp;? Rejoint-il l\u2019id\u00e9e de Sartre d\u2019une sp\u00e9cificit\u00e9 s\u2019inscrivant dans un contexte historico-social&nbsp;? Est-ce une mani\u00e8re de promouvoir la diff\u00e9rence pour mieux l\u2019effacer, car si chacun est diff\u00e9rent, la diff\u00e9rence n\u2019existe plus&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-7efjl\">L\u2019histoire m\u00eame d\u2019Eribon montre que sa mani\u00e8re de vivre son homosexualit\u00e9 est li\u00e9e \u00e0 son contexte social&nbsp;: ce transfert de classe qu\u2019il d\u00e9finit, la culture acquise qui lui permet aujourd\u2019hui de s\u2019exprimer en \u00ab&nbsp;utilisant le langage de l\u2019oppresseur&nbsp;\u00bb dit-il, que certaines critiques lui reprochent, y voyant un m\u00e9pris pour sa classe d\u2019origine.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-83m7j\">C\u2019est pourtant bien dans une critique du d\u00e9terminisme qu\u2019il aborde les questions d\u2019homophobie \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des classes populaires, et d\u00e9nonce le discours bourgeois empreint de psychanalyse lacanienne et moteur de l\u2019homophobie syst\u00e9mique.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-3cq1p\"><strong>Pour \u00ab&nbsp;\u00e9chapper \u00e0 la psychanalyse&nbsp;\u00bb, le transfert social&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-6ge06\">Dans le texte de Foucault, il est moins question d\u2019amour que de corps et de plaisirs. Pour contre attaquer la \u00ab&nbsp;science de la sexualit\u00e9&nbsp;\u00bb, il \u00e9voque l\u2019amiti\u00e9, plusieurs formes de possibilit\u00e9s relationnelles, n\u2019excluant pas d\u2019ailleurs des sch\u00e9mas relationnels m\u00ealant amiti\u00e9 et sexualit\u00e9. On y retrouve la d\u00e9couverte du mouvement gay aux USA, dans la description d\u2019un art de soi, une stylisation de l\u2019existence. L\u2019\u00e9tude de diff\u00e9rentes communaut\u00e9s, aussi bien religieuses que philosophiques montre des rapports intenses, diff\u00e9rentes formes d\u2019amiti\u00e9s, sexualit\u00e9s, amours. La critique de ces relations par les psychanalystes, constitue selon Eribon la preuve d\u2019un \u00ab&nbsp;diagnostic de la psychanalyse comme verrouillage de l\u2019ordre sexuel.&nbsp;\u00bb&nbsp;: Invoquer la psychanalyse et l\u2019ordre symbolique est en effet aujourd\u2019hui plus facile que d\u2019invoquer l\u2019ordre religieux.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-9ljk5\">Est-il alors possible pour Eribon de voir la psychanalyse autrement\u2026&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-23bbf\">Dans une interview donn\u00e9e en 2019, il \u00e9voque des \u00ab&nbsp;Tentatives rares mais qui existent, de r\u00e9nover la psychanalyse dans un sens non violent\u2026&nbsp;\u00bb Mais il pense que la psychanalyse se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 des \u00ab grilles d\u2019analyse conceptuelle, l\u2019\u0153dipe, le triangle familial, etc.&nbsp;\u00bb qu\u2019elle laisse de c\u00f4t\u00e9 les dimension sociales, politiques historiques \u00bb alors que \u00ab&nbsp;Souvent on n\u2019est pas nous m\u00eame d\u00e9termin\u00e9s par la famille mais la famille est d\u00e9termin\u00e9e par l\u2019ordre social\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-djlp3\">Comment lui r\u00e9pondre, avec l\u2019outil du transfert social&nbsp;? Il est question de replacer tous ces concepts \u00e9voqu\u00e9s par Eribon \u00e0 travers le prisme de la psychanalyse sociale comme nous l\u2019avons montr\u00e9 avec cette lecture.