{"id":500,"date":"2026-03-09T07:22:44","date_gmt":"2026-03-09T07:22:44","guid":{"rendered":"https:\/\/asso-apps.org\/?p=500"},"modified":"2026-03-09T07:22:44","modified_gmt":"2026-03-09T07:22:44","slug":"i-am-truly-a-drop-of-sun-on-earth","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/asso-apps.org\/index.php\/2026\/03\/09\/i-am-truly-a-drop-of-sun-on-earth\/","title":{"rendered":"I am truly a Drop of Sun on Earth"},"content":{"rendered":"\n<p id=\"viewer-fp03c\">\u00ab Si je suis noir, ce n\u2019est pas suite \u00e0 une mal\u00e9diction, mais c\u2019est parce que, ayant tendu ma peau, j\u2019ai pu capter tous les effluves cosmiques. Je suis v\u00e9ritablement une goutte de soleil sous la terre \u00bb (1), \u00e9crit Frantz Fanon dans Peau noire, masques blancs en 1952.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-8o2c3\">En d\u00e9but de cette ann\u00e9e 2018, lorsque les films comme Lady Bird ou Le grand jeu d\u00e9clenchent l\u2019amour des masses, la jeune r\u00e9alisatrice d\u2019origine g\u00e9orgienne Elena Naveriani pr\u00e9sente au monde son premier film long-m\u00e9trage.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-k08s\">Dans un \u00e9lan transf\u00e9rentiel pour l\u2019\u0153uvre de l\u2019\u00e9crivain post-colonial, elle emprunte \u00e0 Fanon cette belle expression, et lui rend hommage \u00e0 travers ce film de soixante-une minutes en noir et blanc laissant entendre une grande sensibilit\u00e9 aux probl\u00e9matiques humaines telles que violence, domination raciale et sexuelle, exclusion, marginalit\u00e9, voire d\u00e9ch\u00e9ance sociale. Cette qu\u00eate transf\u00e9rentielle se d\u00e9roule dans les rues de Tbilissi, sa ville natale, en g\u00e9orgien, sa langue maternelle.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-e78i2\">Aujourd\u2019hui, la jeune cin\u00e9aste vit en Occident, ce qui lui permet, dit-elle, de revisiter autrement Tbilissi et ses habitants. \u00ab J\u2019ai v\u00e9cu en Occident, j\u2019ai rencontr\u00e9 des personnes avec des points de vue diff\u00e9rents, donc je suis revenue en \u00e9tant devenue une nouvelle personne. La distance a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 des diff\u00e9rences, j\u2019ai vu des choses auxquelles je n\u2019avais jamais pr\u00eat\u00e9 attention avant \u00bb(2). En peu de temps, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 le deuxi\u00e8me film o\u00f9 un(e) jeune cin\u00e9aste de l\u2019ancien bloc sovi\u00e9tique revient dans sa ville natale pour y chercher son objet cin\u00e9matographique (3). L\u2019univers brutal et indiff\u00e9rent de la jungle urbaine post-sovi\u00e9tique, o\u00f9 les corps humains disparaissent aussi facilement qu\u2019ils apparaissent, se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre un terrain propice pour le travail de sublimation par l\u2019image.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-flsfh\">En faisant appel \u00e0 des acteurs amateurs, eux-m\u00eames concern\u00e9s par les probl\u00e9matiques dont traite le film, Naveriani rend visibles ceux qui \u00e9chappent d\u2019habitude au regard. April et Dije, les deux protagonistes du film, incarnent ces acteurs de la vie urbaine qu\u2019on ne veut pas forcement voir et qui eux-m\u00eames pr\u00e9f\u00e8rent peut-\u00eatre passer inaper\u00e7us. Elle, une fille de joie qui, avec sa posture discr\u00e8te et silencieuse, r\u00e8gne dans des rues de la ville nocturne avec d\u2019autres travailleuses du sexe. Lui, un immigr\u00e9 \u00e9gar\u00e9 qui ne peut exister qu\u2019en cachette dans un anonymat perp\u00e9tuel. Tous les deux vivent principalement la nuit, temps o\u00f9 l\u2019homme normal, citoyen consciencieux et socialement irr\u00e9prochable, ferme les yeux. Les lumi\u00e8res s\u2019\u00e9teignent, le film commence\u2026<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-cemc6\">On rencontre April, jolie femme trentenaire, en prison, en pleine discussion avec d\u2019autres femmes. Elle est sur le point de regagner la libert\u00e9 pour revenir dans ses quotidiens habituels la renfermant derri\u00e8re un masque de prostitu\u00e9e, \u00ab mauvaise \u00bb femme dans un pays o\u00f9 l\u2019orthodoxie fait son retour r\u00e9solu depuis les derni\u00e8res d\u00e9cennies. A la marge de la soci\u00e9t\u00e9, elle sait qu\u2019elle peut facilement dispara\u00eetre sans que personne ne s\u2019occupe de sa recherche, et ce savoir lui donne une certaine puissance. Puissance du rien.