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-46o23\">Si la psychanalyse regarde du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019enfance, pour trouver des anomalies, elles ne sont pas \u00e0 trouver dans l\u2019id\u00e9e dogmatique de l\u2019\u0152dipe, mais bien dans les effets du d\u00e9terminisme, cit\u00e9s par Eribon. On pourra citer en exemple l\u2019accueil de Retour \u00e0 Reims par sa famille&nbsp;: Alors qu\u2019il abordait la probl\u00e9matique de la scolarit\u00e9, il d\u00e9nonce le fait que les jeunes qui aiment aller \u00e0 l\u2019\u00e9cole sont en fait ceux qui le peuvent, et qu\u2019on fait dire \u00e0 nombre de personnes des classes populaires que l\u2019\u00e9cole n\u2019est pas pour elles, car elles n\u2019aimeraient pas y aller. On retrouve l\u2019id\u00e9e de l\u2019inconscient du faire, qui rejoint ici la notion de d\u00e9terminisme, constat mal re\u00e7u par la famille d\u2019Eribon, estimant que la scolarit\u00e9 fut pour tous une question de choix.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-1bqo6\">Les sujets n\u2019ont pas conscience du d\u00e9terminisme, des mouvements sociaux dans lesquels ils sont pris, la soci\u00e9t\u00e9 comme verdict que d\u00e9crit Eribon, est \u00e0 rapprocher des bases du transfert social, de l\u2019id\u00e9e qu\u2019un \u00eatre humain seul n\u2019existe pas. Observer les transferts, voir dans les ressemblances de tout mouvement, tout d\u00e9placement, un transfert qui se base sur une remise en question de cet ordre social sacralis\u00e9, am\u00e8ne \u00e0 repenser au regard des contextes actuels ce qui serait normal, ce qui serait pathologique\u2026<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-dolu6\">Dans le discours d\u2019Eribon, ce qui est la norme de l\u2019ordre moral semble en fait \u00eatre le pathologique, car c\u2019est ce qui fait souffrir, d\u2019o\u00f9 d\u00e9placement, d\u2019o\u00f9 probl\u00e9matique de transfert du social vers le mental, souffrance induite par le social, et inconsciente.On pourrait dire, ce qui est inconscient, parfois c\u2019est d\u2019aller chercher les causes de la souffrance dans le r\u00e9el\u2026 \u00ab&nbsp;Faire prolif\u00e9rer diff\u00e9rences, libert\u00e9s, possibilit\u00e9s&nbsp;\u00bb dit Eribon, cela ne semble pas contradictoire avec l\u2019apport de la psychanalyse sociale.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Luka Mongelli<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-1r7no\"><strong>Bibliographie<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-aubf7\">Barthes, R. (1977). Fragments d\u2019un discours amoureux (Collection Tel quel). \u00c9ditions du Seuil.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-b1nb6\">Bourdieu, P. (1998). La Domination masculine (Collection Liber)(First Edition). Seuil.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-2c03m\">Eribon, D. (1999). R\u00e9flexions sur la question gay (Histoire de la Pens\u00e9e, Fayard.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-a025l\">Eribon, D. (2002). Comment on s&rsquo;arrange : Les homosexuels, le couple, la psychanalyse.&nbsp;Cliniques m\u00e9diterran\u00e9ennes, no&nbsp;65(1), 203-219.&nbsp;https:\/\/doi.org\/10.3917\/cm.065.0203<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-evu5d\">Eribon, D. (2005). Echapper \u00e0 la psychanalyse, L\u00e9o Scheer, \u00e9d.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-4vg5n\">Eribon, D. (2007). L\u2019inconscient des psychanalystes au miroir de l\u2019homosexualit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-360bg\">http:\/\/didiereribon.blogspot.com\/2007\/09\/linconscient-des-psychanalystes-au.html<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-cjc7u\">Eribon, D. (2018). Retour \u00e0 Reims (Philosophie). Flammarion.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-f4437\">Foucault, M. (1994). Histoire de la sexualit\u00e9, I : La volont\u00e9 de savoir (Tel) , Gallimard.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une approche du transfert social \u00e0 la lecture de D. Eribon Echapper \u00e0 la psychanalyse. La psychanalyse est partout. Ce constat de Didier Eribon traduit l\u2019id\u00e9e d\u2019une intrusion de la psychanalyse, dans la vie courante, un dogme qui impose comme norme ce qui est d\u00e9fini par la psychanalyse. 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