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-c8l9d\">C\u2019est dans l\u2019ombre d\u2019un h\u00f4tel de luxe, Radisson Blu, un gratte-ciel fantomatique faisant miroiter le r\u00eave du monde capitaliste qu\u2019elle rencontre Dije : un homme originaire d&rsquo;Afrique noire qui, en voulant aller aux Etats-Unis, atterrit en G\u00e9orgie, \u00ab mauvaise \u00bb G\u00e9orgie. Depuis, il m\u00e8ne une vie marginale, un tel corps \u00e9gar\u00e9 parmi d\u2019autres corps. Seul le rythme de la musique africaine, une telle goutte de soleil dans la nuit obscure, redonne un peu de vie \u00e0 ces corps anonymes. April et Dije, ces deux personnages invisibles en marge de la soci\u00e9t\u00e9, se disent peu de choses, silence occupant une place importante dans ce lien naissant comme dans le film d\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale. Leur relation \u00e9volue dans cet univers m\u00e9lancolique en noir et blanc o\u00f9 la vie humaine ne compte pas plus que la carcasse d\u2019une vache tu\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-70ngs\">La brutalit\u00e9 et la violence d\u00e9passent le cadre du film et atteignent le r\u00e9el m\u00eame de la vie des acteurs. Ainsi, on apprend que l\u2019acteur qui jouait Dije n\u2019a pas vu la sortie du film : il est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 suite aux mauvais soins donn\u00e9s \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. Il en est de m\u00eame pour une actrice transsexuelle qui est morte peu de temps apr\u00e8s le tournage \u00e0 cause des agressions subies en pleine rue. \u00ab Je suis contente d\u2019avoir pu les filmer car, dit Naveriani, ainsi, tous les deux continuent d\u2019exister \u00bb(4). En effet, pendant toute la dur\u00e9e du film, la r\u00e9alisatrice avec sa cam\u00e9ra monochrome cherche \u00e0 faire vivre ces personnages tout en pr\u00e9servant leurs masques, leur intimit\u00e9. D\u00e9licate et plut\u00f4t tendre avec eux, Naveriani l\u2019est moins \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la r\u00e9alit\u00e9 qui les entoure, quitte \u00e0 \u00eatre parfois brutale. C\u2019est peut-\u00eatre ce m\u00e9lange de brutalit\u00e9 avec le langage po\u00e9tique qui donne une touche \u00e9minemment singuli\u00e8re \u00e0 la mise en image de ce triste univers.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Maria KARZANOVA<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-5tbge\">1\/ F. Fanon, Peau noire, masques blancs, Edition du Seuil, 1952, p. 36.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-avnn2\">2\/ Tir\u00e9 d\u2019une interview avec la r\u00e9alisatrice \u00e0 la sortie du film.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-e84vi\">3\/ Tesnota, la vie \u00e0 l\u2019\u00e9troit de Kantemir Balagov a paru en 2017 et a eu un succ\u00e8s, notamment au Festival de Cannes. L\u2019action du film se d\u00e9roule dans de rue de Naltchik, capitale de Kabardino-Balkarie.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-aj5c1\">4\/ Interview avec la r\u00e9alisatrice<\/p>\n\n\n\n<p>Mots-cl\u00e9s :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><a href=\"https:\/\/www.analyse-pratique-psycho-sociale.com\/blog\/tags\/frantz-fanon\">Frantz Fanon<\/a><\/li>\n\n\n\n<li><a href=\"https:\/\/www.analyse-pratique-psycho-sociale.com\/blog\/tags\/elena-naveriani\">Elena Naveriani<\/a><\/li>\n\n\n\n<li><a href=\"https:\/\/www.analyse-pratique-psycho-sociale.com\/blog\/tags\/kantemir-balagov\">Kantemir Balagov<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab Si je suis noir, ce n\u2019est pas suite \u00e0 une mal\u00e9diction, mais c\u2019est parce que, ayant tendu ma peau, j\u2019ai pu capter tous les effluves cosmiques. Je suis v\u00e9ritablement une goutte de soleil sous la terre \u00bb (1), \u00e9crit Frantz Fanon dans Peau noire, masques blancs en 1952. En d\u00e9but de cette ann\u00e9e 2018, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-500","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/asso-apps.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/500","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/asso-apps.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/asso-apps.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/asso-apps.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/asso-apps.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=500"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/asso-apps.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/500\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":501,"href":"https:\/\/asso-apps.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/500\/revisions\/501"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/asso-apps.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=500"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/asso-apps.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=500"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/asso-apps.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=500"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}